Introduction
Depuis les premières publications de Brånemark sur l’ostéo-intégration, l’implantologie orale a évolué vers des designs cherchant à réduire la perte osseuse marginale et à stabiliser les tissus mous péri-implantaires. Trois facteurs critiques influencent directement ces résultats :
Matériel et méthode
Ont été retenues :
Implants monoblocs à col concave transmuqueux
Bolle et collaborateurs (2015) ont montré, sur un modèle animal, que les implants monoblocs à col concave transmuqueux favorisent l’organisation d’un tissu conjonctif stable (« O-ring » fibreux) dans la concavité, créant une barrière biologique efficace.
Dans une étude rétrospective multicentrique, Axiotis et al. ont évalué des implants monoblocs à col concave lisse (n = 146 implants, suivi jusqu’à 6 ans).
Ces deux études, expérimentale et clinique, convergent pour démontrer l’intérêt biologique et fonctionnel du profil concave monobloc transmuqueux. [2]
Effet du micro-gap
Dans une étude histologique animale, Broggini et al. 2006 ont démontré que le micro-gap implant/pilier est un site privilégié de colonisation bactérienne et d’inflammation chronique. Cette réponse inflammatoire entraîne une résorption osseuse marginale systématique, proportionnelle à la proximité du micro-gap avec la crête osseuse [4].
→ L’intérêt du design monobloc est précisément d’éliminer ce micro-gap, réduisant ainsi le risque de remodelage osseux induit par l’inflammation.
Les micro-gaps au niveau de la connexion implant-pilier sont une problématique majeure, car ils constituent des niches bactériennes et un foyer inflammatoire chronique. Dans une étude récente en micro-CT, Kowalski et al. (2023) ont montré que, malgré les progrès des connexions coniques et internes, des micro-espaces subsistent systématiquement au niveau du joint implant-pilier, avec des valeurs variant de quelques microns à plusieurs dizaines de microns selon le design [1]. Ces résultats confirment que l’option monobloc supprime totalement ce risque structurel.
Platform switching vs platform matching
Le platform switching, c’est-à-dire l’utilisation d’un pilier de diamètre inférieur à celui de l’implant, a été proposé comme moyen de déplacer le micro-gap vers l’intérieur, à distance de l’os marginal. Dans une étude clinique comparative, Santiago Jr et al. (2016) ont montré que le platform switching permet une réduction significative de la perte osseuse marginale par rapport au platform matching [2]. Cependant, ce concept ne supprime pas le micro-gap, il ne fait que le déplacer. Le design monobloc avec col concave va encore plus loin, en éliminant totalement l’interface vissée.
Bone-level vs tissue-level
Agustín-Panadero et al. (2021) ont montré dans une étude comparative une perte osseuse significativement plus faible autour des implants tissue-level (0,3 mm) que des bone-level (0,97 mm) après 2 ans [3]. Cela confirme l’intérêt du positionnement supra-crestal de la jonction prothétique. Dans une étude épidémiologique menée en Suède sur plus de 4 500 implants, Derks et al. (2016) ont montré que la prévalence de la péri-implantite était significativement plus élevée chez les implants bone-level que chez les tissue-level [3]. Les auteurs suggèrent que la position de la jonction implant-pilier à proximité immédiate de l’os marginal est un facteur de risque de remodelage osseux et d’inflammation chronique.
→ Le choix du tissue-level constitue donc une approche préventive validée épidémiologiquement.
Différence de position du contact os /implant entre l’implant KMB Soft Tissue level et l’implant Bone Level
Col convergent transmucosal
Le design du col transmuqueux joue un rôle central dans la stabilité tissulaire.
Dans un essai clinique prospectif (2 ans de suivi), Agustín-Panadero et al. (2019) ont comparé des implants à connexion convergente vs droite. Les implants à connexion convergente présentaient une perte osseuse marginale significativement moindre et une meilleure stabilité muqueuse [4]. Cela corrobore les données de Bolle et Axiotis sur l’intérêt du col concave : en créant un espace tissulaire, il permet l’épaississement conjonctif et la protection de la crête osseuse.
Biologie péri-implantaire (Berglundh & Abrahamsson)
Les travaux de Berglundh et Abrahamsson ont démontré que les tissus péri-implantaires s’organisent selon une structure histologique stable, composée d’un épithélium de jonction et d’un tissu conjonctif supra-crestal, équivalent à une distance biologique péri-implantaire. Un col concave favorise la formation d’un tissu conjonctif plus épais, consolidant cette barrière.
Épaisseur muqueuse et stabilité osseuse (Linkevičius)
Linkevičius et al. ont montré que lorsque la muqueuse est fine (<2 mm), une résorption osseuse initiale se produit afin de recréer la distance biologique, tandis qu’une muqueuse épaisse (>2 mm) favorise une stabilité osseuse marginale à long terme. Le col concave crée un espace favorable à l’épaississement muqueux, compensant ainsi un biotype fin.
Zero Bone Loss Concept (ZBLC) Mono Bloc et choix de l’implant
Dans le cadre du ZBLC (Linkevičius), la stabilité osseuse marginale à long terme exige la combinaison d’une muqueuse épaisse (≥ 2–3 mm), d’une interface implanto-prothétique exempte de micro-mouvements et positionnée à distance de la crête, d’une hauteur de pilier suffisante, d’un col favorable aux tissus mous (convergent/concave) et d’une réduction drastique des manipulations post-intégration. Le Kontact MonoBloc soft tissue level à col concave répond aux critères majeurs du ZBLC et en élimine le talon d’Achille des systèmes deux-pièces (micro-gap + micromouvements). C’est l’implant « à profil pro-tissulaire» qu’appelle le concept de Linkevičius : scellement muqueux épais, interface mécanique supprimée, jonction implant pilier hors de la crête, manipulations minimales. En ce sens, il est particulièrement adapté pour une stratégie Zero bone loss.
