Glossaire du numérique

Avigail Mamane*, Yohann Brukarz**

AO News #79 - décembre 2025



L’essor du numérique en implantologie révolutionne profondément les pratiques cliniques contemporaines. L’utilisation croissante de technologies avancées permet une prise en charge plus précise, rapide et moins invasive des patients. Cet article présente un glossaire concis et pratique destiné aux chirurgiens-dentistes, afin de clarifier les principaux termes numériques spécifiques à l’implantologie. À travers une meilleure compréhension des techniques d’acquisition numérique telles que l’empreinte optique et la tomographie volumique à faisceau conique (CBCT), les praticiens pourront optimiser leurs protocoles cliniques et améliorer significativement les résultats prothétiques et implantaires pour leurs patients.

 

 

Acquisition des données numériques

 

L'évolution numérique en implantologie dentaire a transformé l’acquisition des données cliniques, facilitant les procédures implantaires et prothétiques grâce à des technologies précises et fiables (1). L’empreinte optique consiste à capturer des images de la cavité buccale sans contact direct avec les tissus. Les scanners intra-oraux utilisent principalement des techniques telles que la triangulation active ou la confocale parallèle (plus efficace), permettant de recueillir rapidement et précisément les formes dentaires et gingivales sous forme numérique (2). C’est un appareil portable (filaire ou non) constitué d'une caméra ou d'un capteur optique qui projette une lumière structurée ou un laser sur les dents et les tissus environnants. Le dispositif enregistre les données en temps réel, générant un point cloud (nuage de points), ensuite converti en modèle numérique sous format .stl (Standard Tessellation Language) (3). Celui-ci décrit uniquement la géométrie de surface d'un objet tridimensionnel en utilisant un réseau triangulaire (mesh) en reliant les points du nuage de points, mais ne comporte pas de données concernant la couleur, la texture ou les propriétés matérielles de l'objet scanné. Ce format facilite l'échange et le traitement numérique des données entre différents logiciels et machines (4). Le format .ply (Polygon File Format), également courant en numérisation 3D, peut enregistrer non seulement les données géométriques mais aussi des informations complémentaires telles que la couleur et la texture de l'objet. Le format .ply est donc utile lorsque les détails visuels précis sont importants pour l'analyse et la communication des données numériques (distinction gencive/dent par exemple).

 

La profondeur de champ est essentielle dans la prise d’empreinte (5). Elle correspond à la plage de distance dans laquelle les objets capturés par le scanner intra-oral apparaissent nets et précis. Certaines caméras nécessitent de la régler manuellement, en fonction de la distance entre la caméra et l’objet à scanner.

 

La photogrammétrie (Fig. 11) associée à la prise d’empreinte numérique, méthode basée sur l'analyse de photographies, est aussi utilisée pour augmenter la précision, en particulier pour localiser précisément les implants via un scan body (6). Le scan body est vissé sur l’implant, et lors de la prise d’empreinte est reconnu par la caméra ou le logiciel de traitement du fichier numérique, et permet de replacer l’implant dans l’espace. Cette empreinte est couplée à l’analyse photogrammétrique, où on visse des scan bodies reconnus par le logiciel de photogrammétrie, qui permet de replacer l’implant parfaitement dans l’espace et de limiter toute distorsion (erreurs dimensionnelles qui peuvent survenir lors du processus de numérisation intra-orale, causées par une mauvaise calibration de l’appareil, des mouvements du patient ou du praticien, une profondeur de champ insuffisante ou des réflexions de lumière trop fortes) (2). La photogrammétrie est donc le garant de l’exactitude d’une empreinte optique sur implants, ce qui comprend la précision (la répétabilité d’une mesure issue d’une acquisition) et la justesse (l’écart entre la moyenne des acquisitions et la valeur de référence) (2) (Fig. 1). 

