A LIRE


Notre suggestion de JUIN 2018

Couleurs de l’incendie

Pierre Lemaitre  6 Ed. Albin Michel

Couleurs vives et vengeresses...

Ce deuxième volet de la trilogie annoncée et inaugurée avec Au Revoir là–Haut, magnifique et palpitant prix Goncourt 2013, était attendu avec l’impatience d’un amoureux transis et bouillonnant dans l’attente de sa belle.

Nous sommes dans les années 30. Au revoir là-haut se terminait par la mort du fils Pericourt, défiguré pendant la guerre de 14/18, sous les roues de la voiture de son propre père Marcel, riche banquier et patriarche respecté de la famille. Couleurs de l’incendie s’ouvre, une dizaine d’années plus tard, sur l’enterrement de Marcel Pericourt. Alors que le tout Paris est réuni pour rendre un dernier hommage à l’homme politique influent, le jeune Paul, son unique héritier mâle de 7 ans, est grièvement blessé. Cette famille malgré sa réussite financière semble marquée par le drame. Madeleine, la fille de Marcel et mère du petit Paul, personnage effacé du premier tome, va devenir malgré elle, l’héroïne du ce nouvel opus alors que son mari croupit en prison. Madeleine est totalement ignorante de la finance et de ses rouages, mais c’est la seule héritière légitime de cet empire et pour avancer elle s’entoure des anciens collaborateurs de son père. Les jalousies de sa propre famille, la cupidité et les trahisons de ceux qui étaient censés la conseiller et la protéger vont conduire Madeleine au naufrage et la ruine. Elle se retrouve seule avec son fils handicapé dans un triste et petit appartement après avoir vécu dans le somptueux hôtel particulier familial. Grâce à sa finesse et son intelligence, Madeleine va relever la tête et échafauder toute une stratégie machiavélique de reconquête et de vengeance. Du Pierre Lemaitre pur nectar de fruit !!!

J’ai connu Pierre Lemaitre par Au revoir là-haut, prix Goncourt, ô combien mérité, porté récemment à l’écran par Albert Dupontel, ce film fut une agréable surprise (généralement les adaptations cinématographiques sont assez ternes par rapport aux romans). Cette fresque historique sur la guerre de 14/18 avec les lâchetés de l’état-major, les compromissions, les scandales de politiciens véreux et les trafics d’influence en tous genres était doublé d’une intrigue haletante autour du mari de Madeleine, militaire sans foi ni loi. Je me suis, depuis 2013 précipité, et je vous conseille d’en faire autant, sur plusieurs ouvrages de ce maitre du polar et du suspense Cadre noir, Alex, Camille, Trois jours une vie etc…

Les Couleurs de l’incendie sont les couleurs vert de gris de la vague nazie qui s’apprête à déferler sur l’Europe. L’auteur dresse un tableau sans fard sur tous les scandales financiers, boursiers, judiciaires et politiques de l’entre-deux guerres. Sur ce décor trouble des années 30 se détachent des personnages aussi attachants qu’ hauts en couleurs d’incendie !!! Léonce, la dame de compagnie de Madeleine au physique à damner un banquier, une croupe à allumer le feu, Vladi la nurse polonaise à la sexualité débridée et la fidélité sans faille, le détestable Gustave Joubert, ancien fondé de pouvoir de la banque Pericourt qui conduira Madeleine à la ruine (même les pervers machiavéliques sont parfaitement disséqué !!) et surtout l’extraordinaire Castafiore au nom évidemment italien mais en réalité bien de chez nous, dont le petit Paul devient un fan inconditionnel, à la voix sublime mais le corps si lourd qu’elle ne peut plus chanter qu’assise sur un tabouret. Toute cette équipe se retrouvera à Berlin pour un concert devant les plus hauts dignitaires nazis dans une scène aussi mémorable que jubilatoire. Là encore l’imagination de l’auteur nous enchante. Toute la psychologie des différents personnages, des plus attachants aux plus détestables est analysée avec la profondeur et la précision du médecin légiste. L’écriture est alerte et subtile le rythme est virevoltant, les dialogues truculents, l’humour et les clins d’œil à notre époque constants, bref une fresque romanesque digne d’Alexandre Dumas. Si un deuxième prix Goncourt était possible il serait pour ce roman à nouveau mérité.

