Pris sur le web

Quand le jeu de tête brouille le cerveau des footballeurs

AONews #20 - Septembre 2018

De plus en plus d’études scientifiques suggèrent que le jeu de tête au football entraîne des anomalies cérébrales temporaires. Des troubles de la mémoire et de la concentration sont également constatés.

 

Face à la Belgique, les Français ont eu la tête dure. À plusieurs reprises, Raphaël Varane a fait barrage par la force de son crâne. En deuxième période, le coup de tête de Samuel Umtiti a offert le but de la victoire. Un jeu aérien qui permet à la France d’atteindre la finale de cette Coupe du monde. Mais ce geste technique commence à inquiéter le monde médical. La littérature scientifique montre, en effet, que les footballeurs jouant régulièrement avec leur tête ne sortent pas totalement indemnes du terrain. Le contact avec la balle provoquerait un léger traumatisme crânien, surnommé «sous-commotion cérébrale» par les experts.

Ce traumatisme mineur serait insuffisant pour entraîner une véritable commotion cérébrale caractérisée par des troubles de l’équilibre, des vomissements, une perte de connaissance ou encore des regards vides. Mais la répétition de ce geste, à l’entraînement et en match, provoquerait tout de même des blessures traumatiques cérébrales. «Des études ont montré qu’au-delà d’un certain seuil de «têtes», entre 1000 à 1500 par an, il est possible de voir des anomalies cérébrales grâce une IRM ultrasophistiquée. Des tests de rapidité, de mémoire visuelle ou verbale, ont également mis en évidence des petites anomalies», explique au Figaro le Dr Jean-François Chermann, neurologue parisien qui s’investit depuis plusieurs années dans la prise en charge des commotions dans le monde du sport.

Selon les travaux scientifiques, ces effets cognitifs seraient transitoires. Mais une étude parue en mai dernier dans Frontiers in Neurology suggère qu’ils apparaissent après une très courte période de temps. Le neurologue Micheal Lipton a étudié durant deux semaines plus de 300 amateurs de football inscrits en club. «Nous pensions que les collisions entre joueurs seraient la principale cause de troubles cognitifs. En réalité, seul le jeu de tête a été associé à des altérations de la mémoire ou de l’attention, et cela en seulement deux semaines», commente le professeur à la Faculté de médecine Albert Einstein et praticien au Centre médical Montefiore (États-Unis). En 2016, une étude écossaise dans EBioMedicine avait mis en évidence une perte de mémoire transitoire de 41 à 67% après seulement 20 têtes.

Des chercheurs de l’université de Bordeaux ont par ailleurs constaté en IRM fonctionnelle de haute résolution une suractivation de certaines zones de cerveau chez des joueurs semi-professionnels par rapport à des sportifs du même âge mais ne pratiquant pas de sport de contact. «Et plus les joueurs faisaient des têtes lors des matchs, plus ces circuits cérébraux s’activaient plus qu’à la normale», détaille le Pr Patrick Dehail, chef du service de Médecine Physique et de Réadaptation au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Bordeaux. D’après les chercheurs bordelais, cette suractivation pourrait pallier des anomalies de l’activité cérébrale causées par des microtraumatismes répétitifs. «Nous avons pu également distinguer les postes les plus touchés, que sont les défenseurs centraux et les attaquants», ajoute Hélène Cassoudesalle, doctorante en sciences cognitives à l’université de Bordeaux.

Mais alors qu’en est-il sur le plus long terme? Entrer en collision avec une balle arrivant à plus de 100 km/h des vingtaines de fois au cours d’une saison favorise-t-il l’apparition de maladies neurologiques? «Aujourd’hui, on ne connaît pas les conséquences des sous-commotions. Et en l’absence de certitudes, il est hors de question de fermer les yeux sur le sujet. La commission médicale de l’UEFA a donc lancé en 2018 un projet de recherche dans les équipes juniors», indique le Dr Emmanuel Orhant, directeur médical de la Fédération française de football (FFF).

