Efficacité de l’Intelligence Artificielle dans le diagnostic endodontique et l’évaluation du traitement : une revue systématique
Doumani M, Almaqboul F, Alduwaysan SSS, Alzahrani MA, Al Ghamdi SA, Alzahrani MN, Alanazi AT, Al Ghamdi NM, Alsalem AH, Alturaif D, Almokayad FH, Alqahtani AS, Alanaz L. Effectiveness of Artificial Intelligence in Endodontic Diagnosis and Treatment Evaluation : A Systematic Review. Cureus. 2025 Nov 4 ; 17 (11) : e96091
Cet article présente une revue systématique évaluant l’efficacité de l’intelligence artificielle (IA) dans le diagnostic endodontique et l’évaluation des traitements, en comparaison avec les cliniciens humains.
Face à des taux d’échec encore élevés en endodontie, souvent liés à des erreurs diagnostiques, à la complexité anatomique et à la variabilité des décisions cliniques, les auteurs analysent le potentiel de l’IA comme outil d’aide à la décision.
Une recherche exhaustive a été réalisée dans plusieurs bases de données jusqu’en juin 2025. Dix études répondaient aux critères d’inclusion et ont été intégrées dans une synthèse qualitative. En raison d’une forte hétérogénéité méthodologique (types de modèles, modalités d’imagerie, métriques utilisées), aucune méta-analyse n’a pu être réalisée. Les études incluses explorent une grande variété de modèles d’IA, notamment des réseaux de neurones convolutifs (CNN), des architectures U-Net, YOLOv5, DenseNet201, ainsi que des modèles de traitement du langage naturel comme ChatGPT-4. Ces systèmes ont été appliqués à des tâches cliniques diverses : détection de lésions périapicales, identification d’instruments fracturés, évaluation de la qualité des obturations canalaires, diagnostic carieux et aide au diagnostic pulpaire et apical.
Globalement, les performances diagnostiques de l’IA sont élevées, avec des taux de précision compris entre 75 % et 99 %, et des sensibilités et spécificités fréquemment supérieures à 80 %. Certains modèles se distinguent particulièrement : DenseNet201 atteint une excellente performance pour la détection d’instruments fracturés, tandis que YOLOv5 surpasse des endodontistes peu expérimentés dans l’évaluation des obturations canalaires, avec un gain majeur en rapidité d’analyse. Les modèles fondés sur la CBCT montrent systématiquement de meilleures performances que ceux utilisant des radiographies panoramiques ou périapicales, soulignant l’importance de la qualité et de la dimensionalité de l’imagerie.
L’utilisation de ChatGPT-4 est également explorée dans un contexte éducatif et diagnostique. L’IA obtient une précision diagnostique significativement plus élevée (99 %) que celle d’étudiants en
odontologie, suggérant un potentiel intéressant comme outil pédagogique ou d’assistance clinique, bien que son usage doive rester encadré.
Malgré ces résultats prometteurs, les auteurs soulignent plusieurs limitations majeures. Les études reposent majoritairement sur des bases de données rétrospectives, souvent monocentriques, avec
une validation externe limitée, ce qui pose la question de la généralisation des résultats. Par ailleurs, l’IA montre des performances plus faibles pour la détection de caractéristiques subtiles, telles que les vides d’obturation ou les obturations courtes, en particulier sur des images bidimensionnelles. L’absence de protocoles standardisés et d’indicateurs cliniquement homogènes complique également la comparaison entre études.
En conclusion, cette revue systématique montre que l’IA offre des performances comparables, voire supérieures, à celles des cliniciens humains pour de nombreuses tâches endodontiques, avec des
avantages notables en termes de rapidité, de reproductibilité et d’objectivité. Toutefois, son intégration en pratique clinique nécessite encore des études prospectives multicentriques, une meilleure validation externe et le développement de modèles explicables et robustes. L’IA apparaît ainsi comme un outil complémentaire, destiné à soutenir, et non remplacer, le jugement clinique humain en endodontie.
Imagerie par résonance magnétique (IRM) pour l’évaluation de l’état pulpaire :
une revue narrative
Han B, Chen N, Luo J, Afkhami F, Peters OA, Wang X. Magnetic Resonance Imaging for Dental Pulp Assessment: A Comprehensive Review.