Bref, Lemaitre du polar a encore allumé le feu. Attendons avec patience que le troisième volet ranime à nouveau la flamme.


Notre suggestion de JUIN 2018

La prothèse en implantologie

Pour un plan de traitement personnalisé

Stefan Wolfart, traduit de l’anglais par Julien Mourlaas

 

Comment ne pas être impressionné par le dernier ouvrage paru chez Quintessence International, La prothèse en implantologie.

Stefan Wolfart et ses quatre complices nous proposent une bible pratique de la prothèse sur implant. Pour 320 €, vous parcourez 728 pages illustrées de 2163 photos. Un effort didactique sans précédent.

 

Des bases élémentaires où le patient est mis au cœur de la réflexion du projet implantaire, en passant par la philosophie du traitement et sa planification, rien n’est écarté. Tous les protocoles cliniques sont abordés. S’ensuivent les différents plans des traitements et ses arbres décisionnels…pour enfin terminer sur toutes les procédures de laboratoire. La première partie des modes chirurgicaux est largement développée en s’appuyant sur la réalisation des guides chirurgicaux. C’est une étape cruciale qui passe par cette planification et qui doit mener au bon « centrage » de l’implant. Du simple guide (2D) pour les cas unitaires au guide 3D Cone beam, les indications et les limites sont argumentées. De très longues explications sont données pour l’élaboration et la fabrication de ce guide qui va optimiser la phase chirurgicale au point de pouvoir implanter sans couvrir de lambeau. Des punch gingivaux sont réalisés à travers le guide.

Puis un chapitre entier décrit toutes les procédures chirurgicales. Au chapitre des empreintes, toutes les astuces et pièges sont dépeintes avec moulte précisions. Voilà enfin venu le chapitre du rapport intermaxillaire et de son enregistrement. La complexité de cette étape sera à prendre en compte dans les cas de réhabilitation totale. L’utilisation du Linefinder est largement décrite.

Toutes les techniques de laboratoire sont minutieusement illustrées. Le frittage des chapes en disilicate sur l’armature en zircone n’auront plus de secret pour le dentiste ! Et le prothésiste aura à cœur de mieux comprendre l’approche chirurgicale.

Sceller ou visser : ou comment contourner les pièges déchaine des options ! Les cinq derniers chapitres sont consacrés aux aspects techniques et prothétiques des édentements complets.

Voilà un ouvrage qui facilitera le travail main dans la main du prothésiste et du dentiste.

Un bonus pour nos patients.


En avril 2018


Notre suggestion de Février 2018

L’ordre du jour - Éric Vuillard, Prix Goncourt 2017

Le menu du jour : lâcheté et compromission

Faire la critique d’un prix Goncourt peut s’avérer périlleux, soit j’aime, j’approuve le bandeau rouge et mon avis devient sans intérêt, soit j’émets des réserves au risque de paraitre pédant pour oser contredire cet éminent jury. Essayons de faire l’équilibriste sur le fil de ce « roman-essai- pamphlet-historique ».

Il est difficile de classer cet ouvrage qui n’est ni un roman (inédit pour un Goncourt) ni un essai historique. Éric Vuillard se concentre, avec un regard acéré, lucide et ironique, sur quelques moments-clés qui ont précédé la dernière guerre. La réunion en février 33 organisée par Goering avec les 24 plus grands industriels et banquiers d’Allemagne afin de récolter des fonds pour les futures élections. Sont présents tous les représentants des grandes familles Krupp, Opel, Bayer, IG Farben, Allianz, Siemens, Telefunken entre autres. Le discours de Goering est on ne peut plus clair sur le programme d’Hitler (tout était déjà écrit dans Mein Kampf !!), pour restaurer l’économie allemande il faut supprimer les communistes, les syndicats, tous les opposants, les juifs, les francs-maçons etc. Tous ont approuvé et payé leur obole aux nazis (ramassis d’incultes et de bandits à de rares exceptions). Deux scènes d’une ironie grinçante sont particulièrement savoureuses. La soirée interminable à Londres chez Lord Chamberlain en compagnie de Churchill où Ribbentrop, Ministre des Affaires Etrangères d’Allemagne monopolise la parole pour se vanter jusqu’à plus d’heures de ses exploits tennistiques. On apprend entre autre que Chamberlain louait à titre personnel le logement de Ribbentrop, mais bien entendu cela n’avait rien à voir avec sa complaisance vis-à-vis des nazis !!! Le tête à tête entre Schuschnigg, le pitoyable-dictateur autrichien qui oppose à un Hitler en furie des arguments juridiques pour épargner à son pays l’invasion des troupes allemandes, pourtant souhaitée par les très nombreux nazis autrichiens. L’invasion se produira malgré tout, très peu de temps après, dans un chaos assez incroyable puisque le rouleau compresseur allemand, soit disant invincible se retrouvera échoué le long des routes lamentablement en panne, avec plusieurs chars et véhicules blindés incapables d’avancer. Une riposte de la France ou de l’Angleterre à ce moment aurait pu changer le cours des évènements mais le courage des dirigeants était en berne.

