Gestion esthétique des cas antérieurs complexes

Conférencier : Florin Cofar / Responsable scientifique : Alain Perceval

Dossier ADF 2025, séances choisies - AO News #80 Février 2026



Florin Cofar, basé à Timisoara (Roumanie) et créateur de SmileCloud, est une référence mondiale en dentisterie esthétique et en planification pluridisciplinaire. Il a présenté une approche novatrice pour la gestion des cas antérieurs complexes, soulignant l'importance d'une philosophie centrée sur la conception (design first).

 

Cette méthode repose sur trois piliers :

  • la pensée critique (critical thinking) pour analyser et hiérarchiser les problèmes cliniques,
  • un design singulier (singular design) pour concevoir intégralement le projet avant toute exécution, et
  • la pensée spatiale (spatial thinking) pour visualiser le résultat final dès le début du traitement.

Le "Smile Design" est le point de départ. En effet, la planification commence par la position idéale des dents maxillaires supérieures par rapport au visage, remplaçant l'arc facial traditionnel. C'est la première étape de la conception occlusale. Ce design idéal doit être conçu sans le biais d'une spécialité (orthodontie, prothèse, etc.). Il intègre le setup orthodontique, le wax-up prothétique et le smile design en un seul processus. (Fig. 1)

 

Le praticien doit se poser deux questions.

  • L'anatomie est-elle optimale ? Si oui, un traitement orthodontique peut suffire.
  • Le cadre (architecture parodontale et squelettique) est-il optimal ? Si oui un traitement prothétique peut suffire.

La gestion de ces plans de traitement est simplifiée par la centralisation des données (photos, scans, CBCT) sur des plateformes comme SmileCloud. Cette technologie permet de générer des simulations virtuelles en photo et vidéo (mock-up virtuel) sur le visage du patient ce qui facilite la communication et l'acceptation du plan de traitement, sans forcément passer par un mock up physique.

 

Florin Cofar a appuyé son propos en présentant un cas complexe d’une jeune patiente avec 10 dents manquantes congénitalement, un traitement orthodontique inefficace, une classe II squelettique et une fusion vertébrale. D’emblée, des dilemmes cliniques apparaissent (Fig. 2) :

  • dimension verticale vs classe squelettique : augmenter la DVO améliorerait l'esthétique mais aggraverait le surplomb horizontal (overjet) en raison de la rotation mandibulaire ;
  • défaut vs affichage : l'intrusion des dents pour corriger un défaut de gencive compromettrait l'affichage gingival, donnant une apparence vieillie.

 

Le plan de traitement proposé est alors le suivant (Fig. 3):

  • orthodontie pour créer un maxillaire idéal,
  • pose des implants pendant l'orthodontie pour servir d'ancrage et permettre des ajustements,
  • chirurgie orthognathique en fin de traitement pour avancer et repositionner le maxillaire, corrigeant ainsi le cadre, la DVO et la classe squelettique,
  • réalisation de céramiques collées.

 Durant ce cas clinique détaillé, des principes techniques et chirurgicaux ont été développés. En voici quelques-uns.

  • Pour obtenir une papille entre deux implants, il faut un volume tissulaire suffisant soit un espace de 3/3,5 mm entre les implants, et un soutien prothétique immédiat pour guider la cicatrisation dès le jour de la chirurgie. (Fig. 4)
  • La numérisation en per opératoire permet d'aligner en temps réel la préparation dentaire sur le design final, assurant une réduction tissulaire minimale, suffisante pour le matériau et précise. (Fig. 5)
  • La plupart des élongations coronaires peuvent être réalisées sans lambeau (flapless). Un lambeau n'est indiqué que si la future ligne de plus grand contour de la dent se trouve derrière la papille existante.

En conclusion, l'objectif est de réduire les étapes de conception, de guider la cicatrisation par la prothèse et d'utiliser la communication visuelle pour atteindre des résultats prévisibles et mesurables, en comparant le résultat scanné au plan initial.