J Magn Reson Imaging. 2025 Aug;62(2):362-388.
Cette revue narrative exhaustive analyse le rôle émergent de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) dans l’évaluation de la pulpe dentaire, un enjeu central en endodontie pour différencier une
pulpe saine, inflammatoire ou nécrotique et orienter la décision thérapeutique. L’IRM consiste à utiliser des champs magnétiques et des impulsions de radiofréquence pour exciter des noyaux
d’hydrogène dans les tissus contenant de l’eau afin de générer des signaux de radiofréquence. Ces signaux sont ensuite traités par un ordinateur pour créer des images, facilitant l’imagerie des
tissus mous sans rayonnement ionisant.
Les auteurs soulignent que les méthodes d’imagerie conventionnelles basées sur les rayons X, telles que la radiographie périapicale et le CBCT, sont inadaptées à l’exploration directe de la
pulpe, car elles sont principalement conçues pour visualiser les tissus minéralisés et exposent les patients à des radiations ionisantes. À l’inverse, l’IRM offre une imagerie sans irradiation,
avec une excellente résolution des tissus mous, ce qui en fait une alternative prometteuse pour l’étude de la pulpe dentaire.
La revue repose sur une recherche systématique de la littérature, couvrant les publications de 2004 à février 2024. Après sélection, 46 études in vivo et in vitro ont été incluses. Ces travaux
portaient sur
la morphologie pulpaire, l’évaluation de la vitalité et des pathologies pulpaires, la relation carie – pulpe, les lésions périapicales et, plus récemment, les perspectives en régénération
pulpaire. Les auteurs analysent en détail les avancées technologiques ayant permis l’application de l’IRM en odontologie, en mettant l’accent sur le matériel, les paramètres d’acquisition et les
séquences d’imagerie.
Le champ magnétique est identifié comme un facteur déterminant de la qualité d’image. Les premières études cliniques utilisaient principalement des IRM à 1,5 Teslas, tandis que les recherches
plus récentes privilégient le 3 T pour améliorer le rapport signal/bruit et la résolution spatiale. Les études in vitro ont exploré des champs encore plus élevés (jusqu’à 9,4 T), permettant une
visualisation très fine de la microanatomie pulpaire. Parallèlement, des travaux
récents suggèrent que des IRM à bas champ (0,55 T) pourraient représenter un compromis
intéressant en termes de coût, de confort et d’accessibilité clinique.
Un autre axe majeur de progrès concerne le développement de bobines radiofréquence dédiées à l’imagerie dentaire. Elles servent à émettre et/ou recevoir le signal radio. Les bobines de surface
extra-orales, les bobines intra-orales et les dispositifs sans fil à couplage inductif ont permis d’augmenter significativement la résolution et de réduire les artefacts, notamment en présence de
restaurations métalliques. Plusieurs séquences ont été testées. Une séquence est un ensemble programmé d’impulsions radiofréquence et de gradients de champ magnétique, appliqué selon un ordre et
un timing précis, afin de produire un type d’image spécifique. Certaines séquences spécifiques, telles que SWIFT, UTE, CISS ou SPACE, se sont révélées particulièrement adaptées à
l’imagerie dentaire, en permettant parfois la visualisation conjointe des tissus durs et mous.
Sur le plan clinique, plusieurs études montrent que l’IRM est capable de distinguer des pulpes vitales de pulpes non vitales, de détecter des modifications inflammatoires, d’évaluer la proximité
des lésions carieuses avec la pulpe et de visualiser les lésions périapicales sans interférence notable de la gutta-percha. Ces résultats suggèrent un potentiel diagnostique supérieur à celui des
tests pulpaires conventionnels, qui restent indirects et parfois peu fiables. Les auteurs soulignent néanmoins des limites importantes : durée d’acquisition encore longue, sensibilité aux
mouvements, coût élevé des équipements et disponibilité restreinte en pratique courante.
En conclusion, malgré ces contraintes, l’IRM apparaît comme une méthode non invasive très prometteuse pour l’évaluation pulpaire. Les avancées technologiques rapides laissent entrevoir une intégration progressive de l’IRM dans le diagnostic endodontique, avec un impact potentiel majeur sur la précision diagnostique et la prise de décision clinique.