Séance Prestige - Recul clinique : l’heure de vérité !

Conférenciers : Gil Tirlet, Michel Bartala, Marie Clément, Philippe Colin, France Lambert, Franck Renouard, Michèle Reners, Sofia Aroca, Christian Verner

Modérateurs : Charles Toledano, Benjamin Cortasse, Patrice Margossian

Dossier ADF 2025, séances choisies - AO News #80 Février 2026



La séance prestige de l’ADF 2025 proposait un format original : neuf conférences de douze minutes, un véritable « flash pédagogique » permettant d’explorer en un même matin l’évolution contemporaine de la dentisterie : esthétique, adhésion, parodontologie, implantologie, prothèse... Une mosaïque dense, cohérente, centrée vers un objectif commun : la stabilité, la prévisibilité et la durabilité des traitements. 9 conférenciers de renom et experts de leurs disciplines ont successivement pris la parole dans le grand amphithéâtre du Palais des Congrès.

 

Gil Tirlet  Les bridges collés cantilever antérieurs en céramique : l’heure de la maturité clinique

Les bridges collés cantilever antérieurs ont atteint une phase de maturité remarquable, soutenue par des études à long terme montrant des taux de survie élevés. Leur succès repose sur un ensemble de paramètres précis : conception du connecteur (bH²), occlusion contrôlée, index de collage fidèle et protocole adhésif rigoureux. Ces dispositifs ne sont plus des restaurations temporaires mais de réelles solutions définitives, particulièrement pertinentes chez les patients jeunes pour préserver les tissus et accompagner la croissance faciale. G. Tirlet rappelle que la cohérence dans le choix des matériaux et des protocoles est fondamentale : si l’on croit en l’adhésion, il faut y croire de façon globale, sans revenir vers des approches invasives antérieures comme les tenons métalliques. 

La zircone, aisément re-collable offre un avantage en cas de décollement sans fracture, alors que le disilicate de lithium, plus fragile dans ce contexte, doit être utilisé avec prudence. Ce traitement est minimalement invasif, biologiquement respectueux et parfaitement intégré dans une dentisterie moderne, durable et conservatrice.


Michel Bartala Évolution de la reconstitution des dents délabrées

Il repositionne la reconstitution corono-radiculaire dans sa dimension contemporaine : moins de métal, plus de biomimétisme, davantage d’adhésion. Les tenons métalliques, historiquement omniprésents, montrent un risque accru de fractures radiculaires liées à la transmission de contraintes à la racine dentaire. Ils doivent être contrebalancés par une information claire au patient et, idéalement, remplacés par des matériaux plus souples et plus compatibles (composites renforcés par fibres courtes). Les techniques actuelles reposent sur la confiance dans le collage et dans la gestion mécanique interne de la dent restaurée, permettantde préserver un maximum de structure 

dentaire. M. Bartala insiste sur la micro-rétention, le respect des épaisseurs, le polissage et la cohérence de l’ensemble restaurateur. L’objectif n’est plus la « reconstruction », mais la réhabilitation fonctionnelle et durable, réinscrite dans une vision minimalement invasive et largement validée scientifiquement. 


Marie Clément Stabilité des traitements esthétiques

La stabilité esthétique ne se conçoit plus comme une simple photographie à T0 : elle doit être évaluée dans le temps, éclairée par les principes biologiques et occlusaux. M. Clément expose les différents traitements (éclaircissement dentaire, composites directs stratifiés, technique d’érosion-infiltration, facettes en céramique) et rappelle qu’ils ont tous une courbe d’évolution attendue.

Les éclaircissements nécessitent un entretien tous les 5–7 ans ; les infiltrations superficielles démontrent une excellente stabilité et durabilité, tandis que les infiltrations profondes accompagnées de composite doivent être réinterrogées après 5–7 ans. Les composites modernes présentent d’excellents taux de survie à dix ans, à condition de maîtriser biseaux, les épaisseurs, photopolymérisation et les protocoles stricts de polissage. Les facettes, quant à elles, atteignent facilement 20 ans avec une maintenance des résultats optiques et esthétiques dans le temps. La stabilité esthétique repose donc sur une combinaison entre sélection du traitement, rigueur technique et suivi régulier.


Philippe Colin Stabilité de l’os péri-implantaire

Il rappelle que la préservation osseuse autour des implants est multifactorielle et ne peut être réduite à un seul paramètre technique. Elle dépend du volume osseux initial, de la gestion du torque d’insertion de l’implant, de la prévention de la surchauffe, d’un positionnement idéal (environ 1 à 2mm sous-crestal) et d’une connectique adaptée (platform switching et cône interne).

Le rôle des tissus mous est capital : une épaisseur minimale de 2 mm et la présence de muqueuse attachée sont associées à une meilleure stabilité. La propreté des composants, la limitation des déconnexions, la préférence pour des restaurations vissées et la conception prothétique (embrasures nettoyables, occlusion maîtrisée) complètent le tableau. « Le diable se cache dans le détail » : l’os cervical est un marqueur biologique exigeant, qui sanctionne toutes les approximations techniques.


France Lambert Stabilité des tissus mous péri-implantaires

F. Lambert structure son propos autour de la question clé : comment créer et maintenir un environnement tissulaire stable autour d’un implant ? L’épaisseur des tissus mous, la présence de muqueuse kératinisée et la gestion du profil transmuqueux sont des facteurs déterminants.

