A LIRE


TOUTES CES GRANDES QUESTIONS... sans réponse

de Douglas Kennedy

Je connais la réponse… mais pouvez-vous répéter la question ?

 

J’ai eu depuis le début de cette rubrique, plusieurs fois le désir de vous parler de Douglas Kennedy, son dernier bouquin plutôt original par rapport à ses romans et essais antérieurs m’en donne aujourd’hui l’occasion. J’ai lu il y a quelques années le meilleur de ces romans car je me sentais assez proche et familier de cet auteur sans pouvoir en exprimer la raison, comme je l’étais d’un Philip Roth et plus encore d’un Paul Auster. Ce dernier opus me/nous donne enfin quelques clés, mais nous y reviendrons.                                                                  Douglas Kennedy a l’art de travailler ses personnages en profondeur avec un sens aigu et subtil de la psychologie et de la mise en scène, il a d’ailleurs fondé et dirigé, avant d’être écrivain une troupe théâtrale. Ses meilleurs romans, ceux que je vous recommande si vous ne les avez pas déjà lu : L’homme qui voulait vivre sa vie (1998), Les désarrois de Ned Allen (1999) (2 immenses succès internationaux) après Cul de sac qui l’a vraiment révélé en 1994 La poursuite du bonheur (2001), Les charmes discrets de la vie conjugal (2005). Je vous garantis que chacun de ces romans, une fois entamés, vous assurera des réveils difficiles tant on ne peut les reposer sur la table de chevet. A l’aide d’une écriture fluide et cultivée Douglas Kennedy nous entraine dans ses romans à suspense, ses thrillers psychologiques ou ses histoires d’amour bien au-delà de chacun des genres car l’exploration des relations hommes-femmes, art et artiste, la quête du bonheur entre autre y sont analysés avec la précision du médecin- légiste et l’empathie de l’humaniste qu’est Douglas. La densité et la perfection des scenarii ont d’ailleurs conduit plusieurs de ces romans à l’écran (Cul de sac, L’homme qui voulait vivre sa vie, La femme du Vème, La poursuite du bonheur).

Vous l’avez compris je suis un inconditionnel et ce dernier ouvrage ne m’a pas déçu mais la question préliminaire est dans quelle catégorie situer cet ouvrage ? Philosophie introspective, autobiographie analytique ? Ne partez pas en courant, certains auteurs vous font adorer la philo tel Irving Yalom (dont je vous parlerai prochainement). Douglas Kennedy avec « des tranches de roman » qui sont autant de « tranches de vie », les siennes et celles de relations plus ou moins proches, analyse ces grandes questions auxquelles nous sommes tous confronté : Le bonheur n'est-il fait que de moments ? Le piège le plus hermétique n'est-il pas celui dans lequel nous nous enfermons nous-mêmes ? Réécrire notre histoire la rend-elle plus supportable ? La tragédie est-elle le prix à payer pour notre existence ? Pourquoi le pardon est-il malheureusement la seule et unique option ? Dans la vie comme dans le patinage, tout n'est-il pas toujours qu'une question d'équilibre ? Les passages autobiographiques nous révèlent, avec pudeur, un fils autiste, un divorce destructeur, et une enfance douloureuse entre un père marin irlandais catholique la plupart du temps absent et une mère juive new-yorkaise totalement névrosée tenant son fils pour responsable de l’échec de son couple, voilà de quoi nourrir plusieurs romans et surtout de nombreuses séances chez les psy.

Pourtant Douglas grâce à son empathie, son amour des autres et de la vie nous montre comment profiter intensément de tous les petits moments de bonheur de la vie, comment ne pas s’enfermer dans la haine, comment vivre en équilibre comme sur des patins à glace entre les difficultés de la vie.

Ce n’est pas de la philosophie universitaire c’est tout simplement la sagesse enrichissante de l’expérience, ce dont nous avons tous besoin.


IMPLANTOLOGIE EN ZONE ESTHETIQUE

d'Ueli Grunder - traduit de l'anglais par Léon Pariente

Comment est-il possible de résumer la lecture d’un tel ouvrage ?

En vérité, c’est impossible car tout y est et chaque mot est pesé. L’œuvre réalisée par le Dr Grunder est exceptionnelle. Elle est la somme des connaissances actuelles en parodontologie, esthétique, implantologie, reconstruction osseuse et prothèse. En somme, cet ouvrage en regroupe 5 en un seul sur tous ces thèmes. Les milliers de photos cliniques illustrent une démarche pédagogique minutieuse, complétées par des dessins, des radiographies mais aussi des démonstrations pas à pas sur modèles pédagogiques.