E. Vuillard ainsi que L. Binet dans HHHh (une de mes critiques précédentes) rapportent l’exclamation de Daladier au Bourget au retour de Munich acclamé par la foule pour avoir sauvé la paix « Ah les cons s’ils savaient ». Churchill dira de son prédécesseur et de ses homologues européens « Ils ont voulus éviter la guerre ils ont eu le déshonneur et la guerre ». E. Vuillard écrit avec brio, prix Goncourt oblige, mais paradoxalement un peu trop, la virtuosité du style nuit parfois à la rigueur de la démonstration et distrait de la gravité du sujet. Certains passages me faisaient penser à ces peintres des écoles flamandes dont les bouquets si parfaits, si techniquement « photographiques » à qui il manque le petit supplément d’âme et la spontanéité de la touche d’un Vermeer.

Malgré tout, on ne peut passer à côté de ce réquisitoire vis-à-vis de toutes ces grandes entreprises allemandes qui ont favorisé de façon déterminante l’avènement du nazisme.

Mais dormez braves gens, les dirigeants de Bayer, Siemens, Allianz, Krupp, Agfa, Opel, IG Farben (qui avait poussé le cynisme jusqu’à avoir une unité de production dans le camp de concentration d’Auschwitz et qui fabriquait le Zyklon B utilisé pour les chambres à gaz) n’ont jamais été inquiétés malgré tous les morts tombés dans leurs unités de production pour faire la fortune des grandes familles, c’est le côté obscure de la force industrielle allemande !!

Joël ITIC


IMPLANTOLOGIE EN ZONE ESTHETIQUE

d'Ueli Grunder - traduit de l'anglais par Léon Pariente

Comment est-il possible de résumer la lecture d’un tel ouvrage ?

En vérité, c’est impossible car tout y est et chaque mot est pesé. L’œuvre réalisée par le Dr Grunder est exceptionnelle. Elle est la somme des connaissances actuelles en parodontologie, esthétique, implantologie, reconstruction osseuse et prothèse. En somme, cet ouvrage en regroupe 5 en un seul sur tous ces thèmes. Les milliers de photos cliniques illustrent une démarche pédagogique minutieuse, complétées par des dessins, des radiographies mais aussi des démonstrations pas à pas sur modèles pédagogiques.

 Après avoir défini les principes thérapeutiques actuels présidant à l’implantologie en secteur esthétique, l’auteur propose les différentes stratégies possibles et analyse, pour chaque étape, de l’extraction à la pose de la couronne, tous les critères de succès et les causes d’échec. A partir du positionnement optimal de l’implant, de l’implantation immédiate ou associée à une ROG, toutes les étapes du raisonnement sont décrites avec la même méthode.

Le deuxième temps chirurgical est largement décrit dans toutes ses variantes, associé aux greffes de tissus mous. Ce chapitre est particulièrement brillant dans sa forme et son iconographie. Les 120 dernières pages sont consacrées à la prothèse esthétique sur implant.

Le dernier chapitre illustre pas-à-pas, au travers de 6 cas cliniques complets, la mise en œuvre de toutes les procédures décrites dans l’ouvrage afin d’aboutir au meilleur résultat possible.