En parallèle, le Dr Orhant recherche actuellement tous les joueurs de foot de 1e et 2ème divisions décédés depuis 1950 afin d’étudier les causes de leur mort. L’objectif : savoir si les footballeurs professionnels sont plus susceptibles de mourir de dégénérescence cérébrale, comme la maladie d’Alzheimer, ou l’encéphalopathie traumatique chronique retrouvée chez quasiment tous les joueurs de football américain de haut niveau, causée par les KO à répétition. Il faudra ensuite prouver le lien de cause à effet entre ces pathologies et les commotions cérébrales pouvant être causées par la collision entre deux joueurs, ainsi que le lien avec les sous-commotions provoquées par le jeu de tête.

Aux États-Unis, des parents effrayés par ces terribles conséquences ont préféré jouer la carte de la prudence. Aussi depuis 2015, les clubs de football ont-ils l’interdiction d’enseigner aux enfants de moins de 11 ans de frapper le ballon avec leur tête. Une décision excessive pour les spécialistes français interrogés. «Les enfants pourraient apprendre avec une balle en mousse plutôt qu’un ballon normal, ou un ballon moins gonflé. On pourrait aussi réduire le nombre de séances dédiées au jeu de tête avant de l’interdire tout court», commente le Dr Chermann.

En France, la FFF mise sur la détection et le diagnostic rapide des commotions cérébrales. Dans les clubs professionnels, les médecins ont l’obligation de déclarer tous les cas. Les joueurs commotionnés doivent consulter l’un des 20 spécialistes référents FFF et LFP, dont font partie le Dr Chermann et le Pr Dehail dans les 3 jours. Une seconde visite doit être réalisée chez le même expert pour que le joueur puisse retourner sur le terrain. Un protocole mis en place cette année qui devrait sensibiliser les clubs amateurs, espère le directeur médical de la FFF.

Figaro.fr Publié le 13/07/2018


Le Capri-Sun, une bombe sucrée qui plaît aux enfants

AONews #19 Juillet / Août 2018

Présenté comme une «délicieuse boisson aux jus de fruits et à l’eau minérale», ce soda est en réalité loin d’être irréprochable sur le plan nutritionnel.

Récemment popularisé par plusieurs clips de rap sur internet, le Capri-Sun est une boisson très à la mode auprès des jeunes. En 2016, plus de 200 millions de ces petites gourdes souples se sont vendues en France, selon l’Institut Nielson. Un chiffre qui, comme le rapportait LCI jeudi, a bondi de 20% en 2017. Bref, tout roule pour ce produit commercialisé par Coca-Cola European Partners qui existe depuis près de 50 ans. Mais derrière son image de produit sain et équilibré, ce soda est en fait une véritable bombe sucrée, comme le dénonce l’association FoodWatch sur son site.

Alors que l’emballage et les spots publicitaires parlent d’une «délicieuse boisson aux jus de fruits et à l’eau minérale», une poche de Capri-Sun contient en réalité 19 grammes de sucre, soit l’équivalent de trois morceaux de sucre. Une quantité qui représente plus de 20% des apports journaliers recommandés en sucre...chez l’adulte, comme le déplore FoodWatch. L’Organisation mondiale de la santé recommande quant à elle de réduire son apport en sucres à 25 grammes par jour pour limiter le risque de surpoids, d’obésité et de carie dentaire. Par comparaison, à volume égal, le Coca-Cola contient 21 grammes de sucre. Et oui: Capri-Sun est aussi sucrée que la boisson préférée des Américains.

Qu’en est-il de la teneur en fruits de la boisson ? Alors que son emballage montre sept fruits différents, la part de jus de fruits ne représente que 12% de son volume. Et il ne s’agit pas de fruits frais mais de jus à base de concentré. Un procédé industriel qui fait perdre vitamines et fibres, qui sont pourtant bonnes pour la santé. Ne reste donc que des sucres concentrés, à assimilation rapide, qui font grimper la glycémie.