 Après avoir défini les principes thérapeutiques actuels présidant à l’implantologie en secteur esthétique, l’auteur propose les différentes stratégies possibles et analyse, pour chaque étape, de l’extraction à la pose de la couronne, tous les critères de succès et les causes d’échec. A partir du positionnement optimal de l’implant, de l’implantation immédiate ou associée à une ROG, toutes les étapes du raisonnement sont décrites avec la même méthode.

Le deuxième temps chirurgical est largement décrit dans toutes ses variantes, associé aux greffes de tissus mous. Ce chapitre est particulièrement brillant dans sa forme et son iconographie. Les 120 dernières pages sont consacrées à la prothèse esthétique sur implant.

Le dernier chapitre illustre pas-à-pas, au travers de 6 cas cliniques complets, la mise en œuvre de toutes les procédures décrites dans l’ouvrage afin d’aboutir au meilleur résultat possible.

La lecture est passionnante. L’imagerie époustouflante. L’auteur éclaire une multitude de détails cliniques qui, tous, contribuent à obtenir le résultat rêvé.

Il faut prendre le temps de s’immerger dans la lecture de cette bible de l’implantologie esthétique qui représente une contribution exceptionnelle à la diffusion des connaissances les plus pointues en ce domaine et cependant, accessibles à tous par l’immense talent de son auteur.

 

Jacques BESSADE

Directeur de la publication AONews


HHhH de Laurent Binet

aux Editions Grasset

H de guerre ……

 

Pourquoi vous parler d’un roman publié en 2010 et Goncourt du premier roman ? Pour cela deux bonnes raisons.

 

La première est irréfutable, à cette époque je n’enfonçais pas encore « le pivot dans la dent dure ». La deuxième, un film vient de sortir sur les écrans, tiré de ce bouquin. Je n’irais peut-être pas voir le film car la plupart du temps ils sont en dessous des best sellers dont ils sont issus. J’ajouterais une troisième raison et peut être la plus importante, c’est un excellent roman (essai ?) historique. Il raconte la véritable histoire de « l'Opération Anthropoid », au cours de laquelle deux résistants tchécoslovaques furent envoyés par Londres pour assassiner Reinhard Heydrich, l’un des principaux et des plus abjectes chef de la Gestapo et des services secrets nazis.

 

Laurent Binet est un jeune auteur agrégé de lettres modernes qu’il enseigne dans plusieurs universités parisiennes. Grand supporter, Il avait fait une chronique de la campagne de François Hollande en 2012 publié sous le titre (prémonitoire !!!) Rien ne se passe comme prévu. Avec cinq ans de recul, 2017 a donné raison à l’auteur, malgré lui, mais le livre avait été un flop en librairie. La rumeur lui a aussi attribué d’avoir soutenu la plume (oh combien pesante !!) de Valérie Trierweiller pour l’écriture de Merci pour ce moment. Ce qui prouve une fois de plus qu’on peut être malvoyant politiquement et visionnaire littérairement. Laurent Binet a publié en 2015 La 7eme fonction du langage (Prix interallié). Oserais-je avouer que ce roman érudit sur l’assassinat supposé de Roland Barthe m’est tombé des mains à mi-parcours. Ne nous égarons pas !

 

Planificateur de la solution finale, "le bourreau", "la bête blonde", "l’homme le plus dangereux du IIIe Reich", Heydrich était le chef d’Eichmann et le bras droit d’Himmler, mais chez les SS, on disait : "HHhH". Himmler Hirn heiβt Heydrich, le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich, d’où le titre énigmatique de l’ouvrage. Binet portait en lui depuis des années l’histoire de ces deux résistants Tchécoslovaques, Gabcik et Kubis, ayant réalisé l’un des plus héroïques fait d’arme de la deuxième guerre mondiale : tenter d’assassiner Heydrich. Malgré une documentation impressionnante qu’il nous détaille tout au long de l’ouvrage, l’auteur hésite constamment entre fiction romanesque et récit historique. Il nous fait part de ses doutes, il revient sur certains passages, il juge les protagonistes. On le lui a d’ailleurs reproché, mais comment être indulgent avec des personnages comme Chamberlain ou Daladier dont la lâcheté est à l’origine de Munich. « Ils ont choisi entre le déshonneur et la guerre et finalement ils ont eu les deux ». Saint John Perse, diplomate à cette époque y est traité « de sac à merde ». Personnellement cela ne me choque pas et je pourrais en dire autant de Céline et quelques autres. Je n’ignore pas que Céline soit considéré comme un des grands auteurs du vingtième siècle mais pourrait-on imaginer un seul instant une exposition aujourd’hui des peintures d’Adolphe Hitler, fussent-elles exceptionnelles ??? (Je laisse plusieurs points d’interrogation à votre réflexion) Ce qui malheureusement, comme l’avait suggéré Eric Emmanuel Schmitt (La part de l’autre) aurait peut-être changé le cours de l’histoire.

