Eric Van Dooren, praticien belge émérite de la profession, a présenté une conférence portée sur l'évolution de la paro/prothèse de l'analogique au numérique, la planification occluso-esthétique et le guidage chirurgical-prothétique pour des traitements rapides et reproductibles. Dr Van Dooren, diplômé en 1982, a d'abord exposé les limites des méthodes analogiques de son époque, caractérisées par une communication incertaine avec le laboratoire via des photos, des wax-ups et mock-ups sur modèles d'alginate peu exacts, et une variabilité des formes prothétiques due à la dépendance envers les techniciens. Il a souligné les défis liés aux mock-ups en cas soustractifs, aux complications et à la maintenance, ainsi que l'approche "linéaire" où chaque discipline réagissait aux actions précédentes.
Le passage au numérique, selon lui, a apporté une constance du design, une visualisation avancée en 2D, 3D et 4D (incluant le mouvement), une proactivité interdisciplinaire et une prévisibilité accrue. Le flux de travail numérique intègre des outils comme SmileCloud pour le design 2D et la sélection algorithmique de formes biométriques, le module Blueprint pour la conversion 2D en 3D-4D avec l'intégration du CBCT transformé en STL, et du module Review pour la simulation de chirurgie, de greffons et de rallongements. Ces outils permettent d'éliminer les mock-ups dans de nombreux cas et d'utiliser des guides à double usage pour les rallongements de couronne et les préparations, assurant une exécution simultanée et précise. La superposition de STL lors de préparations au fauteuil et les heatmaps sont devenues essentielles pour un contrôle précis des épaisseurs de restauration.
Les principes directeurs incluent la primauté des deux incisives centrales supérieures comme repère esthétique et fonctionnel, l'idée que le « blanc guide le rose » où les formes prothétiques orientent la chirurgie et la maturation tissulaire ainsi que le principe d’espace biologique n’est pas dogmatique. Des techniques spécifiques sont détaillées, telles que le contrôle du zénith, l'adaptation des profils d'émergence, la gestion des récessions gingivales fines par épaulement et rabotage jusqu'à l'os pour moduler la pression tissulaire. Des observations à long terme (9, 16, 22 ans) confirment la stabilité des réhabilitations et des tissus lorsque la pression gingivale est correctement gérée.
Benjamin Cortasse est intervenu pour illustrer un cas clinique, où des recouvrements des récessions mandibulaires ont été réalisés. Il a expliqué comment la planification numérique permet d'évaluer la faisabilité des greffes en fonction de la position et de la hauteur des papilles, préférant des ajustements prothétiques (comme la refabrication des facettes) si les greffes sont impossibles en raison de papilles trop étroites. La coordination synchrone en équipe, illustrée par la prise en charge pluridisciplinaire dans la clinique Dentcof à Timișoara en Roumanie, permet de finaliser des cas complexes en une semaine.
Le numérique améliore la communication, l'éthique et la traçabilité (CBCT/STL), favorise la collaboration avec les prothésistes et les orthodontistes, et accélère les décisions cliniques tout en maintenant une approche conservatrice. L'occlusion est indissociable de l'esthétique, guidant la position et les mouvements, avec une évaluation et des corrections précoces.
