Extraction Implantation Immédiate en secteur molaire : apport du pilier SSA

Dossier Zero bone loss et monobloc : un mariage biologique ? AO News #78 - nov 2025


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Contexte, processus de décision

 

Le remodelage post extractionnel entraîne une diminution des dimensions vestibulo-linguales et verticales qui est susceptible de compromettre le volume vestibulaire et le profil d’émergence futur, provoquant souvent bourrages alimentaires au niveau des couronnes d’usage et une difficulté accrue pour le contrôle de plaque autour des prothèses d’usage. En l’absence de mesures de préservation, la perte horizontale atteint jusqu’à 50% de la largeur de la crête avec des changements significatifs en particulier les 3 premiers mois (Shropp et al. 2003). En secteur molaire, les alvéoles multi-radiculées posent des contraintes spécifiques : diamètre post-extractionnel important, variations de septum inter-radiculaire, proximité du nerf alvéolaire inférieur ou du sinus, et nécessité d’une stabilité primaire obtenue par ancrage septal quand il existe, ou apical dans l’os résiduel. L’extraction-implantation immédiate (EII) est désormais bien codifiée et permet d'obtenir des résultats similaires à l’implantation différée, tout en assurant un temps de traitement plus court et en réduisant le nombre d’intervention, à condition de respecter certains principes.

 

Le Socket Seal Abutment (SSA) est un pilier de cicatrisation personnalisé qui clôt tout le pourtour de l’alvéole autour d’un implant immédiatement posé, stabilise le caillot et/ou le matériau de comblement, et assure un soutien des tissus péri-implantaires. Les différents protocoles décrivent des SSA chairside (composite) ou préfabriqués/usinés (PEEK, titane, zircone), qui permettent de limiter significativement la perte de volume vestibulaire et de conserver le profil d’émergence de la couronne dentaire. (Alexopoulou 2021, Finelle 2021.)

 

Par ailleurs, les implants monoblocs, « implants une pièce » intègrent le composant transmuqueux et offrent un cheminement prothétique simplifié tout en supprimant l’interface implant-pilier. Leur association à un SSA en EII molaire vise un scellement biologique précoce, la préservation alvéolaire et la maîtrise du profil d’émergence sans nécessairement mise en esthétique immédiate en vue de faciliter l’entretien des futures restaurations.

 

Discussion et conclusion

 

En secteur molaire, le SSA répond à deux enjeux majeurs : obtenir une fermeture primaire sans lambeau et maintenir l’architecture gingivale afin de limiter la résorption post-extractionnelle. Plusieurs travaux concordants soutiennent cette approche. Dans une étude prospective avec un suivi de 2 ans, Finelle et al. (2021) ont rapporté, sur des sites molaires traités avec des SSA CAD/CAM, une réduction horizontale moyenne des tissus mous vestibulaires d’environ 1 mm à 1–4 mm sous la gencive marginale, associée à une récession gingivale limitée (0,53 mm). La perte de largeur crestale observée variait entre 12 et 17 %, ce qui correspond à des changements modestes des tissus durs et mous.

 

Dans une étude rétrospective portant sur des extractions-implantations immédiates en secteur postérieur avec préservation alvéolaire et scellement par un SSA, Alexopoulou et al. (2021) rapportent, après un suivi de 1 à 5 ans, un taux de survie implantaire de 100 %. Les mesures radiographiques montrent un remodelage osseux horizontal globalement non significatif, hormis au niveau le plus cervical où une résorption moyenne de 0,73 mm a été observée. Ces résultats confirment la capacité du SSA, lorsqu’il est associé à une procédure de préservation alvéolaire, à maintenir la stabilité des volumes péri-implantaires sur le moyen terme Amato et al. (2022) ont mené une étude multicentrique sur 246 patients (267 implants molaires) répartis en cinq groupes selon le pilier connecté immédiatement après l’implantation. Après 6 mois, la largeur vestibulo-linguale mesurée sur des modèles présentait une réduction significative avec les piliers standards (jusqu’à –4,21 mm à 1 mm sous-gingival pour le Ø5. En revanche, les piliers personnalisés ont permis de maintenir presque intacte la largeur crestale (–0,25 / –0,30 / –0,19 mm à 1 / 3 / 5 mm). Selon les auteurs, cette stabilité s’explique par le soutien de l’architecture tissulaire, en particulier dans la partie transmuqueuse de chaque alvéole ainsi que par la protection du caillot et du biomatériau. Ces résultats mettent en évidence la supériorité des piliers personnalisés par rapports aux piliers standards pour limiter le remodelage horizontal et maintenir le volume péri-implantaire après extraction-implantation immédiate.