 


Sur le plan radiographique, la tomographie volumique à faisceau conique (CBCT, Cone Beam Computed Tomography) est essentielle en implantologie, fournissant des images tridimensionnelles précises des structures osseuses et dentaires. Sa résolution est exprimée en voxels, l’unité de mesure élémentaire dans les images 3D obtenues par CBCT, qui déterminent la finesse de l'image obtenue (7) (Fig. 2).

C’est un volume tridimensionnel généralement cubique, précis, sur la densité radiologique de la structure analysée. Plus les voxels sont petits, meilleure est la résolution spatiale de l'image, ce qui permet une représentation très détaillée des structures anatomiques. La résolution des CBCT dépend directement de la taille du voxel ; une petite taille de voxel (par exemple, 0,1 mm) offre une image très fine et précise, tandis qu'un voxel plus grand donnera une image moins détaillée mais nécessitera moins de temps d'acquisition et moins de radiations pour le patient (8).

 

Le cône-beam est toujours au format DICOM (Digital Imaging and Communications in Medicine), le standard international permettant de gérer, stocker, transmettre et échanger des images médicales. Utilisé principalement en radiologie dentaire et médicale, le fichier DICOM conserve non seulement les images elles-mêmes, mais aussi des métadonnées telles que les informations du patient, les paramètres d’acquisition et les détails techniques de l’examen. Ce format facilite l'intégration et l'interopérabilité entre divers systèmes et équipements médicaux (10)

 

La segmentation est un procédé de conversion où le DICOM va être transformé en STL. On perd alors les données relatives au volume (comme la densité osseuse) pour ne conserver uniquement que la surface du volume. On obtient alors un modèle 3D sur lequel le prothésiste ou le praticien peut travailler numériquement.

Le flux numérique en implantologie englobe toutes les étapes, de la prise d'empreinte et de radiographie à la réalisation finale de la prothèse. Ce flux inclut l'acquisition de données via scanner intra-oral et/ou CBCT, leur traitement par des logiciels de CAO (Conception Assistée par Ordinateur) et de FAO (Fabrication Assistée par Ordinateur), souvent regroupés sous le terme CFAO, jusqu'à l'usinage (fabrication soustractive, on part d’un bloc de matériau qu’on fraise ou meule pour donner la forme qu’on souhaite) ou l'impression 3D (fabrication additive, on part de résine qu’on polymérise de la forme qu’on souhaite) de la prothèse, en passant bien sûr par la pose d’implant (Fig. 3). Ce processus améliore considérablement la précision des planifications implantaires, et des restaurations posées par la suite.

 

 

L’intégration des technologies numériques en implantologie : vers une chirurgie plus prédictible

 

L’utilisation des technologies numériques est devenue de plus en plus fréquente au sein des cabinets dentaires. Leur développement constant, associé à leur démocratisation, permet aujourd’hui au praticien de remplacer, dans de nombreux cas, les empreintes physiques – souvent laborieuses et peu appréciées des patients – par des empreintes numériques, voire d’opter pour un flux numérique complet. Initialement limitées aux restaurations fixes unitaires, les indications de ces technologies se sont largement élargies. Elles englobent désormais la planification de traitements simples ou complexes, les restaurations dento- et implanto-portées,  l’orthodontie, et même la prothèse adjointe.

 

L’implantologie a particulièrement bénéficié de cette évolution numérique. L’ère du numérique ouvre une nouvelle dimension en matière de planification, de prédictibilité et de gestion des cas complexes, grâce notamment à l’usage combiné des caméras optiques et de l’imagerie médicale.

 

Planification implantaire numérique

 

Pour les cas d’implants simples, de nombreux logiciels de planification implantaire sont aujourd’hui disponibles. Ils assistent le praticien tant sur le plan chirurgical que prothétique, tout en facilitant la communication avec le patient et le laboratoire. Ces outils permettent de simuler la pose d’un implant au sein du volume osseux disponible, en superposant un modèle d’implant issu de la base de données du logiciel au fichier DICOM préalablement importé (Fig. 4). Une imagerie de bonne qualité permet alors de visualiser précisément les structures anatomiques environnantes telles que le canal mandibulaire, la densité et le volume osseux, ou encore les sinus maxillaires. Le choix du modèle d’implant peut ainsi être guidé par l’étude anatomique, en respectant les principes de positionnement implantaire.

