Ce printemps 2026 nous offre des expositions exceptionnelles, je ne citerai que Matisse au Grand Palais, Calder à la Fondation Vuitton ou encore Splendeurs du Baroque Espagnol chez Jaquemart- André.
Mais l’artiste qui m’a le plus touché, intéressé pour ne pas dire interloqué c’est Henri Rousseau qui nous reçoit à l’Orangerie dans les Tuileries, côté Seine.
Qu’est-il au juste ? Un autodidacte qui nous montre son monde totalement sorti de son imagination, un monde sauvage, dans ses paysages-jungles ses représentations d’animaux et souvent d’une grande poésie dans ce qui se dégage de ses œuvres. Cet homme né en 1844 à Laval, et qui signe son premier tableau en 1877, est employé à l’octroi de Paris, surnommé le Douanier par son ami poète Alfred Jarry, auteur du fameux Ubu roi.
Rousseau abandonne son métier pour devenir peintre, il croit totalement en lui. Malgré son total manque de moyens il loue un atelier achète du matériel et en 1885 expose au Salon des indépendants, non pas avec les académiques mais, du côté des modernes avec Paul Signac, Odilon Redon et Georges Seurat. Rousseau est à la recherche de la reconnaissance de sa personne et de ses œuvres. Il surprend toujours en introduisant des animaux ; un tigre dans son œuvre Surpris, un lion, un jaguar attaquant un homme, ou encore un cheval noir au galop monté par une femme vêtue de blanc, sabre à la main La Guerre (1894) avec tous ces cadavres en bas de la toile, quelle violence quel cauchemar, quelle beauté pour moi sa plus belle et triste œuvre.
Je suis aussi profondément fasciné par La Bohémienne Endormie (1897) un lion flairant sa proie endormie, habillée de couleurs sur fond de désert, un instrument de musique à cordes posé près d’elle. Le tout d’une grande poésie, d’une grande paix malgré le sort réservée à la Bohémienne.
J’aime aussi la jungle de Femme se promenant dans une jungle exotique, ce tableau où 90 % de la surface (100x80 cm) sont occupés par la forêt et 10% par une femme vêtue de rose, chapotée et perdue en bas et au centre de la toile ne semblant être présente que pour mettre en valeur sa jungle.
Je terminerai par un tableau appelé Le Passé et le Présent qui représente Rousseau et son épouse Joséphine se donnant la main, lui avec un bouquet de violettes. Au-dessus d’eux dans les nuages les portraits de leurs ex-époux défunts. Cette œuvre est très naïve dans son expression picturale, les têtes semblent posées sur les bustes de Joséphine et Henri.
Malgré sa notoriété, ses amis sont tous de grands peintres et poètes. Violoniste de talent il organise de grandes fêtes dont la célèbre du Bateau Lavoir où sont présents Picasso, Derain, Braques, Max Jacob etc. D’un autre côté, il fait des efforts pour se mettre au niveau de ses collectionneurs souvent modestes en réalisant des tableaux de petites tailles mais Rousseau ne vend pas de toiles à des prix dérisoires. Il se bat pour être acheté par Laval, sa ville natale dont le maire est un ami, par la ville de Paris, le tout sans succès. Il ne décolle pas et restera jusqu’à son décès en 1910 dans une grande pauvreté malgré la reconnaissance de ses pairs. Il sera enterré dans une fausse commune mais en 1912, ses amis lui ayant acheté une sépulture il est enterré à Laval.
Très peu de temps après, ces œuvres furent achetées en très grand nombre par le marchand d’art Paul Guillaule, à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie, puis le célèbre pharmacien de Philadelphie Alfred Barnes qui constitua la plus importante collection privée de Rousseau (19 œuvres). Je profite pour vous conseiller de lire son extraordinaire vie et de visiter la collection Barnes de Philadelphie, l’une des plus importantes dans le monde.
Pour la petite histoire en 2023, Christie’s vendit Les Flamants (1907) une merveilleuse jungle poétique de 115x155 cm pour près de 45 millions de dollars.