Influence de la géométrie des connexions internes (Kofron)
Kofron et al. (2019) ont montré que la stabilité mécanique des systèmes à deux pièces dépend de la géométrie de la connexion interne. Les connexions de type Cône Morse présentent des mouvements de rotation et des déplacements horizontaux réduits par rapport à d’autres géométries internes. Toutefois, même avec cette optimisation, des micro-mouvements persistent. Ces mouvements, bien que limités, peuvent toujours générer des micro-infiltrations bactériennes et une inflammation péri-implantaire chronique. À l’inverse, la conception monobloc supprime totalement ce phénomène en éliminant l’interface vissée.
Impact des manipulations prothétiques (Rompen)
Rompen (2012) a démontré que les vissages et dévissages répétés du pilier prothétique perturbent le scellement biologique muqueux et favorisent la perte osseuse marginale. Cette observation souligne un inconvénient majeur des systèmes deux-pièces nécessitant de multiples manipulations lors des étapes prothétiques. En comparaison, un implant monobloc, en réduisant drastiquement ces interventions, contribue à la stabilité biologique des tissus péri-implantaires à long terme.
Stabilité des connexions dans le temps (Liu & Wang, 2017)
Liu & Wang (2017) ont souligné que la stabilité à long terme des connexions implant–pilier reste un défi majeur. Même lorsque la connexion est initialement étanche et mécaniquement fiable, des microgaps et micromouvements apparaissent inévitablement au fil du temps en raison des contraintes fonctionnelles et des cycles de chargement. Ces phénomènes entraînent une infiltration bactérienne progressive, une inflammation chronique et une résorption osseuse marginale autour du col implantaire. Ces résultats confirment que les systèmes deux-pièces, même avec des connexions optimisées, ne parviennent pas à garantir une stabilité absolue. En comparaison, le design monobloc élimine totalement cette interface et supprime donc la problématique de stabilité dans le temps.
Discussion
Les données convergent pour démontrer les avantages d’un implant monobloc soft tissue level à col concave.
Conclusion
Les implants monoblocs soft tissue level à col concave reposent sur une justification scientifique solide : suppression du micro-gap, préservation osseuse marginale, scellement tissulaire stable, réduction de la péri-implantite, et simplification chirurgicale et prothétique. Ils représentent une solution fiable et preventive.
Références
1. Bolle C, de Bruyn H, Jacobs R, et al. Early peri-implant tissue healing on one-piece implants with a concave transmucosal design: an experimental study in dogs. Int J Oral Maxillofac Implants. 2015;30(4):843–850.
2. Axiotis A, Michel A, Rocchietta I, et al. One-Piece Implants with Smooth Concave Neck to Enhance Soft Tissue Development and Preserve Marginal Bone Levels: A Retrospective Study with 1- to 6-Year Follow-Up. Materials (Basel). 2018;11(8):1339.
3. Broggini N, McManus LM, Hermann JS, et al. Persistent acute inflammation at the implant–abutment interface. J Dent Res. 2006;85(3):232–237.
4. Kowalski J, et al. Micro-CT evaluation of microgaps at implant–abutment connections. J Prosthet Dent. 2023;129(4):XXX–XXX.
5. Santiago JF Jr, Pellizzer EP, Verri FR, et al. Platform switching vs platform matching: a meta-analysis of radiographic marginal bone level. J Periodontol. 2016;87(7):789–798.
6. Agustín-Panadero R, et al. Comparison of Bone Loss in Tissue-Level vs. Bone-Level Implants: A Retrospective Study. Int J Environ Res Public Health. 2021;18(10):5232.
7. Derks J, Tomasi C, Wennström JL, Berglundh T. Effectiveness of implant therapy analyzed in a Swedish population: prevalence of peri-implantitis. J Dent Res. 2016;95(1):43–49.
8. Agustín-Panadero R, et al. Influence of implant–prosthetic connection on peri-implant bone loss: a prospective clinical trial with 2-year follow-up. Int J Oral Maxillofac Implants. 2019;34(4):963–968.
9. Berglundh T, Lindhe J, Ericsson I, Marinello CP, Liljenberg B, Thomsen P. The soft tissue barrier at implants and teeth. Clin Oral Implants Res. 1991;2(2):81–90.
10. Abrahamsson I, Berglundh T, Wennström J, Lindhe J. The peri-implant hard and soft tissues at different implant systems. Clin Oral Implants Res. 1996;7(3):212–219.
11. Linkevičius T, Apse P, Grybauskas S, Puisys A. Influence of thin mucosal tissues on crestal bone stability around implants with platform switching: a 1-year pilot study. J Oral Maxillofac Surg. 2010;68(9):2272–2277.
12. Linkevičius T, Puisys A, Linkeviciene L, Peciuliene V, Schlee M. Crestal bone stability around implants with horizontally matching connection after soft tissue thickening: a prospective clinical trial. Clin Implant Dent Relat Res. 2015;17(3):497–508.
13. Kofron MD, Mitsias ME, Baier RE, et al. The effect of implant–abutment connection geometry on load transfer and micromovement. Clin Implant Dent Relat Res. 2019;21(1):41–50.
14. Rompen E. The impact of the abutment on peri-implant tissues: biological considerations. Clin Oral Implants Res. 2012;23 Suppl 6:104–108.
15. Liu Y, Wang J. Influences of microgap and micromotion of implant–abutment interface on marginal bone loss around implant neck. Arch Oral Biol. 2017;83:153–160.