La lecture est passionnante. L’imagerie époustouflante. L’auteur éclaire une multitude de détails cliniques qui, tous, contribuent à obtenir le résultat rêvé.

Il faut prendre le temps de s’immerger dans la lecture de cette bible de l’implantologie esthétique qui représente une contribution exceptionnelle à la diffusion des connaissances les plus pointues en ce domaine et cependant, accessibles à tous par l’immense talent de son auteur.

 

Jacques BESSADE

Directeur de la publication AONews


HHhH de Laurent Binet

H de guerre ……  aux Editions Grasset

 

Pourquoi vous parler d’un roman publié en 2010 et Goncourt du premier roman ? Pour cela deux bonnes raisons.

 

La première est irréfutable, à cette époque je n’enfonçais pas encore « le pivot dans la dent dure ». La deuxième, un film vient de sortir sur les écrans, tiré de ce bouquin. Je n’irais peut-être pas voir le film car la plupart du temps ils sont en dessous des best sellers dont ils sont issus. J’ajouterais une troisième raison et peut être la plus importante, c’est un excellent roman (essai ?) historique. Il raconte la véritable histoire de « l'Opération Anthropoid », au cours de laquelle deux résistants tchécoslovaques furent envoyés par Londres pour assassiner Reinhard Heydrich, l’un des principaux et des plus abjectes chef de la Gestapo et des services secrets nazis.

Laurent Binet est un jeune auteur agrégé de lettres modernes qu’il enseigne dans plusieurs universités parisiennes. Grand supporter, Il avait fait une chronique de la campagne de François Hollande en 2012 publié sous le titre (prémonitoire !!!) Rien ne se passe comme prévu. Avec cinq ans de recul, 2017 a donné raison à l’auteur, malgré lui, mais le livre avait été un flop en librairie. La rumeur lui a aussi attribué d’avoir soutenu la plume (oh combien pesante !!) de Valérie Trierweiller pour l’écriture de Merci pour ce moment. Ce qui prouve une fois de plus qu’on peut être malvoyant politiquement et visionnaire littérairement. Laurent Binet a publié en 2015 La 7eme fonction du langage (Prix interallié). Oserais-je avouer que ce roman érudit sur l’assassinat supposé de Roland Barthe m’est tombé des mains à mi-parcours. Ne nous égarons pas !

Planificateur de la solution finale, "le bourreau", "la bête blonde", "l’homme le plus dangereux du IIIe Reich", Heydrich était le chef d’Eichmann et le bras droit d’Himmler, mais chez les SS, on disait : "HHhH". Himmler Hirn heiβt Heydrich, le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich, d’où le titre énigmatique de l’ouvrage. Binet portait en lui depuis des années l’histoire de ces deux résistants Tchécoslovaques, Gabcik et Kubis, ayant réalisé l’un des plus héroïques fait d’arme de la deuxième guerre mondiale : tenter d’assassiner Heydrich. Malgré une documentation impressionnante qu’il nous détaille tout au long de l’ouvrage, l’auteur hésite constamment entre fiction romanesque et récit historique. Il nous fait part de ses doutes, il revient sur certains passages, il juge les protagonistes. On le lui a d’ailleurs reproché, mais comment être indulgent avec des personnages comme Chamberlain ou Daladier dont la lâcheté est à l’origine de Munich. « Ils ont choisi entre le déshonneur et la guerre et finalement ils ont eu les deux ». Saint John Perse, diplomate à cette époque y est traité « de sac à merde ». Personnellement cela ne me choque pas et je pourrais en dire autant de Céline et quelques autres. Je n’ignore pas que Céline soit considéré comme un des grands auteurs du vingtième siècle mais pourrait-on imaginer un seul instant une exposition aujourd’hui des peintures d’Adolphe Hitler, fussent-elles exceptionnelles ??? (Je laisse plusieurs points d’interrogation à votre réflexion) Ce qui malheureusement, comme l’avait suggéré Eric Emmanuel Schmitt (La part de l’autre) aurait peut-être changé le cours de l’histoire.

Grace à un style particulièrement fluide et rythmé par plus de 250 mini-chapitres, Laurent Binet rend un hommage justifié à ces résistants tchécoslovaques qui ont redonné l’honneur à tout un peuple, et a cette ville de Prague qui n’a cessé de démontrer qu’elle avait toujours un printemps d’avance.