 

Dans le premier cas présenté, l’association entre le pilier SSA et l’implant monobloc introduit une subtilité intéressante : l’absence d’interface implant-pilier supprime le microgap mécanique et biologique, ce qui s’inscrit dans la philosophie de stabilité de l’os crestal et permet une simplification des étapes prothétiques. Dans notre cas, on remarque tout de même une légère contraction marginale, non quantifiée mais cliniquement perceptible. La gencive marginale semblant s’être positionnée légèrement en dessous du rebord vestibulaire du SSA. Par ailleurs, lorsque le SSA est confectionné intégralement au fauteuil, il faut souligner l’existence d’une courbe d’apprentissage, le façonnage et l’adaptation sont exigeants.

 

L’intérêt du second cas repose également sur l’utilisation combinée de la chirurgie naviguée et des forets d’osséodensification. La navigation dynamique permet un contrôle tridimensionnel précis dans des situations anatomiques contraignantes, tout en maintenant une approche flapless moins invasive. L’osséodensification, quant à elle, élargit considérablement les indications de la voie crestale en permettant un soulèvement atraumatique de la membrane sinusienne même lorsque la hauteur osseuse résiduelle est réduite. Cette synergie entre navigation, soulevé crestal et scellement par SSA offre la possibilité d’un protocole intégré, limitant les interventions, réduisant la morbidité et raccourcissant le délai global de traitement pour le patient.

 

Au-delà des chiffres, le bénéfice pratique est central en secteur postérieur : suppression des sutures, stabilisation du caillot et/ou du biomatériau, préservation de l’architecture tissulaire. Ces avantages, décrits de façon répétée, participent à une expérience patient améliorée sans compromettre l’ostéointégration. Ces principes s’inscrivent dans une dynamique contemporaine qui privilégie la préservation des tissus osseux et muqueux, plutôt que la nécessité de recourir secondairement à des procédures de reconstruction plus complexes et invasives.

 

 

Bibliographie

  1. Schropp L, Wenzel A, Kostopoulos L, Karring T. Bone healing and soft tissue contour changes following single-tooth extraction: a clinical and radiographic 12-month prospective study. Int J Periodontics Restorative Dent. 2003;23(4):313-323.
  2. Alexopoulou M, Lambert F, Knafo B, Popelut A, Vandenberghe B, Finelle G. Immediate implant in the posterior region combined with alveolar ridge preservation and sealing socket abutment: A retrospective 3D radiographic analysis. Clin Implant Dent Relat Res. 2021;23(1):61-72. doi:10.1111/cid.12974
  3. Finelle G, Popelut A, Knafo B, Martín IS. Sealing Socket Abutments (SSAs) in Molar Immediate Implants with a Digitalized CAD/CAM Protocol: Soft Tissue Contour Changes and Radiographic Outcomes After 2 Years. Int J Periodontics Restorative Dent. 2021;41(2):235-244. doi:10.11607/prd.4579
  4. Amato F, Amato G, Campriani S, et al. The Role of Different Healing Abutment Sizes in Tissue Volume Preservation of Molar Sockets After Immediate Tooth Extraction and Implant Placement: A Multicenter Clinical Study. Int J Oral Maxillofac Implants. 2022;37(5):891-904. doi:10.11607/jomi.9607