 

Grace à un style particulièrement fluide et rythmé par plus de 250 mini-chapitres, Laurent Binet rend un hommage justifié à ces résistants tchécoslovaques qui ont redonné l’honneur à tout un peuple, et a cette ville de Prague qui n’a cessé de démontrer qu’elle avait toujours un printemps d’avance.

Faire l’éloge d’un livre écrit par un supporter de Hollande on ne pourra plus jamais m’accuser de sectarisme !!!

 

Joël ITIC, Rédacteur en Chef Adjoint AONews


L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe

Un flic « collabordinaire » sous l’occupation …..

Le livre de Romain Slocombe était sur la liste du Goncourt, il ne l’a pas eu mais il mérite néanmoins une mention. Ce roman noir étonnamment documenté (la bibliographie en fin d’ouvrage est impressionnante) nous fait revivre jusque dans le détail le quotidien sordide d’un flic du 3ème bureau des renseignements généraux pendant l’occupation allemande de 1942.

 

Léon Sadorski, pétainiste fervent, antisémite viscéral et mari attentionné n’hésite pas à quitter son bureau pour traquer les juifs, les bolcheviques ennemis des allemands et les résistants (les terroristes dans la sémantique collabo). Il prête main-forte, au besoin, aux brigades spéciales et s’il le faut pourquoi pas une petite séance de torture, décrite en détail par Slocombe, bref un fonctionnaire zélé jusqu’à l’excès comme il y en eu tant sous l’occupation mais toujours avec l’excuse de l’obéissance à la hiérarchie.

 

Ce fonctionnaire « exemplaire » est néanmoins aussi noir dans sa tête que les uniformes SS et malgré l’amour qu’il semble porter à son épouse, il regarde sa petite voisine Julie Orwak âgée d'à peine 15 ans avec concupiscence comme une conquête possible tout en envoyant sa mère à Drancy (un salaud ne l’est jamais à moitié !!!). Les 2 sœurs Metzger tout juste plus âgées fricotent ouvertement avec les boches et se font prendre sans honte ni gêne dans les portes cochères des immeubles voisins dès la nuit tombée. Sadorski les espionne et profite sournoisement du spectacle. Mais l’aînée est retrouvée sauvagement assassinée et notre flic va s’acharner à découvrir le coupable. Le roman est sur le fil entre le noir et le polar.

 

Un des mérites de Martin Slocombe est de décortiquer les méandres tortueux de la psychologie de son personnage principal. Au cours de l’histoire, Sadorski, malgré le zèle de son travail au service des allemands, sera arrêté par les SS et incarcéré dans une prison sordide à Berlin, privé d’eau, de nourriture, la peur au ventre. Il assiste aux tortures mortelles Infligées aux prisonniers (certaines scènes sont d’ailleurs très difficiles : âmes sensibles s’abstenir !!), mais il est libéré, toujours aussi dévoué aux SS. Torturé par la pègre collaborationniste dont Laffont et Pierre Bonny, qui tiennent le haut du pavé à Paris, pour avoir été trop curieux dans la recherche de l’assassin de la jeune Metzger, Sadorski s’enlise dans sa paranoïa. C’est un pleutre, on espère à certain passage la rédemption, mais sa haine des juifs et des bolcheviques est plus forte.

 

Slocombe nous rappelle également comment la plupart des grands industriels français et certains intellectuels plongèrent les yeux fermés dans ce bourbier de la collaboration en réaction au front populaire : de Boussac, Peugeot, les huiles Lesieur (votre prochaine vinaigrette aura peut-être un goût amer !!) à Céline, Doriot, Deloncle et tant d’autres. Et que dire du tout Paris pour qui la fête continuait avec Arletty (accusée à la libération d’avoir été la maîresse d’un officier allemand, elle eut pour défense : mon cœur est français mais mon cul est à tout le monde !!), Cécile Sorel, Danièle Darrieux, Tino Rossi, Sacha Guitry, Jean Cocteau. Bien peu ont résisté comme Pierre Dac, Robert Lynen ou Jean Pierre Aumont (Croix de Guerre et Légion d’Honneur).

 

Des pages noires de notre histoire française, Slocombe tire un roman de même couleur dont la lecture est assouplie par l’intrigue policière, mais il nous met aussi en garde car les périodes de crise génèrent souvent les pires dérives extrémistes.

 

Joël ITIC

Rédacteur en Chef Adjoint AONews