Les couronnes périphériques : verti prep vs préparations horizontales

Conférenciers : Dorian Bonnafous et Olivier Étienne / Responsable de séance : Adrien Lavenant

Dossier ADF 2025, séances choisies - AO News #80 Février 2026



La conférence présentée par les Drs Bonnafous et Étienne proposait une analyse approfondie des deux grands types de préparation coronaire utilisés aujourd’hui en prothèse fixée : les préparations horizontales, fondées sur la réalisation d’un congé précis, et les préparations verticales (Vertiprep et BOPT), plus récemment remises en avant grâce à l’évolution des matériaux, en particulier la zircone.


Les intervenants ont insisté sur le fait qu’aucune de ces approches ne peut prétendre à une supériorité universelle. Le choix doit au contraire être guidé par le contexte clinique, l’état biologique de la dent et des tissus parodontaux, l’objectif prothétique, la nature du matériau utilisé ainsi que la capacité du praticien à maîtriser chacune de ces techniques.

 

Les préparations horizontales reposent sur la création d’une limite clairement identifiable, souvent représentée par un petit congé, aujourd’hui privilégié par rapport aux congés larges et aux épaulements à angle droit, désormais considérés comme obsolètes. Ce dernier point résulte de l’évolution des céramiques modernes dont les exigences mécaniques et optiques ne justifient plus l’agressivité tissulaire autrefois prônée pour assurer la stabilité des restaurations. Le petit congé offre l’avantage d’une grande lisibilité, tant en bouche que sur le modèle numérique ou physique, permettant ainsi au prothésiste de comprendre sans ambiguïté l’intention du praticien. Cette clarté facilite la conception prothétique et limite considérablement les risques d’interprétation erronée.

L’intégration biologique est particulièrement satisfaisante lorsque le praticien évite tout sur-contour et respecte scrupuleusement l’espace biologique, condition indispensable à la stabilité parodontale. Les préparations horizontales trouvent leur pleine indication dans les situations où la dent est relativement peu délabrée, où l’émail périphérique peut être préservé dans le but d’obtenir un collage durable, et lorsque des céramiques vitreuses comme le disilicate de lithium sont envisagées. Dans ce contexte, le petit congé permet non seulement une excellente adaptation prothétique mais aussi une conservation maximale de tissu dur, avantage majeur en dentisterie adhésive.

 

Les préparations verticales, quant à elles, ont suscité un regain d’intérêt important depuis l’amélioration des propriétés mécaniques de la zircone. La technique dite shoulderless, ou préparation verticale de type BOPT, consiste à effacer la jonction émail-cément pour créer un biseau descendant en sous-gingival. Contrairement à la technique horizontale, la limite n’est pas matérialisée par une ligne nette, mais par une zone tridimensionnelle présentant un angle entre la partie préparée et la zone radiculaire non préparée. Cet angle servira de repère au prothésiste qui déterminera la limite cervicale lors de la conception. Le principe fondamental de cette méthode repose sur la «temporisation guidée ». Le provisoire est sculpté de manière à influencer activement la cicatrisation gingivale, permettant une modulation des tissus mous, un épaississement progressif du biotype et l’obtention d’un profil d’émergence harmonieux. Après quatre semaines environ, on observe une stabilisation notable du parodonte, une déflexion gingivale facilitant l’enregistrement de l’empreinte et une intégration optimale, particulièrement lorsque la zone sous-gingivale de la restauration définitive est soigneusement polie.

Les préparations verticales sont particulièrement adaptées aux dents sévèrement délabrées, à la reprise de couronnes anciennes, ainsi qu’aux parodontes affaiblis. Elles constituent souvent une alternative efficace à l’extraction, car elles permettent une meilleure gestion du ferrule résiduel. Cette dernière, définie par un minimum de deux millimètres de hauteur et un millimètre d’épaisseur de dentine saine entourant la préparation, est essentielle à la stabilité mécanique de la restauration. La possibilité d’abaisser davantage la limite en vertical, tout en effaçant un ancien épaulement, offre au praticien l’opportunité de reconstituer un ferrule fonctionnel là où une préparation horizontale serait trop limitée. Ainsi, la technique verticale devient un véritable outil de sauvetage dans les cas complexes, permettant souvent d’éviter le recours à des ancrages radiculaires et de redonner une pérennité à des dents compromises.


