Calvi, la belle Corse on the rocks

Mots clés : chic, culture, voyages, kifs de luxe, humour

Marie-Christine Laurent, blogueuse globe-trotteuse

Voici la presqu'île de la Revellata, Calvi. Si vous avez lu le best-seller policier de Michel Bussi Le temps est assassin* c'est dans ce paysage époustouflant qu'il campe le décor de son livre. Il met en scène l'histoire complexe de son héroïne, Clothilde issue d'une famille corse aux secrets bien gardés. En 1989, elle est victime avec sa famille d'un accident de voiture, dont elle réchappe miraculeusement. En 2016, mariée et mère de famille, elle revient à la Revellata, où vit sa famille maternelle et le puissant patriarche Cassinu Idrissi son grand-père. Plaisante lecture, avec un clin d'œil à l'hitchcockien Vertigo, et qui sent autant la vengeance que les parfums du maquis.

 


Coucher de soleil sur le port de Calvi, en octobre le crépuscule tombe vers 19h, on a tout le temps de profiter d'une belle journée, et de profiter de la fraîcheur relaxante de la soirée. Toutes les saisons me plaisent en Corse, et j'aime l'idée d'en profiter hors saison.


Ne sont-elles pas élégantes ces feuilles de figuier ? Nous étions en pleine fashion week et je les trouvais aussi efflanquées que les super models. J'aime particulièrement cet arbre, mes amis lecteurs le savent?; en octobre, son parfum se fait plus discret, les feuilles commencent à faner et à jaunir, mais là sur la terrasse de Tao, elles sont encore d'une grande verdeur.

 

Autant je raffole de la blancheur des rues des Cyclades, amoureusement reblanchies chaque année pour offrir une esthétique simple et harmonieuse, autant la rusticité de certaines ruines corses me touche - pas la saleté incivile ! Et derrière maintes maisons délabrées, il se cache l'impossibilité sinon d'une île, mais d'une décision bloquée par une indivision, qui court depuis des décennies.

 

Côté port, la citadelle génoise au coucher du soleil… la cité se revendique terre natale de Christophe Colomb, et ne veut pas donner foi aux études modernes qui le font naître à Gênes. Cultivons le mythe. La promenade dans la citadelle met en valeur d'autres personnages historiques comme Napoléon et l'amiral Nelson. Au XIIIème siècle, les Calvais se mettent sous la protection de Gênes. Au XVIème siècle, une alliance franco-turque veut réduire la ville, qui finalement triomphe du siège. Elle sera une éphémère capitale de la Corse, rachetée aux Génois en 1769, s'opposera au héros indépendantiste Pasquale Paoli allié aux Anglais qui y bombardent 24 000 boulets. L’amiral Nelson y perdra un œil (je ne suis pas fair play, tant pis pour lui) et Calvi sera anglaise pendant 2 ans. Il faudra un siècle pour que la ville se remette de cet épisode dramatique.


Suivez la flèche bleue. Le légendaire Tao, dont la terrasse offre une vue époustouflante sur le port. The place to be à Calvi, où les musiciens et chanteurs, comme Jacques Higelin, Thomas Dutronc (lui et sa famille sont basés et intégrés historiquement à Monticello, un bourg voisin) viennent faire un bœuf. Les filles en stilettos se livrent à un exercice de style sur les pavés ronds des ruelles et les marches toniques qui ramènent au port.

 

Rien ne résiste à cette végétation sauvage et qui a su s'adapter. Résistes, prouves que tu existes. Dans la citadelle, qui domine la ville à pic sur la mer, l'architecture sublime le rocher. J'aime les églises baroques corses, celle-ci d'un rose bonbon franc me ravit. Fi de l'austérité. Et une pensée pour Octobre rose, le mois auquel on se mobilise contre le cancer du sein.

 

Une vue époustouflante sur le port. Fraîcheur des ruelles dans un été indien flamboyant. Le tourisme a commencé à se développer à la fin du XIXème et au début du XXème: le train a désenclavé la ville, le port marchand et de plaisance se structure, et la vigne prospère. Gare de Calvi, 8h du matin, pour prendre le train vers Ajaccio. Au sol, la rose des vents de la Méditerranée, qui permettait aux marins de se repérer. Mon préféré est le libecciu (plus pour la consonance du nom que pour les bourrasques), il a du caractère: doux en été, violent en hiver. Le petit train longe l'immense et magnifique plage de Calvi, longue de 5 km qui borde le golfe et suit la côte jusqu'à l'île Rousse. La citadelle génoise s'éloigne, ou est-ce nous qui la quittons.

 

Une plage au petit matin, libre à vous de descendre du train qui a de fréquents arrêts, et de profiter de la plage et de la pinède centenaire et de la forêt d'eucalyptus. Une passerelle en bois longue de 2km permet une balade tranquille.

 

A mi-chemin vers Ajaccio, le train traverse la forêt de Vizzavona. C'est une étape du fameux GR20, mythique chemin qui traverse la Corse avec des dénivelés de + et - 10 000 mètres été, vous y gagnerez la cascade des Anglais, merveilleux lieu de baignade ultra-fraîche en eau douce. Je commence le livre de Michel Bussi : Clotilde, l'héroïne, s'est installée au camping des Euproctes ** (NDLR: une espèce endémique en Corse, des urodèles de la famille des Salmandridae pardi).

 

En lisant Corse-Matin, je lis la réjouissante nouvelle de Facebook ayant accepté la langue corse comme 101ème langue.

 

* www.michel-bussi.fr/

** inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/5

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