Pour dénoncer les procédés marketing qui visent directement les enfants, Foodwatch a lancé une pétition en juin 2017, signée par plus de 47.000 personnes. «Avec les enfants, la marque américaine qui distribue Capri-Sun en France sait s’y prendre: elle utilise des personnages parfois issus de films plébiscités par les petits comme ’Rio 2’ pour rendre sa pochette plus ludique», souligne l’association. Et d’ajouter : «Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce type de produit trop sucré ne devrait même pas être autorisé à faire du marketing auprès des plus jeunes. Ça suffit!». Elle qualifie le produit «champion du marketing mensonger».

Dans ses dernières recommandations élaborées en 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation rappelait que «les sucres, plus particulièrement sous forme liquide (sodas, nectars, jus de fruits à base de concentrés, jus de fruits frais, smoothies, etc.) contribuent à la prise de poids». Avec à la clé un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et certains cancers.

Figaro.fr, le 08/06/2018


Q.I. : sommes-nous vraiment en train de devenir moins intelligents ?

AONews #19 Juillet / Août 2018

Certains scientifiques prétendent que le QI ne cesse de diminuer dans les pays occidentaux. Pourtant les preuves manquent pour affirmer cette thèse. Une étude norvégienne relance le débat et met en cause l’environnement.

Vous êtes moins intelligents que vos parents et vos enfants le seront encore moins que vous. C’est en substance l’idée répandue par une minorité de scientifiques depuis quelques années. Selon eux, le QI des populations occidentales ne cesserait de diminuer ces dernières décennies dans les pays développés. Et une nouvelle étude publiée le 11 juin dans la revue américaine PNAS (Compte rendus de l’académie américaine des sciences) abonde une nouvelle fois dans ce sens, bien que les résultats ne soient pas généralisables. Selon les auteurs de cette étude, deux économistes scandinaves, le QI des hommes norvégiens nés entre 1962 et 1991 baisse d’année en année. Un phénomène qu’ils attribuent à des facteurs environnementaux tels que le «déclin des valeurs éducationnelles», la «dégradation des systèmes éducatifs» ou encore la «dégradation de la nutrition et de la santé».

Mais au-delà de ces causes, une question de fond se pose : notre intelligence est-elle réellement sur le déclin ? Cette idée trouve son origine dans les travaux de James Flynn. Ce professeur émérite en sciences politiques à l’Université d’Otago en Nouvelle-Zélande étudie depuis les années 1980 le niveau d’intelligence des populations. D’après lui, le score au test de QI aurait augmenté d’un peu plus de 3 points par décennie entre les années 1930 et 1980 dans la population américaine. Ce phénomène, nommé le «Flynn effect», a été retrouvé dans une trentaine de pays sur tous les continents et fait l’unanimité dans la communauté scientifique. Il s’explique assez facilement. «L’amélioration de la santé, de la nutrition et de l’éducation au cours de cette période explique que l’on ait gagné des points de QI», commente Franck Ramus, directeur de recherche en sciences cognitives au CNRS et à l’École normale supérieure à Paris. Mais voilà, depuis quelques années, une poignée de chercheurs tentent de prouver que la tendance s’inverse. Selon eux, le «Flynn effect» aurait laissé sa place au «negative Flynn effect», une thèse selon laquelle le QI baisse dans les pays occidentaux depuis les années 2000.

 

L’un des chefs de file de cette théorie est Richard Lynn, un psychologue britannique connu pour ses idées racistes et eugénistes. Dans les années 1990, il soutenait par exemple l’idée que plus la couleur de peau d’une population est foncée, plus son niveau moyen d’intelligence est faible. En avril 2017, il va jusqu’à confier au journal suisse Le Temps que «seules Marine Le Pen et la Hongrie ont compris que les migrants venant d’Afrique et du Moyen-Orient ont une intelligence limitée». Ainsi, d’après lui, l’arrivée de migrants provoquerait une baisse du QI dans les pays occidentaux qui les accueillent. Des propos qu’il diffuse largement lors de conférences dans les milieux américains d’extrême droite. Et c’est dans le but de justifier «scientifiquement» ses théories que Richard Lynn mène des recherches sur l’évolution du QI dans les pays occidentaux. Mais il n’est pas le seul à s’intéresser au QI. Entre 2005 et 2013, une dizaine d’études menées par différents chercheurs ont été publiées sur le sujet. Certaines mettent en avant une baisse du QI dans les pays scandinaves, la Grande-Bretagne et en Australie. Mais voilà, ces études mesurent le QI grâce à des tests très différents les uns des autres. Une hétérogénéité qui ne permet pas de tirer des conclusions sur une baisse générale de l’intelligence. À l’inverse, d’autres études semblent indiquer que le QI des Américains continue de progresser. Une hétérogénéité qui ne permet pas de tirer des conclusions sur une baisse générale de l’intelligence.