 

De la simulation à la chirurgie guidée

 

Si cette approche est suffisante pour les cas simples, des éléments complémentaires sont nécessaires dans les situations plus complexes. Il convient de rappeler que l’objectif final de la chirurgie est la réhabilitation prothétique. Celle-ci doit donc guider la phase chirurgicale. Une empreinte numérique est réalisée par le praticien, puis envoyée au prothésiste qui conçoit un wax-up digital – une prévisualisation du positionnement idéal de la prothèse (Fig. 5). Ce wax-up, exporté au format STL, est alors superposé au fichier DICOM à l’aide de points de repère situés au niveau des dents. La planification implantaire est ainsi guidée par la prothèse future, permettant d’évaluer la faisabilité de la pose ou la nécessité d’un aménagement osseux préalable. Ce wax-up peut également être généré directement par le praticien via le logiciel de planification en utilisant l’intelligence artificielle.


 

Le guide chirurgical : un outil de précision

 

La conception d’un guide chirurgical basé sur ce wax-up permet de transférer avec précision les données de planification à la réalité opératoire. Ce dispositif accroît la prédictibilité des traitements, notamment lorsqu’il est dit « contraignant ». Il constitue une aide précieuse, aussi bien pour les praticiens débutants que confirmés, dans les cas complexes tels que les réhabilitations esthétiques, les traitements en un temps avec extraction-implantation immédiate ou encore dans les situations de volume osseux réduit. Le cas que nous avons choisi pour illustrer notre propos montre l’importance de bien évaluer les distances.

 

On distingue trois types de guides chirurgicaux, selon leur appui : dentaire, muqueux, osseux ou mixte. L’appui dentaire, en raison de sa stabilité, est le plus prédictible. Il est à noter que le CBCT ne permet pas une définition suffisante des muqueuses pour la conception des guides muqueux ou mixtes. L’intégration préalable du fichier STL contenant l’empreinte numérique et le wax-up au fichier DICOM est donc indispensable. Les niveaux de guidage varient en fonction des informations transmises par le guide. Cela va d’une simple gouttière stéréolithographiée, non contraignante (Fig. 6), servant à localiser la future prothèse, à un guide complet, utilisé de la phase de forage jusqu’à la pose de l’implant. Ces derniers, plus précis, sont spécifiquement conçus pour une marque implantaire donnée et nécessitent l’usage des instruments chirurgicaux correspondants.

 

Dernièrement, un protocole permettant de réhabiliter des arcades édentées en passant par l’utilisation d’une succession de guides a vu le jour : le guide à étages (GAE) (Fig. 7). Ce protocole requiert du praticien une phase de planification importante en amont et une réelle courbe d’apprentissage. Il a pour but de guider précisément le praticien lors de la pose des implants et de permettre la mise en charge immédiate de la prothèse conçue préalablement, le jour même de la pose des implants.



 Le guide à étages (GAE) : la mise en charge immédiate.

 

Un protocole innovant, le guide à étages (GAE) (Fig. 7), permet aujourd’hui de réhabiliter des arcades édentées à l’aide d’une succession de guides. Cette technique nécessite une planification rigoureuse et une courbe d’apprentissage importante. Elle offre cependant la possibilité d’une mise en charge immédiate de la prothèse préfabriquée, dès le jour de la pose implantaire. Chez l’édenté complet, le projet prothétique est réalisé par le prothésiste, puis imprimé sous forme de prothèses amovibles. Celles-ci sont adaptées en bouche pour optimiser leur stabilité, l’esthétique, la dimension verticale d’occlusion (DVO) et la relation intermaxillaire (RIM). Ces prothèses sont ensuite scannées pour générer un fichier STL qui sera superposé au DICOM, et servira de wax-up pour guider la planification implantaire et la conception de la prothèse immédiate.