Faire l’éloge d’un livre écrit par un supporter de Hollande on ne pourra plus jamais m’accuser de sectarisme !!!

 

Joël ITIC, Rédacteur en Chef Adjoint AONews


L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe

Un flic « collabordinaire » sous l’occupation …..

Le livre de Romain Slocombe était sur la liste du Goncourt, il ne l’a pas eu mais il mérite néanmoins une mention. Ce roman noir étonnamment documenté (la bibliographie en fin d’ouvrage est impressionnante) nous fait revivre jusque dans le détail le quotidien sordide d’un flic du 3ème bureau des renseignements généraux pendant l’occupation allemande de 1942.

 

Léon Sadorski, pétainiste fervent, antisémite viscéral et mari attentionné n’hésite pas à quitter son bureau pour traquer les juifs, les bolcheviques ennemis des allemands et les résistants (les terroristes dans la sémantique collabo). Il prête main-forte, au besoin, aux brigades spéciales et s’il le faut pourquoi pas une petite séance de torture, décrite en détail par Slocombe, bref un fonctionnaire zélé jusqu’à l’excès comme il y en eu tant sous l’occupation mais toujours avec l’excuse de l’obéissance à la hiérarchie.

 

Ce fonctionnaire « exemplaire » est néanmoins aussi noir dans sa tête que les uniformes SS et malgré l’amour qu’il semble porter à son épouse, il regarde sa petite voisine Julie Orwak âgée d'à peine 15 ans avec concupiscence comme une conquête possible tout en envoyant sa mère à Drancy (un salaud ne l’est jamais à moitié !!!). Les 2 sœurs Metzger tout juste plus âgées fricotent ouvertement avec les boches et se font prendre sans honte ni gêne dans les portes cochères des immeubles voisins dès la nuit tombée. Sadorski les espionne et profite sournoisement du spectacle. Mais l’aînée est retrouvée sauvagement assassinée et notre flic va s’acharner à découvrir le coupable. Le roman est sur le fil entre le noir et le polar.

 

Un des mérites de Martin Slocombe est de décortiquer les méandres tortueux de la psychologie de son personnage principal. Au cours de l’histoire, Sadorski, malgré le zèle de son travail au service des allemands, sera arrêté par les SS et incarcéré dans une prison sordide à Berlin, privé d’eau, de nourriture, la peur au ventre. Il assiste aux tortures mortelles Infligées aux prisonniers (certaines scènes sont d’ailleurs très difficiles : âmes sensibles s’abstenir !!), mais il est libéré, toujours aussi dévoué aux SS. Torturé par la pègre collaborationniste dont Laffont et Pierre Bonny, qui tiennent le haut du pavé à Paris, pour avoir été trop curieux dans la recherche de l’assassin de la jeune Metzger, Sadorski s’enlise dans sa paranoïa. C’est un pleutre, on espère à certain passage la rédemption, mais sa haine des juifs et des bolcheviques est plus forte.

 

Slocombe nous rappelle également comment la plupart des grands industriels français et certains intellectuels plongèrent les yeux fermés dans ce bourbier de la collaboration en réaction au front populaire : de Boussac, Peugeot, les huiles Lesieur (votre prochaine vinaigrette aura peut-être un goût amer !!) à Céline, Doriot, Deloncle et tant d’autres. Et que dire du tout Paris pour qui la fête continuait avec Arletty (accusée à la libération d’avoir été la maîresse d’un officier allemand, elle eut pour défense : mon cœur est français mais mon cul est à tout le monde !!), Cécile Sorel, Danièle Darrieux, Tino Rossi, Sacha Guitry, Jean Cocteau. Bien peu ont résisté comme Pierre Dac, Robert Lynen ou Jean Pierre Aumont (Croix de Guerre et Légion d’Honneur).

Des pages noires de notre histoire française, Slocombe tire un roman de même couleur dont la lecture est assouplie par l’intrigue policière, mais il nous met aussi en garde car les périodes de crise génèrent souvent les pires dérives extrémistes.

Joël ITIC

Rédacteur en Chef Adjoint AONews