En 2013 puis en 2015, Richard Lynn et Edward Dutton, un anthropologue britannique, publient successivement deux études qui pointent une baisse du QI en Finlande et en France. Malgré des limites méthodologiques importantes (le recours à des tests non validés pour l’une, un effectif insuffisant pour l’autre), les deux hommes évoquent dans les deux cas l’influence négative de l’immigration et le dysgénisme, une théorie selon laquelle les personnes moins intelligentes se reproduiraient davantage que celles intelligentes. Au milieu de ces approximations scientifiques brandies à des fins idéologiques, existe-t-il des études fiables qui s’intéressent à l’évolution du QI? «Les données des études sont assez disparates, c’est pour cela que les méta-analyses sont indispensables pour tirer des conclusions plus globales», explique Franck Ramus. Parce qu’elles examinent les résultats et la méthodologie d’un grand nombre d’études, les méta-analyses constituent l’un des meilleurs niveaux de preuve scientifique.

Et justement, en 2015, des chercheurs ont compilé les résultats de 271 études sur le QI réalisées entre le début du 20eme siècle et les années 2010. Leurs conclusions, publiées dans la revue Perspectives on Psychological Science, ne vont pas dans le sens d’une baisse de l’intelligence au niveau mondial. «Le score du QI ne diminue pas, il augmente juste plus lentement qu’avant», explique Franck Ramus. Et rien d’alarmant à cela d’après le chercheur. «Le plafonnement du QI était attendu, indique-t-il. Comme pour la taille ou les performances sportives, l’espèce humaine est en train d’atteindre les limites de son intelligence».

Pour l’heure, aucune donnée scientifique ne permet d’attester la réalité d’une baisse de l’intelligence dans les pays occidentaux. «Je trouve irresponsable de faire paniquer toute la population sur des données qui sont peu concluantes. Si on accumule sur 10 ou 20 ans des données supplémentaires au niveau mondial on pourra dire si le QI se stabilise ou non. Pas avant», insiste Franck Ramus.

Alors il semblerait que non, demain, nous ne serons pas tous crétins.

Figaro.fr, le 15/06/2018


Maladie de Gorham-Stout : quand les os disparaissent

AONews #18- JUIN 2018

Une quadragénaire qui se plaignait de douleurs aiguës au bras gauche a vu son humérus disparaître en quelques mois.

C’est un cas exceptionnel face auquel peu de médecins seront confrontés au cours de leur carrière. Une femme de 44 ans s’est présentée à l’hôpital d’Édimbourg avec de vives douleurs à l’épaule gauche. Alors que les médecins multiplient les examens médicaux pour tenter d’en comprendre l’origine, ils s’aperçoivent que l’humérus de leur patient disparaît progressivement. Finalement, 18 mois après sa première visite à l’hôpital, la patiente n’a plus d’os du tout. Entre-temps, les médecins ont découvert que la quadragénaire souffrait d’une maladie extrêmement rare appelée «maladie de l’os fantôme». Ce cas médical a été rapporté le 22 mars 2018 dans le British Medical Journal.

