L’homéopathie se limite-t-elle vraiment à un effet placebo ?

Telles sont les conclusions de nombreuses études qui ont testé cliniquement l’effet d’un traitement homéopathique. Cela n’empêche pas les Français d’être séduits. Le Conseil national australien pour la santé et la recherche médicale (NHMRC) l’affirmait l’an dernier.

Par Anne Levèvre-Balleydier - Figaro SantéPublié - le 21/07/2017

 Après avoir passé au crible 225 études testant les effets de l’homéopathie, il en conclut qu’elle agit au mieux comme un placebo. Deux autres grandes enquêtes avaient déjà mis en doute l’efficacité de ce type de traitement, l’une commandée par le Parlement britannique et publiée en 2010, l’autre parue en 2005 dans The Lancet, l’une des plus prestigieuses revues médicales. L’homéopathie fait pourtant partie du système de santé de nombreux pays, dont la France. À tort ?

 

Inventée il y a plus de deux cents ans par un médecin allemand, Samuel Hahnemann, l’homéopathie repose sur trois principes. Le premier pose qu’une substance provoquant une série de symptômes chez une personne en bonne santé permet de guérir le malade qui présente les mêmes symptômes: c’est la loi de similitude, qui veut que l’on donne de la caféine diluée pour prévenir les insomnies, du venin d’abeille dilué contre les piqûres d’insecte, etc. Le second principe préconise de diluer le produit, et au maximum, ce qui permettrait à la fois d’en minimiser la toxicité et de le rendre plus efficace pour soigner - des secousses sont en outre pratiquées pour accroître l’efficacité du produit. Enfin, selon la loi dite d’individualisation, il importe de soigner l’individu en examinant son corps, mais aussi son mental, ses émotions, etc. Autrement dit, adopter une approche holistique, impliquant que deux personnes souffrant du même rhume pourront se voir prescrire des traitements différents.

 

« L’homéopathie ne devrait pas être utilisée pour traiter les maladies chroniques sérieuses, ou qui risquent de le devenir»

 

Le Conseil national australien pour la santé et la recherche médicale

 

Or, aucun de ces postulats ne trouve crédit aux yeux de la médecine conventionnelle… S’agissant de combattre une maladie, les médecins cherchent à faire diminuer ses symptômes. Pour y parvenir, ils s’appuient sur des molécules qui peuvent cibler des organes. L’exact opposé du principe de dilution, qui fait l’objet des plus vives critiques: comment une substance dont on ne trouve plus aucune molécule active pourrait-elle avoir un impact thérapeutique?

 

Aux dires des partisans de l’homéopathie, il y aurait pourtant de nombreux effets biologiques mesurables, que l’on pourrait peut-être attribuer à une sorte de «mémoire» de l’eau. Le problème est qu’un tel effet n’a jamais été établi scientifiquement, malgré de nombreux essais. La polémique reste toujours aussi vive depuis la célèbre controverse sur cette question, l’affaire Benveniste, datant de la fin des années 1980. Depuis lors, le manque de preuves a été pointé tour à tour par la méta-analyse parue dans The Lancet, puis par les deux rapports britannique et australien. Pour ces scientifiques, l’homéopathie a, au mieux, l’efficacité d’un placebo.

 

Bien sûr, on peut y opposer l’argument du manque d’adéquation de ces essais à la validation d’une thérapie qui doit beaucoup au lien tissé entre l’homéopathe et son patient. Il n’empêche. Le NHMRC est catégorique: «L’homéopathie ne devrait pas être utilisée pour traiter les maladies chroniques sérieuses, ou qui risquent de le devenir. Elle pourrait même se révéler dangereuse si un individu repousse ou rejette les traitements dont l’efficacité est prouvée.» Une affirmation qui ne laissera sûrement pas indifférent, tant les homéopathes que leurs patients: en France, près de six personnes sur dix ont recours à cette médecine douce.

 

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