L’année s’est terminée pour Alpha Omega Paris avec une soirée exceptionnelle à l’occasion de ses 60 ans. Près de 10 anciens présidents se sont retrouvés autour de la présidente Géraldine Fima Lilti, qui terminait son mandat, avec une certaine émotion : Maurice Huneman, André Sebbag, Michèle Albou, Sydney Boublil, Albert Pinto, Laurence Addi, Serge Zagury et Franck Sebbag….et ont accueilli Mickael Albouker (19ème président).
À l’occasion de cette soirée, Matthias Rzeznik a proposé une lecture profondément renouvelée de la parodontie moderne. Loin d’une simple démonstration technique, son intervention s’est voulu une philosophie globale du traitement parodontal, articulée autour de la biologie, de l’histologie et du confort du patient.
Depuis plus de treize ans, cette approche clinique vise un objectif ambitieux : traiter la majorité des parodontites sans anesthésie, sans douleur et, dans plus de 85 % des cas, sans chirurgie, tout en respectant scrupuleusement les recommandations internationales et les principes de l’Evidence-Based Dentistry.
La conférence s’ouvre sur une clarification essentielle : l’Evidence-Based Dentistry repose sur trois piliers indissociables :
Or, négliger l’un de ces piliers conduit à des aberrations thérapeutiques. L’exemple volontairement provocateur de l’extraction de toutes les dents — seul traitement capable de « guérir » à 100 % les parodontites — illustre cette dérive. Efficace sur le plan théorique, ce traitement est évidemment inacceptable du point de vue du patient. L’excellence clinique ne consiste donc pas à viser la perfection théorique, mais à proposer des solutions réalistes, biologiquement cohérentes et acceptables pour le patient.
Il existe donc une notion de gradient thérapeutique à respecter, en allant du moins invasif au plus invasif. Il se compose de différentes étapes permettant de traiter progressivement la maladie parodontale.
Épidémiologie des maladies parodontales
Les chiffres présentés sont sans appel :
Selon l’OMS, la parodontite demeure ainsi la première cause de perte dentaire, bien avant la carie. Sa genèse est désormais clairement identifiée : La quasi-totalité des maladies parodontales débutent en zone interdentaire.
Quels sont les facteurs étiologiques principaux ?
Le cœur du problème, c’est la plaque et la dysbiose.
Le facteur étiologique principal c’est la plaque bactérienne. Nous savons tous, que les aliments transformés que nous consommons, contiennent une grande quantité de sucres qui vont favoriser l’accumulation d’une plaque dysbiotique. Il ne s’agit pas d’éradiquer des bactéries spécifiques comme Porphyromonas gingivalis, naturellement présentes chez tous les individus, mais de restaurer un équilibre du microbiote. La maladie parodontale résulte d’une dysbiose, favorisée par :
La gingivite est réversible, la parodontite est une maladie chronique inflammatoire, comparable au diabète : elle se stabilise, mais ne se « guérit » pas définitivement. La récidive fait donc partie intégrante de nos traitements.
Comment diagnostiquer ces maladies ?
L’inflammation va nous guider dans la pose du diagnostic et dans le choix thérapeutique.
Elle est presque toujours : marginale ou interdentaire.
Elle constitue le premier critère.
Le sondage parodontal, souvent sacralisé,
est replacé dans sa juste fonction. Sa véritable valeur n’est ni la profondeur absolue ni la classification arbitraire, mais l’information microbiologique qu’il fournit :
Ainsi, le sondage sert avant tout à évaluer le risque microbiologique, non à dicter mécaniquement une stratégie thérapeutique. Elle peut aussi m’apporter l’architecture osseuse sous-jacente si je recherche un défaut.
Le second étant l’alvéolyse radiologique. Il existe des alvéolyses horizontales, verticales
ou inter-radiculaires qui peuvent être superficielles, modérées ou sévères.
Si l’alvéolyse est horizontale, on sait qu’on ne gagnera pas d’os, donc on risque d’avoir des recessions parodontales et un affaissement des papilles. Cela fait partie des choses que l’on doit partager avec le patient avant de débuter une thérapeutique : Oui je peux garder vos dents, mais il y a une conséquence esthétique.
Un autre axe développé par l’orateur concerne la prophylaxie, avec une remise en cause du brossage « traditionnel » : le mythe de la technique du rouleau.
La technique de brossage « du rouge vers le blanc », historiquement enseignée en France, est sévèrement critiquée. Elle présente un défaut majeur : elle ne nettoie jamais la zone marginale, pourtant siège principal de l’inflammation. À l’échelle mondiale, cette technique n’est quasiment plus recommandée, sauf chez l’enfant pour sa simplicité.
Il faudrait plutôt nettoyer là où la maladie commence. Le nettoyage efficace doit cibler : le sulcus, la zone marginale, et surtout l’espace interdentaire, qui représente 50 % de la masse totale du biofilm.
Le conférencier insiste sur l’importance des brosses à dents à filaments synthétiques (PBT), plus respectueuses des tissus, des brossettes interdentaires calibrées, capables de nettoyer sous le point de contact et dans le sulcus. Le fil dentaire, bien qu’utile pour éliminer les débris alimentaires, est jugé largement insuffisant pour désorganiser le biofilm.
Les différentes phases de la thérapeutique
Étape 1 du traitement : placer le patient au centre du traitement
Avant tout acte thérapeutique, la priorité est donnée à :
Aucun antiseptique n’est prescrit à ce stade, afin de ne pas masquer l’évolution réelle de l’inflammation. Les résultats sont souvent spectaculaires : disparition des saignements, amélioration de la texture gingivale, parfois sans aucun détartrage initial.
Étape 2 : le traitement non chirurgical sans douleur
Une technologie au service de la biologie
Cette approche thérapeutique ne repose pas uniquement sur une modification des concepts cliniques, mais également sur l’évolution des outils. C’est dans ce contexte qu’a été développé le générateur ultrasonique OPUS® (Actéon), conçu à partir de l’expérience clinique de l’orateur. Sa particularité réside dans la possibilité de travailler à très basse amplitude tout en conservant une efficacité réelle sur le biofilm et le tartre sous-gingival. Sa technologie analogique offre un retour tactile immédiat, indispensable au contrôle précis de l’instrumentation, au respect du cément radiculaire et à la préservation des tissus de cicatrisation.
OPUS® permet ainsi de mettre en œuvre une parodontie véritablement minimalement invasive, le plus souvent sans anesthésie, en améliorant significativement le confort du patient et la reproductibilité clinique des traitements.
Étape 3 : quand la chirurgie devient nécessaire
La chirurgie n’est pas rejetée, mais réservée à environ 15 % des cas, notamment :
défauts infra-osseux non contenus, persistance de poches résiduelles inflammatoire profonde,
furcations complexes. Là encore, l’objectif reste minimalement invasif, avec une chirurgie ciblée et biologiquement justifiée.
Maintenance parodontale : la clé du succès à long terme
La maintenance représente 90 % de la vie thérapeutique du patient. Elle repose sur : la régularité du suivi, des techniques douces (aéropolissage, ultrasons légers), l’autonomie du patient dans son contrôle de plaque.
Les données longitudinales montrent une perte osseuse moyenne de 0,05 mm par an chez les patients bien suivis, contre une évolution rapide en cas de récidive non contrôlée.
Communication et motivation : un enjeu sous-estimé
Enfin, le conférencier souligne un point souvent négligé : le patient est rarement non motivé, mais mal compris. Changer la communication, poser les bonnes questions, faire expérimenter plutôt qu’imposer, permet de lever de nombreux blocages comportementaux et d’obtenir une adhésion durable au traitement.