Le choix du matériau prothétique est indissociablement lié à la technique utilisée. Le disilicate de lithium constitue une option esthétique de premier ordre, mais il nécessite une préparation horizontale stable permettant un collage fiable sur un bandeau d’émail périphérique sain. À l’inverse, son utilisation sur une finition en “lame de couteau” est contre-indiquée en raison de sa fragilité cervicale. La zircone, au contraire, présente toutes les qualités nécessaires pour les préparations verticales : une résistance mécanique élevée, une excellente biocompatibilité, en particulier lorsqu’elle est polie miroir au contact direct des tissus parodontaux, et la possibilité de créer des restaurations monolithiques limitant le risque de chipping : problématique majeure des céramiques stratifiées. La stratification vestibulaire sélective, par exemple dans le cas d’une “couronne à incrustation vestibulaire ou cut-back”, permet de combiner avantages mécaniques et exigences esthétiques.

 

L’empreinte représente un moment clé du protocole, quelle que soit la technique choisie, mais elle est particulièrement exigeante dans le cas des préparations verticales. Une gestion rigoureuse des tissus mous est indispensable. La technique du double cordonnet permet d’obtenir une expansion latérale et verticale suffisante pour exposer correctement la zone préparée. Les intervenants rappellent qu’aucune caméra n’est capable de traverser la gencive, malgré certains discours commerciaux, ce qui confirme la nécessité d’un contrôle strict de la déflexion gingivale. Le moment choisi pour prendre l’empreinte dépend de l’objectif : immédiatement si l’on souhaite que la restauration participe à la cicatrisation, ou après un délai de quatre à huit semaines dans le cadre d’une BOPT esthétique visant la stabilisation tissulaire.

 

La collaboration avec le prothésiste joue un rôle fondamental dans le succès clinique, en particulier pour les préparations verticales. Le prothésiste doit comprendre la zone de positionnement prothétique, ajuster le sur-usinage cervical pour éviter le chipping et participer activement à l’élaboration d’un profil d’émergence optimisé. Une communication précise entre les deux acteurs est indispensable à la réussite du traitement.

 

En définitive, la conférence met en lumière l’idée que la technique de préparation doit être choisie et non imposée. La préparation horizontale convient parfaitement aux cas simples, aux dents saines, aux restaurations collées et aux situations esthétiques délicates, où la préservation de l’émail est primordiale. La préparation verticale, quant à elle, est une solution robuste pour les dents très délabrées, les reprises prothétiques, les situations parodontales complexes et les besoins en ferrule renforcé.

 

Ces deux approches, bien maîtrisées et correctement indiquées, permettent d’obtenir d’excellents résultats cliniques, à condition de respecter la biologie, la mécanique et la chronologie propres à chacune.

 

Ce qu'il faut retenir

Les préparations verticales permettent de repousser la conservation des dents fortement délabrées.

L'évolution de la zircone rend les préparations verticales compatibles avec nos impératifs mécaniques et esthétiques quotidiens.

Le congé 1/4 de rond large, comme l'épaulement à angle droit ne sont plus d'actualité.
Ils doivent être remplacés par des limites horizontales peu profondes, adaptées aux céramiques modernes comme les zircones et les vitro-céramiques, et préservant la biomécanique tissulaire.

Le praticien doit être capable de choisir le type de limite de finition selon la situation clinique : dans la majorité des cas la limite horizontale à petit congé sera retenue, mais quelques situations tireront bénéfice à une limite verticale.