Rencontre avec Benjamin SALMON

Nouveau chef de service de l’hôpital Bretonneau

AONews #14 Novembre 2017

AON. Au nom d’Alpha Omega News, et de tout le chapitre de Paris, nous tenons tout d’abord à vous féliciter pour votre nomination au poste de chef de service de l'hôpital Bretonneau !

 

Benjamin Salmon. Merci beaucoup et j’accueille cette interview avec d’autant plus de plaisir qu’AO News a non seulement publié mon tout premier article médical, mais également c’est AO Paris qui m’a décerné la première récompense de ma carrière, le prix Jacques Breillat en 2003.

 

AON. Même si votre prise de fonction n’est intervenue que le 1er Septembre dernier, vous vous préparez à la tâche depuis plusieurs mois : quel est actuellement votre état d’esprit ?

 

B.S. Effectivement, mon prédécesseur, le Professeur Jean-Jacques Lasfargues a pris soin de me transmettre les clés d’un service en bonne santé tout en orchestrant parfaitement la transition. C’est donc avec sérénité et enthousiasme que je reprends les rennes d’un service qui m’est extrêmement cher dans la mesure où j’y ai véritablement « grandi » d’abord en tant qu’étudiant puis comme enseignant hospitalo-universitaire. Quelque part, je suis donc déjà un « ancien » et je voudrais en profiter pour rendre hommage au Pr Danielle Buch sans qui le Service de Bretonneau n’aurait pas vu le jour il y a une dizaine d’année. J’ai entre les mains son héritage, j’en suis fier et j’entends en être digne.

 

AON. Vous êtes l'un des plus jeunes chefs de service, comment envisagez vous votre accueil auprès de vos collègues de l'hôpital et auprès des autres chefs de service ?

 

B.S. Diriger un tel service, fréquenté par 300 personnes (étudiants, praticiens, soignants et personnel non médical compris), implique un plein investissement en temps et en énergie. Je vois donc ma relative jeunesse comme une force non seulement pour puiser le dynamisme nécessaire, mais également pour regarder vers le futur sans pour autant faire table rase des expériences du passé. A ce stade, je ne doute pas de pouvoir compter sur le soutien de mes collègues comme des instances administratives dans leur immense majorité. Cette considération me permet d’aborder avec optimisme l’ensemble des problématiques auxquelles la médecine bucco-dentaire hospitalière est actuellement confrontée localement mais aussi plus généralement dans le cadre de la stratégie nationale de santé.

 

AON. Votre parcours universitaire est un exemple pour beaucoup d’entre nous, pouvez-vous nous le résumer en dégageant les principales étapes de votre cursus ?

 

B.S. Chaque parcours est unique et devrait avant tout nous conduire à nous épanouir professionnellement, ce qui est une des clés de la réussite. Il résulte avant tout de « belles rencontres » avec des mentors capables de lire en vous pour vous guider sur le bon chemin. Mon itinéraire n’a rien d’une ligne droite, oscillant entre clinique, recherche et enseignement tout en dégageant beaucoup de transversalités. Ma pratique s’est rapidement orientée vers la chirurgie orale sous la tutelle de mon maître, vous-même professeur. Vous n’avez cessé de m’encourager depuis la 3ème année de mon cursus initial. Assistant Hospitalier-Universitaire dans cette même discipline, le goût de transmettre comme de l’exercice hospitalier m’ont conduit à envisager une carrière académique. J’ai donc embrayé sur la recherche chez le Pr Catherine Chaussain (EA2496 – Université Paris Descartes), deuxième rencontre majeure de mon existence professionnelle. En parallèle, j’ai développé des compétences en imagerie médicale et plus spécifiquement dento-maxillaire au contact de collègues radiologues puis dans le cadre d’un Master, ce qui a orienté mes thématiques de recherche vers l’imagerie pré-clinique et clinique appliquée à la biominéralisation et aux maladies rares du métabolisme phosphocalcique. Nommé MCU-PH en imagerie et chirurgie orale, j’ai eu la chance de bénéficier d’une mobilité universitaire à l’étranger et d’intégrer pendant 15 mois un laboratoire de recherche en médecine régénérative à l’université de Stanford USA. Aujourd’hui, je perpétue et cultive ces collaborations nationales et internationales notamment dans le cadre d’un vaste projet européen en radiopédiatrie dento-maxillaire.

 

AON. Votre activité à la Faculté de Chirurgie dentaire et vos idées novatrices ont transformé le département de radiologie, vous effectuez vos vacations cliniques en pathologie et chirurgie buccale: vos travaux de recherche font de vous une personne reconnue.