Les greffes de tissu conjonctif permettent d’améliorer l’épaisseur et la résilience des tissus, mais ne constituent pas une solution universelle : elles ne compensent jamais une mauvaise position implantaire. La stabilité repose aussi sur la qualité du pilier, la hauteur disponible, la propreté et la biocompatibilité des matériaux

En esthétique antérieure, le conjonctif en immédiat peut réduire le risque de récession, mais uniquement si toutes les conditions chirurgicales sont maîtrisées. F. Lambert insiste sur la nécessité de laisser la place au tissu vivant, véritable acteur de la stabilité à long terme.


 

Franck Renouard Mes conseils à un jeune implantologue

Franck Renouard propose un témoignage puissant issu de 40 ans de pratique et de milliers d’implants posés. Son message principal : la maîtrise s’acquiert avec du temps, de la constance et la construction de routines opératoires stables. Il invite les jeunes praticiens à choisir un seul système implantaire, un ou deux mentors, et à éviter de « picorer » des techniques de manière dispersée.

La progression suit un modèle neurocognitif robuste qui rappelle que l’expertise ne peut être accélérée artificiellement. La gestion autonome des complications est la signature d’un bon chirurgien. Renouard place aussi l’équipe au cœur de la réussite : assistante et secrétaire sont des partenaires cliniques essentiels.

Son intervention est un plaidoyer pour une implantologie rigoureuse, apaisée, structurée…



Michèle Reners Traitement non chirurgical de la maladie parodontale

M. Reners rappelle la place centrale de la parodontologie dans la dentisterie moderne : pour elle, la parodontologie est au cœur de tout. Le dépistage systématique (DPSI), la présence d’une sonde parodontale sur chaque plateau d’examen et la prise en compte des facteurs de risque sont indispensables. Le traitement non chirurgical reste la base : contrôle de plaque,instrumentation 

supra- puis sous-gingivale, inserts fins et respectueux, attelles en cas de mobilités. Les antiseptiques et antibiotiques doivent être utilisés selon les indications validées. Mais la clé du succès réside surtout dans la maintenance, structurée et régulière, qui permet de stabiliser les résultats dans le temps et de comprendre chaque patient comme une « énigme » singulière influencée par son mode de vie, ses habitudes et son niveau d’engagement thérapeutique.


Sofia Aroca Rôle du conjonctif dans le traitement des récessions

Elle revient sur le rôle du greffon conjonctif en chirurgie plastique parodontale. Celui-ci augmente la probabilité de recouvrement complet et la stabilité à long terme, mais son indication doit être raisonnée à partir du phénotype gingival. S. Aroca rappelle que le conjonctif n’induit pas la kératinisation du lambeau : c’est la migration apicale du bord marginal qui conditionne la formation de tissu kératinisé. Les techniques doivent privilégier la préservation papillaire, la fermeture primaire et la stabilité du caillot. Le choix du greffon et l’analyse anatomique préalable guident l’indication. La réussite repose moins sur le biomatériau que sur la biologie du site, l’épaisseur obtenue et la précision technique.


Le tissu conjonctif dans le traitement des recessions gingivales augmente-t-il la probabilité d'obtenir un recouvrement radiculaire complet ? La greffe de tissu conjonctif augmente la stabilité du lambeau et la probabilité d'obtenir une couverture radiculaire complète uniquement dans les situations où le phénotype tissulaire est fin.

Est-ce que la présence de tissu conjonctif augmente la quantité du tissu kératinisé ? D'un point de vue biologique, il peut être conclu que le greffon de tissu conjonctif (GTC) ne peut induire aucune différenciation de l'épithélium sus-jacent lorsque le lambeau est maintenu dans sa position initiale au niveau de la jonction amélo-cémentaire. Ce n'est que lorsqu'une récession du lambeau au-dessus du tissu conjonctif est observée qu'une augmentation évidente de la largeur de tissu kératinisé (KTW) peut être constatée.


Christian Verner  Évolution des techniques chirurgicales des défauts osseux antérieurs

Dr Verner décrit l’évolution des approches chirurgicales des défauts osseux en parodontologie, marquée par trois grands principes : lambeaux mini-invasifs, préservation des papilles et stabilisation du caillot.

La morphologie du défaut demeure le facteur déterminant du potentiel de régénération, bien plus que le type de biomatériau. Les défauts étroits et profonds à angle favorable (<22°) sont les plus prévisibles. Les techniques actuelles s’appuient sur une optique de précision (loupes, microscope), des lambeaux conservateurs et des membranes adaptées.

La chirurgie régénérative, aujourd’hui, s’oriente vers la biologie, la qualité du site et la maîtrise opératoire plutôt que vers la multiplication des produits. Une vision moderne, affinée, exigeante, qui recentre l’acte chirurgical sur l’essentiel.

 

 

Conclusion

 

Cette séance prestige a mis en lumière une dentisterie cohérente, mature et profondément moderne, fondée sur la biologie, l’adhésion, la préservation tissulaire et la rigueur clinique. Implantologie, parodontologie, prothèse adhésive, esthétique : tous les domaines convergent vers une philosophie commune de durabilité, de précision et de stabilité dans le temps.

 

Au-delà des techniques, chaque intervenant a rappelé l’importance des compétences non techniques : organisation, communication, gestion du stress, analyse critique, travail en équipe.

 

Un message fort pour les jeunes praticiens comme pour les plus expérimentés : la qualité clinique est un chemin, celui d’une progression structurée, d’une exigence apaisée et d’un engagement constant envers le patient et la science. Une dentisterie plus humaine, plus reproductible et plus scientifique.