La régénération parodontale représente aujourd’hui une étape incontournable de la prise en charge des maladies parodontales avancées. Lors de cette séance, Kevimy Agossa et Bruno de Carvalho ont proposé une lecture à la fois biologique, clinique et stratégique de la régénération parodontale.
La régénération en 2025 : état des lieux ❚ Kevimy Agossa
Celle-ci ne peut être envisagée indépendamment du traitement parodontal initial. Elle s’inscrit dans une continuité logique, après un contrôle rigoureux des causes de la maladie parodontale, notamment le biofilm bactérien et la maîtrise de l’hygiène orale par le patient. Sans cette phase étiologique maîtrisée, les résultats régénératifs sont instables, voire inexistants.
Les lésions infra-osseuses constituent une indication majeure de la régénération. Leur pronostic est nettement plus défavorable que celui des alvéolyses horizontales. En l’absence de traitement chirurgical, le risque de perte dentaire est élevé. Même après un traitement non chirurgical bien conduit, ce risque reste environ deux fois plus important, avec des modifications osseuses limitées observées à un an. La morphologie des défauts parodontaux est extrêmement variable. Les classifications reposent essentiellement sur le nombre de parois osseuses résiduelles. Les défauts à trois parois, dits intra-osseux, offrent le meilleur potentiel régénératif. À l’inverse, les défauts à une ou deux parois, ainsi que les défauts en cratère, présentent un pronostic nettement plus réservé. Toute extension vestibulaire ou linguale du défaut entraîne une perte de confinement osseux et complique la stabilisation du caillot.
Le diagnostic précis conditionne la stratégie thérapeutique. La radiographie rétro-alvéolaire reste un examen de première intention, mais elle demeure une imagerie bidimensionnelle qui sous-estime fréquemment la profondeur réelle des défauts. Elle reste cependant bien meilleure qu’une radiographie panoramique. Enfin, le sondage parodontal jusqu’’au contact osseux, réalisé sous anesthésie, reste l’examen de référence, avec une précision proche de deux dixièmes de millimètre.
Pour qu’une régénération soit possible, deux conditions biologiques sont indispensables : la stabilité du caillot et l’absence d’invagination des tissus mous dans le défaut. Sans ces prérequis, aucune régénération parodontale prévisible ne peut être obtenue.
Les options thérapeutiques incluent les membranes, les substituts osseux et les bio-adjuvants. Les protéines dérivées de la matrice amélaire (Emdogain®) occupent une place centrale. Elles peuvent être utilisées seules ou associées à un substitut osseux afin de bioactiver le matériau. Cette association améliore significativement la survie dentaire, même si une rétraction tissulaire post-opératoire d’un à deux millimètres doit être anticipée.
Points clés
Quels matériaux utilisés pour la régénération ? ❚ Bruno de Carvalho
B. de Carvalho a ensuite pris la parole pour nous parler des techniques chirurgicales, qui ont évolué vers des approches minimalement invasives. Après les premières chirurgies à lambeaux étendus, la tendance actuelle vise à préserver au maximum la vascularisation et la stabilité des tissus mous. La régénération implique une stratégie globale intégrant l’anatomie locale, la profondeur des défauts, les facteurs liés au patient et les limites propres aux biomatériaux
La courbe d’apprentissage reste réelle, avec des difficultés d’accès aux défauts profonds, de fermeture sans tension et un risque de déhiscence. Les abords en tunnel, permettant de préserver l’intégrité des papilles, facilitent une fermeture primaire et favorisent un environnement biologique propice à la cicatrisation
Enfin, la régénération parodontale repose sur la création d’une plaie biologiquement active. Les propriétés physico-chimiques des biomatériaux, telles que l’hydrophilie, la capillarité et la capacité d’absorption des protéines, influencent directement leur stabilité et leur intégration.
En conclusion, cette séance a mis en évidence que la réussite en régénération parodontale repose sur une approche globale associant diagnostic précis, maîtrise des tissus mous, compréhension biologique et choix stratégique des biomatériaux, permettant d’obtenir des résultats durables et reproductibles.