 

B.S. Je vous remercie de ces compliments, mais l’école de la chirurgie m’a appris la modestie... Il est vrai que j’essaye avec une poignée de collègues d’œuvrer en faveur de l’imagerie dento-maxillaire française à l’image de nos voisins européens. L’émergence des Cone Beam CT il y a une dizaine d’année, puis leur démocratisation est un fantastique moteur pour le développement de l’imagerie mais il faut reconnaître que cette discipline reste insuffisamment représentée dans l’Hexagone en comparaison de cursus internationaux qui vont jusqu’à proposer des internats en imagerie dento-maxillofaciale. Beaucoup reste à faire pour retrouver une cohérence entre la technologie en perpétuelle évolution et une formation adéquate des praticiens tant en termes de radiodiagnostic que de radioprotection.

 

AON. Comment faites-vous pour gérer toutes vos activités ?

 

B.S. Comme depuis maintenant de nombreuses années, j’ajuste le curseur entre clinique, recherche, enseignement et responsabilités administratives. La non-unité de lieu entre l’Université et le service hospitalier est une contrainte réelle au quotidien mais l’essentiel reste de hiérarchiser les priorités… J’ai aussi une épouse fantastique et toujours à mes côtés…

 

AON. Avez-vous des idées précises sur la façon dont vous allez organiser votre service ?

 

B.S. Attaché aux valeurs de l’AP-HP, j’entends défendre une conception exigeante de l’hôpital public. Ma première année de gouvernance ne s’inscrira pas dans la rupture, un état des lieux objectif étant selon moi essentiel avant d’envisager de substantielles évolutions. Dans les faits, l’une de mes premières mesures aura été de renommer le Service d’Odontologie, Service de « Médecine Bucco-Dentaire », terminologie beaucoup plus en adéquation avec ma vision d’intégration au sein du pôle hospitalier et en cohérence avec l’évolution que connaît la profession. Si le cursus initial reste pour moi une priorité, en accueillant l’ensemble des internes ODF de l’Université Paris Descartes, Bretonneau prend un axe éminemment orthodontie / odontologie pédiatrique. En outre, j’accorde de l’importance aux consultations spécialisées adossées aux Master & DU éponymes en phase avec les notions de qualité de soin et d’innovation (endodontie, implantologie, douleurs oro-faciales, CFAO, pathologies de la muqueuse buccale…).

 

AON. Les gens qui travaillent avec vous sont très sensibles à votre rigueur scientifique et à votre capacité de travail, et le nombre de communications internationales déjà très élevé font de vous quelqu'un de respecté. Que ressortez-vous de votre participation au Laboratoire de recherche, dirigé par le Professeure Catherine Chaussain : que vous a apporté votre collaboration ?

 

B.S. Sous l’impulsion du Pr Catherine Chaussain, le Service est labélisé centre de référence constitutif des maladies rares de l'os et du cartilage (Filière OSCAR) en coordination avec les autres spécialités médicales intra- et extra-groupe hospitalier sur le plan national comme international. C’est un critère d’excellence pour le service, promouvant le développement de la recherche translationnelle avec notamment pour perspective, l’évaluation clinique des stratégies d’ingénierie tissulaire développées au sein du laboratoire. Conduire des recherches dépasse largement le cadre de la construction de titres & travaux à vocation hospitalo-universitaire. En modulant ma façon de penser, la recherche m’est aujourd’hui essentielle et contribue notablement à mon équilibre et finalement à mon épanouissement professionnel.

 

AON. Votre tâche semble énorme, entre la gestion de votre service, vos activités multiples, recherche, clinique, conférences, congrès à l'étranger, et votre vie personnelle qu'il ne faut pas négliger, pensez-vous entourer de cadres assidus pour vous aider ?

 

B.S. Je crois en l’esprit d’équipe et j’entends m’appuyer sur la formidable mixité des compétences qui caractérise notre Service. Pour piloter efficacement, il faut savoir déléguer en conséquence.

 

AON. Merci de nous avoir accordé du temps pour cette interview qui aura appris à mieux vous connaître et à prouver que le travail et l’amitié sont choses inséparables. Voulez-vous ajouter quelque chose qui vous tient à cœur ?

 

B.S. La perception que j’ai d’AO est celle d’une société scientifique ouverte, solidaire et proche des étudiants. Je voudrais saluer ce soutien, cet accompagnement qui me semble essentiel dans notre société actuelle. Enfin, je voudrais profiter de ces dernières lignes pour chaleureusement vous remercier, Professeur, sans vous je ne serais sans doute pas là où je suis aujourd’hui.