 

Un diagnostic laborieux

Lors de sa première visite, les médecins font passer à la patiente une IRM (imagerie par résonance magnétique). Ils découvrent alors l’existence d’une lésion au niveau de l’épaule gauche ainsi qu’un amincissement de l’humérus, l’os qui relie l’épaule au coude. Pour tenter de déceler la cause de cette blessure, les médecins réalisent deux biopsies, examen qui consiste à prélever puis analyser un échantillon de tissu. Mais celles-ci ne permettent pas de poser un diagnostic. Deux mois plus tard, la quadragénaire retourne à l’hôpital: les douleurs sont toujours là. L’équipe médicale suspecte un cancer et pratique un nouveau prélèvement. Ce dernier révèle une anomalie vasculaire au niveau de l’os ainsi que la présence d’un cal osseux, une substance qui se forme pour favoriser la cicatrisation d’un os après une fracture. Autant d’éléments qui laissent penser qu’il s’agit d’une fracture anodine, probablement due à une chute.

Douze mois passent mais les douleurs persistent, avec une nouvelle fracture détectée à l’épaule. Dans la foulée, la patiente réalise des examens médicaux plus poussés, dont une angiographie, examen qui permet de voir l’état des vaisseaux sanguins. Résultat? Les vaisseaux sanguins et lymphatiques (ceux qui contiennent certaines variétés de globules blancs) se sont propagés dans l’humérus. Un mois plus tard, ce même os a presque complètement disparu, comme évaporé.

 

Fractures spontanées et traitement inexistant

C’est alors que les médecins comprennent l’origine de ces maux. La quadragénaire admise plus d’un an auparavant est atteinte de la maladie de Gorham-Stout, une pathologie extrêmement rare qui se caractérise par la destruction d’un ou plusieurs os. Ceux-ci sont dégradés à cause de la prolifération de vaisseaux sanguins et lymphatiques qui le remplacent progressivement.

Le cas de la patiente d’Édimbourg est rare: moins de 200 personnes atteintes de cette maladie ont été recensées dans le monde. Dans la majorité des cas, l’épaule, le crâne ou la ceinture pelvienne (l’ensemble des os qui forment le bassin osseux et le relient à la colonne vertébrale) étaient touchés. Mais les côtes, la colonne vertébrale ou encore la ceinture scapulaire (composée des omoplates et des clavicules) peuvent aussi être affectées. La maladie de Gorham-Stout, dont on ignore la cause, se déclare dans l’enfance ou au début de l’âge adulte. Elle débute par des douleurs, des fractures spontanées et des tuméfactions sans cause apparente.

Pour améliorer leur confort de vie, les malades ont recours à de la chirurgie orthopédique ou à des séances de radiothérapie. Ils peuvent aussi suivre un traitement médical visant à ralentir l’évolution de la maladie. Celui-ci est constitué de bisphosphonates, classe de médicaments aussi utilisée pour soigner l’ostéoporose et les métastases osseuses, qui servent à diminuer l’hypercalcémie et le risque de fracture. Mais il n’existe pas, pour l’heure, de médicament curatif.

Dans la plupart des cas de Gorham-Stout, la disparition de l’os est complète et irréversible, d’où le nom attribué à cette pathologie: «maladie de l’os fantôme».

Figaro.fr le 06/04/2018



Les agressions et insultes contre les médecins n’ont jamais été aussi élevées

AONews #18- JUIN 2018



AONews #18 - Juin 2018


Les français de plus en plus mécontents de leur système de santé

AOnews #18 JUIN 2018

Les Français n’ont pas une image très flatteuse de leurs hôpitaux en termes d’équipements et de nouvelles technologies puisqu’ils ne sont que 55 % à les trouver en avance.

Il devient urgent que les réformes et chantiers qui se succèdent pour transformer et faire évoluer le système de soins et de santé en France portent leurs fruits. Car si les Français sont encore 59 % à estimer que leur système de soins hospitaliers est le meilleur, les indicateurs montrent une tendance nette à la dégradation. C’est l’un des enseignements du dernier Baromètre santé 360° Odoxa-Le Figaro * pour Asip Santé, MNH Group et Orange.

