Polar pour l’art ...
J’ai une égale passion pour la peinture et la littérature, voici donc un deuxième ouvrage où l’énigme policière a pour toile de fond - et quelle toile - un tableau de Modigliani, un autre génie de l’époque des peintres de Montparnasse. Un ami m’a offert ce bouquin d’Éric Mercier. Cet auteur est docteur en histoire de l’art et commissaire d’exposition, c’est dire s’il connaît son sujet. Ainsi vous pourrez constater qu’il manie érudition et suspense avec brio. Il a déjà publié, entre autres, Dans la peau de Buffet et le Secret de Van Gogh sur lesquels je vais me précipiter prochainement.
Ce tableau jusque-là inconnu de Modigliani est découvert, c’est une énigme vieille de plus d’un siècle qui ressurgit. La toile représente une jeune femme, Aliza. Qui est-elle ? Un flash-back après la guerre de 14-18 nous présente Aliza (prénom typique d’origine juive, essentiel pour ce qui va suivre) attablée avec une amie dans une des tavernes du quartier Montparnasse, à une table derrière elles deux hommes passablement éméchés parlent fort et attirent l’attention, l’un d’eux n’est autre que Modigliani. Ce grand séducteur qu’était Modigliani remarque immédiatement le visage d’ange de la jeune et timide Aliza Elle a à peine vingt ans, lui en a trente-neuf, il est totalement inconnu mais lui aussi a beaucoup de charme (les photos d’époque nous montrent une ressemblance étonnante avec Marcello Mastroiani). Il lui propose de réaliser son portrait. La jeune fille flattée, accepte et ils vivront une nuit d’amour torride dans son modeste atelier. Mais quelques jours plus tard il disparaît pour rejoindre Jeanne Hébuterne, sa muse et la mère de ses enfants. Après des mois de recherche de son amour d’un soir, Aliza reçoit le portrait que Modigliani a fait d’elle. Elle le conservera précieusement jusqu’à la guerre en 1939 où elle partira en déportation à Auschwitz d’où elle ne reviendra pas.
De nos jours, Anne, une historienne de l’art spécialisée dans la restitution des œuvres spoliées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, découvre qu’un tableau jusqu’alors inconnu de Modigliani est sur le point de passer en salle des ventes. La toile représente la jeune Aliza.
Un célèbre faussaire, tout juste sorti de prison, est retrouvé pendu dans une décharge du Val de Marne. La victime a été ébouillantée, un châtiment réservé aux vendeurs de faux tableaux pendant l’Ancien Régime. Le commandant Vicaux est chargé de l’enquête, il devra dénouer tous les fils qui relient ces événements.
C’est un très bon polar qui mêle érudition et intrigue policière, l’écriture est fluide, peut-être pas aussi élégante que l’ouvrage de Peter Dempf mais néanmoins agréable et qui vous incite à mieux connaître Modigliani.
