Les résorptions radiculaires représentent un ensemble varié de processus aboutissant à la destruction progressive des tissus dentaires. Leur compréhension est essentielle car le diagnostic précoce, l’analyse de leur mécanisme et l’identification du bon accès thérapeutique conditionnent directement le pronostic.
Parmi elles, les résorptions cervicales externes occupent une place particulière : fréquentes, souvent silencieuses, parfois confondues avec des caries cervicales profondes, elles nécessitent une approche diagnostique et thérapeutique rigoureuse.
Cette séance, présentée par Maryline Minoux et Bastien Le Gros, propose une synthèse actualisée sur le diagnostic, les classifications, l’apport du CBCT, et les protocoles internes, externes ou chirurgicaux. Ce résumé en reprend les éléments essentiels.
Panorama des résorptions radiculaires
Résorptions internes
Les résorptions internes trouvent leur origine dans le tissu pulpaire. Elles sont rares, souvent liées à des inflammations pulpaires chroniques, et se caractérisent radiologiquement par une radio-clarté centrée sur le canal, généralement dans le tiers moyen de la racine.
Le traitement repose sur une prise en charge endodontique rapide afin d’arrêter le processus de résorption
Résorptions externes
Les résorptions externes englobent :
Elles sont caractérisées radiographiquement par une radio-clarté excentrée, des points d’entrée sur la surface radiculaire, et une extension tridimensionnelle variable.
Résorption Cervicale Externe : mécanismes et étiopathogénie
La RCE débute par une rupture de la couche protectrice externe de la racine (cément et cellules bordantes), exposant la dentine à l’action de cellules résorptives d’origine parodontale (ostéoclastes et précurseurs). Cette brèche permet au tissu fibro-vasculaire du ligament parodontal d’envahir la dentine radiculaire. La prédentine et les odontoblastes agissent comme une barrière, expliquant pourquoi la pulpe reste longtemps protégée et asymptomatique. Cette barrière est connue en anglais sous le terme de pericanalar resorption-resistant sheet (PRRS).
La RCE évolue simultanément selon deux mécanismes :
La cohabitation de ces deux phases rend certaines lésions très hétérogènes. Les RCE sont souvent multifactorielles ou idiopathiques. Les déclencheurs principaux regroupent : l’orthodontie (forces prolongées ou mal contrôlées), les traumatismes anciens, les parafonctions, les situations inflammatoires locales, etc… Environ 50 % des cas touchent le bloc incisivo-canin maxillaire.
Diagnostic clinique et différentiel
Les signes cliniques évocateurs regroupent les pink spot à tonalité rosée/violette, un saignement profus au sondage, des parois périphériques à consistance dure à l’exploration (diagnostic différentiel avec la lésion carieuse qui présente des parois qui s’effritent), une cavitation cervicale parfois visible, des tests de vitalité souvent positifs. La 2D peut être trompeuse et certaines RCE peuvent être confondues avec des lésions carieuses, c’est pourquoi l’imagerie tridimensionnelle est indispensable.
Le CBCT est aujourd’hui recommandé par la HAS pour toute suspicion de RCE afin :
La décision thérapeutique repose d’abord sur l’accessibilité du point d’entrée mais aussi sur :
Les approches thérapeutiques
Abord externe chirurgical. La digue a été placée après décollement
du lambeau en vestibulaire, le crampon prenant appui sur l’os.
Pronostic, récidives et facteurs de succès
Un bon pronostic repose sur le scellement complet de tous les points d’entrée, l’absence de communication endo-parodontale majeure, des parois résiduelles suffisamment épaisses, une hygiène rigoureuse et la disparition du stimulus inflammatoire initial (orthodontie, parafonction). La récidive est rare lorsque l’ensemble des points d’entrée a été correctement traité, mais les lésions comportant plusieurs accès sont plus à risque.
Cas cliniques
Fig 4A : Traitement d’une résorption cervicale externe invasive sur la dent n° 17. La situation clinique et radiologique préopératoire met en évidence la présence d’une lacune volumineuse en situation proximale associée à une importante perte osseuse (a-d). Une avulsion-réimplantation a été réalisée, permettant de s’affranchir des difficultés d’accessibilité au site opératoire (a-g). Le suivi à 4 mois (h, i) met en évidence une cicatrisation en cours sans récidive de la résorption.
Fig 4B : Découverte fortuite de résorptions cervicales externes invasives sur les dents 32 et 33 (a, b). L’examen clinique met en évidence un sondage profond en vestibulaire (c). L’examen radiologique tridimensionnel révèle une apposition de tissu ostéo-dentinaire au sein de la lacune de résorption (d-f). Compte tenu du caractère asymptomatique de 32 et 33 et des difficultés inhérentes au remplacement prothétique de ces dents, l’abstention thérapeutique et la surveillance clinique et radiologique ont été estimées préférable.
Conclusion
La prise en charge des résorptions cervicales externes requiert un diagnostic minutieux intégrant une analyse tridimensionnelle, une compréhension approfondie des mécanismes lésionnels et une stratégie thérapeutique fondée avant tout sur l’accessibilité du point d’entrée. L’essor de l’imagerie CBCT, l’utilisation de classifications actualisées et le développement de matériaux bioactifs ont considérablement renforcé la prévisibilité de cette prise en charge. La décision thérapeutique doit être individualisée - allant de la simple surveillance à l’abord interne, la chirurgie, la réimplantation intentionnelle ou, en dernier recours, l’extraction. Lorsqu’elle est conduite de manière structurée et associée à un suivi rigoureux, cette approche permet aujourd’hui de préserver de nombreuses dents qui, autrefois, auraient été vouées à l’extraction.