Arrêt cardiaque : la spectaculaire innovation du Samu de Paris

Les urgentistes pratiquent la circulation extracorporelle sur les lieux de l’accident, améliorant largement le taux de survie.

Sante.lefigaro.fr / Publié le 08/06/2017

 Dans la rue, un homme s’effondre, victime d’un arrêt cardiaque. Un témoin de la scène commence à le masser tandis qu’un autre appelle le 15. Une dizaine de minutes plus tard, les secours, pompiers ou Samu, arrivent sur place et prennent le relais : défibrillation, poursuite du massage, injection d’adrénaline. Si malgré tout le cœur n’est pas reparti trente minutes après l’attaque, les secouristes parisiens disposent désormais d’une arme supplémentaire : la circulation extracorporelle, ou ECMO (pour Extracorporelle Membrane Oxygenation). Le principe : la circulation sanguine est déviée du cœur et passe par une machine qui joue à la fois le rôle de pompe et de filtre oxygénant.

 

Une telle intervention sur la voie publique était encore difficilement imaginable il y a quelques années. La circulation extracorporelle (CEC), geste technique et délicat, fut longtemps réservée aux blocs chirurgicaux pour alimenter le cerveau en oxygène pendant les opérations à cœur ouvert. Son intérêt pour augmenter les chances de survie en cas d’arrêt cardiaque a été démontré dès 2008. L’ECMO stabilise le patient, permettant aux médecins d’évaluer l’état de son cerveau. La pratique s’est alors répandue en milieu hospitalier en France. Mais le Samu de Paris est récemment passé à la vitesse supérieure en faisant le pari de l’emporter au chevet du malade. «C’est presque un petit bloc opératoire qu’on installe dehors : le patient est désinfecté comme au bloc, nous revêtons nous-mêmes des tenues stériles», explique le Dr Lionel Lamhaut, urgentiste anesthésiste réanimateur au Samu de Paris. Le risque d’infection n’est pas plus grand qu’à l’hôpital, estime-t-il: «Les bactéries viennent surtout du patient lui-même et très peu du milieu environnant.»

 

La méthode a été testée sur 156 patients dans le cadre d’une étude conduite par le Dr Lamhaut. Les résultats, publiés dans Resuscitation, sont enthousiasmants.

 

Dans un premier temps (de 2011 à 2014), la circulation extracorporelle était convoquée à la demande du médecin secouriste envoyé sur place par le 15. Une équipe dédiée, composée d’un médecin, d’un infirmier réanimateur et d’un aide-soignant, venait installer la CEC si les délais étaient trop courts pour amener le patient à l’hôpital. Dans la seconde partie de l’étude (2015), l’équipe formée à la CEC était envoyée systématiquement en parallèle des secouristes, quand le patient remplissait certains critères (moins de 70 ans et massage cardiaque commencé dès les premières minutes).

 

Miniaturisation des pompes

La première stratégie a permis de sauver 8 % des patients, la seconde 28 %. «Ce sont des patients qui seraient quasiment tous morts sans cela, rappelle le Dr Lamhaut. L’évolution de la survie est donc vraiment importante. Nous devons toutefois encore vérifier si cela tient à une meilleure sélection des patients entre la phase 1 et 2, ou si c’est bien lié au temps gagné.» Un autre enjeu des prochaines années sera de suivre les survivants pour voir comment ils vont.

 

Unique au monde, l’expérience est suivie dans le monde entier et fait déjà des émules. Le Samu de Paris a formé des équipes à Lyon, Perpignan, Madrid et bientôt Bruxelles, Vienne, Londres et Melbourne. «C’est une avancée médicale et technologique exceptionnelle», s’enthousiasme le Pr Patrick Goldstein, chef du pôle des urgences au CHRU de Lille, qui n’a pas participé à l’étude. La miniaturisation des pompes devrait encore faciliter l’intervention dans le futur, estime-t-il, même si la pratique «ne sera peut-être pas reproductible partout dans le monde». «En tout cas, il ne s’agit pas de quelque chose qu’on pourra faire demain partout en pratique courante.»

 

D’une même voix, les deux médecins insistent néanmoins sur le rôle déterminant de la formation du grand public aux premiers secours. «On peut avoir les dispositifs les plus sophistiqués, si le premier témoin ne fait pas de massage cardiaque, ça ne sert à rien », insistent-ils.

 

Que faire si l’on est témoin d’un arrêt cardiaque ?

Les urgentistes sont unanimes: si une personne fait un arrêt cardiaque devant vous, il ne faut jamais hésiter à intervenir, même si vous n’avez aucune formation en la matière. «Chaque minute sans massage cardiaque réduit de 10 % les chances de survie de la victime. Le décès est donc assuré au bout de 10 minutes. Or les pompiers mettent en moyenne 13 minutes à arriver sur place en France», rappelle le Dr Lionel Lamhaut (Samu de Paris). Même imparfait, un massage augmente les chances de survie et vous ne pouvez pas être poursuivi pour être intervenu.

 

On reconnaît un arrêt cardiaque à ce que la personne ne répond pas ni ne bouge quand on la secoue et ne respire plus. Face à cette situation, appelez ou faites appeler le 15 ou les pompiers. Ils vous guideront en direct pour le massage si vous ne savez pas comment vous y prendre. Demandez également autour de vous si un défibrillateur automatique se trouve à proximité. Dotés de capteurs, ceux-ci sont conçus pour être utilisés par le grand public. Ces gestes sont enseignés lors de l’initiation aux gestes de premier secours, qui dure deux heures.

 

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