Franz-Olivier fait partie de ces grands journalistes de ma génération dont l’espèce est malheureusement en voie de disparition. La grande majorité d’entre eux suit le vent et les courants comme des bois morts au fil de l’eau. Alors que seules les ballerines pratiquent le grand écart, il fut successivement directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, puis du Figaro et du Point dont il est aujourd’hui éditorialiste. Comment passer de la direction du Nouvel Observateur, très ancré à gauche où Sartre était vénéré comme un gourou, à celle du Figaro dont l’une des figures majeures était Raymond Aron ? Je répondrais à cette question en mettant en exergue le talent, l’érudition et surtout une très grande capacité d’analyse et d’esprit critique.
Il a été très proche de Mitterrand dont il était admiratif de la culture. Il a même fait partie de son comité de campagne en 81, mais c’est précisément sa capacité d’analyse qui l’en a éloigné politiquement. On le surnomme familièrement F.0.G. mais il n’a jamais été dans le brouillard idéologique ! C’est de plus un écrivain à succès, il a publié plus d’une quarantaine de romans et essais, dont je t’ai, cher lecteur, parlé de certains dans ces colonnes (L’Arracheuse de dents, Le
Schmock, L’Histoire intime de la Vème République vol. 2 et 3 à retrouver sur le site NDLR).
Pour clore cette histoire de la Vème république, F.O.G. nous prend par la main dans cette France d’avant dans laquelle il puise ses racines, bien qu’élevé aux Etats-Unis pendant son enfance entre un père américain, l'un des soldats du débarquement allié du 6 juin 1944 et une mère normande.
Je suis un amoureux de tout ce qui fait la France - la grâce de la langue, le charme ordonné des paysages, l'esprit critique, les prodiges de la gastronomie, la civilité, la gauloiserie, la nostalgie des gloires passées.
Alors que notre pays est entré dans une époque de grandes turbulences, j'ai cherché, pour clore mon Histoire intime de la République, à connaître d'où nous venons afin de comprendre ce qui nous est arrivé. Tout est lié : nos passions idéologiques, nos haines recuites et la tentation de l'abîme qui nous ont menés là où nous sommes....
Je vous emmènerai aussi dans l'histoire plus ancienne, de la Révolution de 1789 à la Commune de 1871, où se lisent déjà les traits distinctifs de notre caractère national et dont les graines continuent de germer. » F.O.G. démarre son voyage par un hommage au Paris d’avant, capitale mondiale des arts où vivaient Picasso, Mirò, Poliakoff, Chagall, Calder, Max Ernst et tant d’autres artistes immigrés qui à l’époque étaient une chance pour la France.
F.O.G. évoque plus longuement Alberto Giacometti, pour moi un des plus grands sculpteurs du XXème siècle, qui travaillait et dormait dans le capharnaüm d’un minuscule atelier comme un pauvre hère alors qu’il était exposé au Moma et dans le monde entier. L’auteur, alors jeune journaliste, l’a interviewé plusieurs fois, il a tissé avec lui des liens d’amitié et l’a suivi jusqu’à sa disparition. Ce chapitre m’a particulièrement touché, Giacometti vivait pour son art avec un mépris total pour l’argent, à la fin de sa vie il lui confiait : cette nuit, il m’a semblé que j’étais tout près du but. Je suis sur le point de faire une tête vivante, je crois que je vais y arriver ce
soir. Alberto Giacometti était avant l’heure un anti Jeff Koons ou Damien Hirst (remarque personnelle mais que confirmerait Houellebecq qui tenait aussi ces deux artistes comme médiocres, voir La Carte et le Territoire). Il y a des chapitres légers sur les paysages, la gastronomie, les chanteurs que nous avons tous aimé qui ont ponctué notre jeunesse, la nostalgie n’est plus (aujourd’hui) ce qu’elle était, dirait la grande Simone Signoret. Les longs passages sur la Révolution Française et la Commune de Paris sont très instructifs, et l’analyse qu’en fait F.O.G. nous
prouve, s’il en était besoin, que les coupeurs de tête de 1793 ont engendré des descendants (des-sans-dents?) toujours plus violents. Il y a des coupeurs de têtes, il y a aussi des étrangleurs de l’histoire, tel Faurisson, le négationniste, toujours sale et mal rasé qui sollicitait une interview du Nouvel Obs. Ce fut le tout jeune Franz que la direction mandata pour lui signifier un refus. Acharné dans l’abjection, Faurisson obtint du Monde cette interview. Pour se justifier de cette
ignominie la rédaction déclara pour plusieurs de nos lecteurs, il était indispensable de juger sur pièce. Torchon un jour, torchon toujours !! (proverbe personnel)
Je vous recommande la lecture de cette balade en France avec toujours la même question lancinante que pose F.O.G. : mais qu'attend donc ce pays merveilleux pour se réveiller ?
Je dois avouer que je suis depuis le 7 octobre devenu très pessimiste sur l’avenir de et dans ce pays, je résiste néanmoins en me remémorant cette citation de Diogène : L’espérance est la dernière chose qui meurt dans l’homme.