En juin 2016, ils étaient 74 % à considérer leur système de soins comme un trésor, mais plus que 67 % en octobre 2017. Au niveau européen, si l’Allemagne est toujours considérée comme le pays étant le meilleur en ce domaine, la France est rejointe par la Grande-Bretagne en seconde position, juste devant le Canada. La progression des insatisfaits sur la question des relations avec l’hôpital a été multipliée par 3 : de 9 % en mai 2015 pour passer à 24 % en mars 2018, soit une hausse de 15 points. Les Canadiens placent même la France en avant-dernière position en Europe, juste devant l’Italie. Autre indicateur qui se dégrade de manière importante, la satisfaction sur le parcours de soins, qui passe de 69 % en mai 2015 à 49 % en mars 2018. À noter que cette insatisfaction atteint 90 % chez les directeurs d’hôpitaux et 65 % chez les médecins!

Les Français n’ont pas une image très flatteuse de leurs hôpitaux en termes d’équipements et de nouvelles technologies puisqu’ils ne sont que 55 % à les trouver en avance. Contre 65 % en moyenne chez les Européens vis-à-vis de leur propre système et 62 % pour les Canadiens. La France se situe ainsi 10 points derrière la moyenne européenne et 7 points derrière le Canada. Nous arrivons avant-derniers en Europe, 13 points derrière l’Espagne et le Royaume-Uni, et 21 points derrière l’Allemagne, au coude-à-coude avec l’Italie (52 %), pays extrêmement critique sur son système de santé en général.

Le numérique, le digital, les outils et services liés aux nouvelles technologies (NT) apparaissent dans ce baromètre comme un levier puissant de la satisfaction, un moyen de remonter la pente. Tout d’abord, «objectivement, le sentiment de fréquenter un établissement bien doté en matière de NT fait exploser toutes les perceptions positives en termes de satisfaction et d’image», estime Gaël Sliman, le patron d’Odoxa.

Ainsi, pour ce qui est de l’amélioration des soins, les Français estiment à 81 % que le développement du numérique y contribuera. Et plus encore les directeurs d’hôpitaux (86 %). Et cela profitera aussi bien aux patients qu’aux soignants. Ils sont également 77 % à penser que le parcours des patients à l’hôpital en bénéficiera aussi. 76 % des médecins pensent quant à eux qu’ils pourront prendre des décisions thérapeutiques plus sereines et plus éclairées.

La santé connectée est, pour une grande majorité des Français, des médecins et des directeurs d’hôpitaux, une grande opportunité. L’e-santé est ainsi une source d’espoir pour 69 % des sondés. Si les robots en chirurgie n’emportent les suffrages que de 59 % des Français, ils sont 64 % à soutenir les traitements faisant appel à la génétique, 77 % à les trouver utiles pour le suivi postopératoire et 77 % à penser qu’ils pourraient améliorer le développement de thérapies non médicamenteuses.

«Nos études de terrain l’ont bien montré, les outils numériques sont acceptés par toutes les tranches d’âge, assure le Pr Pierre Philip (CHU de Bordeaux). Mais l’arrivée du numérique, une véritable révolution médicale, mériterait des assises nationales. Il faudrait que les équipes de Mounir Mahjoubi, au secrétariat d’État sur le Numérique, intègrent des professionnels cliniciens de terrain. Car il va falloir unifier les approches sur les territoires en termes de système d’information dans le contexte de l’arrivée souhaitable des outils numériques.»

Si les Français sont partagés sur la confiance à accorder aux institutions pour protéger leurs données de santé, ils sont d’accord à 76 % pour que leurs données personnelles, âge, poids, taille, analyses de sang, taux de cholestérol, puissent être utilisées pour faire avancer la recherche médicale. Ils sont même 71 % à être favorables à leur utilisation par des professionnels de santé. Pourtant, bien que les patients comme les professionnels de santé se disent prêts pour les outils et services numériques, leur usage reste très limité. Alors que 80 % des Français déclarent être volontaires pour essayer ces outils, les médecins pensent que seuls 33 % de leurs patients seraient effectivement d’accord pour les accepter. Autre décalage, si 86 % des Français disent que leur médecin ne leur a jamais proposé d’objets connectés, 50 % des médecins affirment l’avoir déjà fait.

Figaro.fr le 26/03/2018

* Avec le concours scientifique de la chaire santé de Sciences Po