 

Le Dual Scan : indispensable dans le traitement de l’édenté complet.

 

Chez l’édenté complet, une étape supplémentaire est nécessaire pour permettre la superposition des fichiers en l’absence de repères dentaires : le Dual Scan (Fig. 8). Un CBCT est réalisé avec les prothèses en bouche, dans lesquelles ont été intégrées des billes radio-opaques servant de repères. Il est essentiel de respecter la bonne DVO lors du scanner, justifiant le port des prothèses pendant l’acquisition. Le praticien doit également s’assurer que les prothèses soient en résine non métallique afin d’éviter les artéfacts. Ce protocole permet une planification implantaire guidée à la fois par l’anatomie du patient et par la position idéale des dents. L’utilisation d’un guide à appui osseux permet alors la pose des implants et la mise en place immédiate du bridge implanto-porté.


Conclusion

 

L’intégration des technologies numériques en chirurgie dentaire s’impose aujourd’hui comme une révolution incontournable. En implantologie, leur évolution constante a permis l’émergence de nouveaux protocoles et d’une approche centrée sur la prédictibilité, la précision et la planification guidée par le projet prothétique. La maîtrise de ces outils et de leur terminologie est essentielle pour une pratique contemporaine et exigeante de l’implantologie.

Bibliographie :

1. Wang J, Wang B, Liu YY, Luo YL, Wu YY, Xiang L, et al. Recent Advances in Digital Technology in Implant Dentistry. J Dent Res. juill 2024;103(8):787‑99.

2. Abduo J, Elseyoufi M. Accuracy of Intraoral Scanners: A Systematic Review of Influencing Factors. Eur J Prosthodont Restor Dent. 30 août 2018;26(3):101‑21.

3. Wj van der M, Fs A, D W, Y R. Application of intra-oral dental scanners in the digital workflow of implantology. PloS one [Internet]. 2012 [cité 25 avr 2025];7(8). Disponible sur: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22937030/

4. Analysis of the mesh resolution of an .STL exported from an intraoral scanner file - PubMed [Internet]. [cité 25 avr 2025]. Disponible sur: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35247025/

5. Wahba M, ElBasty RS. In vitro assessment of the accuracy of two intra-oral scanners for post space scanning in a fully digital workflow. BMC Oral Health. 19 mars 2025;25(1):407.

6. Hussein MO. Photogrammetry technology in implant dentistry: A systematic review. J Prosthet Dent. sept 2023;130(3):318‑26.

7. Kehrwald R, Castro HS de, Salmeron S, Matheus RA, Santaella GM, Queiroz PM. Influence of Voxel Size on CBCT Images for Dental Implants Planning. Eur J Dent. mai 2022;16(2):381‑5.

8. Spin-Neto R, Gotfredsen E, Wenzel A. Impact of voxel size variation on CBCT-based diagnostic outcome in dentistry: a systematic review. J Digit Imaging. août 2013;26(4):813‑20.

9. Polizzi A, Quinzi V, Ronsivalle V, Venezia P, Santonocito S, Lo Giudice A, et al. Tooth automatic segmentation from CBCT images: a systematic review. Clin Oral Investig. juill 2023;27(7):3363‑78.

10. DICOM file format has better radiographic image quality than other file formats: an objective study - PubMed [Internet]. [cité 25 avr 2025]. Disponible sur: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37909638/

11. Anthropometric Comparison of 3-Dimensional Facial Scan Taken With a Low-Cost Facial Scanner With Cone-Beam Computed Tomography Scan - PubMed [Internet]. [cité 25 avr 2025]. Disponible sur: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36731044/

12. Pozzi A, Laureti A, Tawil I, et al. Intra Oral Photogrammetry: Trueness Evaluation of Novel Technology for Implant Complete-Arch Digital Impression In Vitro. Clin Implant Dent Relat Res. 2025;27(3):e70049. doi:10.1111/cid.70049