L’élongation coronaire au service de l’esthétique : quand et comment ?

AOPJ a reçu Adrien Fellous et Ruben Abou le 30 septembre 2025

Compte-rendu de Lenny DAHAN - Ao News #79 déc 2025


L'esthétique en dentisterie est encore parfois considéré comme un sujet superficiel au regard de la fonction. L’idée d’associer dentisterie fonctionnelle et esthétique dérange encore, comme si le beau ne pouvait rimer avec le soin. Pourtant il n’en est rien, bien au contraire.

 

Le Dr. Adrien Fellous et le Dr. Ruben Abou, installés à Paris XVIe, ont partagé leur expertise lors de cette conférence Alpha Oméga Paris Jeunes ayant réuni plus de 90 étudiants et praticiens à Montrouge le 30 septembre dernier.

À travers leur organisme de formation Blanc Rose, ils promeuvent l'excellence en esthétique dans toutes les composantes de la dentisterie (restauration, parodontie, chirurgie, orthodontie etc.) et sans oublier la fonction, bien évidemment.

 

L'objectif d'un traitement esthétique réussi étant de délivrer un résultat qui ne soit pas uniquement fonctionnel. Et cela commence par la nécessité de prendre le temps de discuter avec le patient, de traduire et d’évaluer sa demande esthétique qu'il décrit, faute de quoi, il n'y a pas de succès clinique même si le fonctionnel est atteint.

 

 

La complémentarité en dentisterie esthétique : blanc et rose

 

Le succès esthétique en dentisterie repose irrémédiablement sur une bonne gestion du « blanc » (les dents) et du « rose » (la gencive).

R. Abou s’est attardé sur les critères associés au rose qui permettent de définir une norme ou un idéal à atteindre.

 

Les critères du « blanc » : proportions des dents

 

Les critères esthétiques fondamentaux, notamment ceux de Magne et Belser (14 critères), mettent l'accent sur les dimensions et proportions dentaires.

  • Rapport hauteur/largeur : le rapport idéal hauteur par largeur est de 1 pour 0,8. Les canines et les IC doivent dominer le sourire.
  • Équilibre des festons gingivaux : le collet de l’incisive latérale doit se situer sous celui de la centrale d’environ 1mm.
  • Embrasures gingivales : elles correspondent à la convexité des collets gingivaux.

Fig. 1 Les bonnes proportions dentaires (Magne et Belser

 

 Le critère du « rose » : Le ratio blanc/rose 

 

Le ratio blanc/rose détermine la quantité de gencive acceptable dans un sourire.

  • Exposition gingivale acceptable : un sourire est qualifié de « beau, agréable » entre 0 mm (papilles visibles) et 2 mm de gencive visible.
  • Sourire gingival (gummy smile) : dès qu’on dépasse les 2 mm de gencive visible au sourire
  • Proportion idéale : Pour une incisive centrale d'environ 10 à 10,5 mm de longueur, cela correspond à environ 85% de blanc pour 15% de rose. Fig 2

 

Le diagnostic étiologique et les options thérapeutiques

 

Lors de tout traitement, Il est crucial de déterminer l'origine de l'excès gingival.

Les trois principales étiologies sont l‘éruption passive altérée, la supraclusion et l’excès de croissance verticale. Fig 3 à 5


Planification des traitements

 

L'élongation coronaire (EC) vise à restaurer un parodonte physiologique dans le cadre d’un parodonte qui s’avère être en excès.

 

Les éléments clés de la planification

  • Hauteur gingivale supra-osseuse (distance entre la marge gingivale et le contour osseux) est environ de 3 mm dans une situation physiologique.
  • Localisation de la JAC (Jonction Amélo-Cémentaire) : c’est la limite anatomique à atteindre.
  • Critères anatomiques : le CBCT permet de visualiser la JAC.
  • Critères esthétiques : la jauge de Chu est utilisée pour les préfigurer les bonnes proportions.
  • Analyse de l’usure : les usures limitent l’EC et imposent une planification différente, une prise en charge globale. Fig 6

 

Protocole de planification

Pour le patient qui présente une éruption passive altérée et à qui on souhaite rétablir un parodonte physiologique : on réalise un Cone Beam, on reporte les mesures en bouche, on planifie l’intervention. Fig. 7 et 8


 

Techniques d'intervention

 

La technique Flapless avec utilisation d’une fraise en tungstène pour l’ostéotomie (mini-invasive)

Cette technique implique une tunnélisation sans lambeau. L'ostéotomie est réalisée avec une fraise en tungstène à basse rotation marquée à 3 mm pour ne pas abimer la dent et respecter la quantité de gencive supra-osseuse. L'os n'est jamais retiré au niveau des papilles. Fig. 9 


 

Conclusion

 

La conférence des Drs. Abou et Fellous a brillamment démontré que le succès en dentisterie esthétique ne relève pas de l'improvisation, mais d'une approche méthodique, planifiée et codifiée. La clé de la réussite repose sur la maîtrise de l'équilibre « blanc/rose » et le respect des critères esthétiques fondamentaux. L'étape cruciale réside dans le diagnostic étiologique précis. Qu'il soit d'origine parodontale, dentaire ou squelettique, la correction doit être ciblée pour garantir la stabilité du résultat. L'Élongation Coronaire (EC) se positionne comme un outil thérapeutique majeur, mais elle est inséparable d'une planification rigoureuse : de la localisation de la Jonction Amélo-Cémentaire (JAC) par CBCT à la validation clinique par mock-up. L'impératif biologique de maintenir l'espace biologique à 3 mm (EC avec ostéotomie) est le garant de l'absence de récidive.

 

Enfin, l'évolution vers des techniques mini-invasives, à l'image de la technique flapless, permet d'associer l'excellence esthétique à un confort post-opératoire optimisé pour le patient, notamment par la réduction des douleurs et la préservation essentielle des papilles interproximales.

 

Nos conférenciers ont ainsi souligné que l'harmonie parfaite entre les tissus durs et mous est la pierre angulaire d'un sourire pérenne et physiologiquement équilibré.