« 21 rue de la Boétie »

Picasso, Matisse, Braque, Léger, Laurencin, Masson…au Musée Maillol, jusqu’au 23 juillet.

Cette exposition, tirée du livre publié il y a 5 ans par Anne Sinclair, relate l’aventure de son grand- père Paul Rosenberg. Elle permet de rappeler la place incontournable de ce marchand dans l’histoire de l’art de la première moitié du XXe siècle, mais aussi de revenir sur l’histoire de cet homme tourmenté par le cataclysme de la seconde Guerre mondiale.

 

Tous les plus grands artistes sont passés par sa galerie, et surtout Paul Rosenberg a su les promouvoir jusqu’aux Etats- Unis où il se réfugiera en 1940.

 

En effet Paul Rosenberg se révèle comme un marchand intuitif entre Paris et New-York. Comme son père Alexandre et son frère aîné, il s’intéresse tout d’abord aux impressionnistes, puis aux artistes vivants de son époque, liant ainsi amitié avec bon nombre d’entre eux.

 

En 1910, suite à un différend avec son frère Léonce, Il ouvre au 21 rue de la Boétie sa propre galerie. Il se qualifiait lui-même comme passeur de la modernité, croyant avec passion à ces artistes modernes. Disposant d’un stock conséquent, provenant de la galerie de son père et d’un vaste réseau de relations. En 1913, Marie Laurencin, est la première artiste à signer un contrat d’exclusivité avec Paul Rosenberg, suivront Picasso en 1918, Georges braque en 1924, Fernand Léger en 1927, André Masson en 1930 et Henri Matisse en 1936.

Vous pourrez ainsi découvrir ces artistes exposés.

 

Paul Rosenberg organise aussi de grandes expositions pour les faire connaitre au grand public, fait publier des catalogues des œuvres, se charge personnellement des accrochages.

 

En homme visionnaire il se rend dès 1934 aux états Unis où il organise une grande exposition Braque, Matisse et Picasso pour les faire connaitre auprès des conservateurs de musées, d’hommes d’affaires et riches collectionneurs grâce à son carnet d’adresse. Ainsi, les Barnes, Etta Cone, le banquier Chester Dale, le célèbre collectionneur Sergueï Chtchoukine en font partie.

 

Paul Rosenberg mélange savamment les artistes impressionnistes pour faire « passer » plus facilement les modernes, réussissant ainsi à rassurer les plus sceptiques de miser sur les créations de leur époque. Pour gérer son stock, il dresse des inventaires très précis et très scrupuleux de ses œuvres, fiches détaillées, avec photographies, ce qui se révèlera très utile par la suite quand éclatera la guerre.

 

Juif et moderne, Paul Rosenberg ne pouvait être qu’une cible de choix pour l’occupant allemand, qui nous le savons procédera au pillage méthodique des œuvres d’art de tous les musées et collections privées français, appartenant à l’état français ou à des collectionneurs privés, notamment juifs, prônant l’art aryen, et l’épuration d’un art « dégénéré ».

 

L’Ambassadeur du Reich à Paris, entreposera ses œuvres au Musée du Jeu de Paume. Une partie d’entre elles seront sauvées grâce aux indications de l’attachée de conservation du musée, Rose Valland (à revoir l’excellent film Monument Men) qui a pu dresser une liste de 1940 à 1944. C’est ainsi que vous pourrez découvrir l’histoire d’une œuvre spoliée, un Matisse, ayant appartenu à la famille Rosenberg et retrouvée 70 ans après et restituée à ses descendants.

 

Le 20 septembre 1940, la famille Rosenberg débarque à New-York, et en 1941 a lieu l’ouverture de la galerie new-yorkaise. En 1944, Alexandre Rosenberg, engagé dans la deuxième DB, ironie du sort, aura en charge d’intercepter le dernier convoi d’œuvres spoliées en partance pour l’Allemagne, et y découvrira l’essentiel de la collection familiale.

 

En 1959, décès de Paul Rosenberg, la galerie sera reprise par Alexandre.