Non, Monsieur Hollande, la gauche n'a pas sauvé la Sécu !

DÉCRYPTAGE - François Hollande s'est targué ce soir (NDLR : 1er décembre) d'avoir ramené la Sécu à l'équilibre. Un argument que ne cesse de marteler également Marisol Touraine.

« La Sécurité Sociale est à l'équilibre ». C'est ce qu'a affirmé François Hollande ce jeudi soir dans une allocution depuis l'Elysée lors de laquelle il a annoncé sa décision de ne pas se représenter à l'élection présidentielle. Un message martelé régulièrement par Marisol Touraine. En début de semaine, la ministre de la Santé a encore répondu à François Fillon que « la Sécu va bien » et est aujourd'hui « globalement à l'équilibre ».

 

À en croire un entretien qu'elle avait donné fin septembre au journal Les Échos, la gauche a ainsi « sauvé la Sécu », en faisant disparaître ses déficits chroniques - le fameux « trou de la Sécu » - grâce à « des réformes de structure, parfois difficiles Une affirmation qui avait fait bondir du Medef à la CGT, en passant par les médecins.

 

La réalité est, comme toujours, un peu plus complexe. Les malades le savent d'ailleurs bien : être en rémission ne veut pas pour autant dire que l'on est guéri. Si l'on ne peut contester le redressement des comptes sociaux ces dernières années, il est en revanche plus hasardeux de considérer que tous les problèmes sont désormais réglés, ou que le retour dans le vert, promis pour 2019, n'est dû qu'à la politique réformatrice de la gauche. Et ce, pour au moins trois raisons.

 

D'abord, le rétablissement des comptes a été rendu possible au prix d'un certain nombre d'artifices comptables des plus contestables. Ainsi, comme le dénonce la Cour des comptes, 700 millions d'euros de rentrée exceptionnelle de CSG ont été enregistrés à tort en 2016 dans les recettes de l'Assurance- maladie. Pis, le déficit de la branche retraite a été siphonné pour alimenter celui du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) - qui finance le minimum vieillesse ou les cotisations retraite des chômeurs - dont le trou dépasse, bon an mal an, les 4 milliards d'euros.

 

L'effet de la réforme Woerth

 

Ensuite, près de 80 % du redressement des comptes de la branche vieillesse ces dernières années est lié non pas à la réforme Touraine de 2013, qui s'est uniquement traduite à cette heure par des hausses de cotisations salariales et patronales, mais à celle menée par Éric Woerth trois ans plus tôt. C'est-à-dire celle qui avait engagé - Marisol Touraine s'y était fortement opposée à l'époque - le report de deux ans de l'âge de départ à la retraite.

 

Enfin, à part la suppression de l'universalité des allocations familiales pour dégager quelques centaines de millions d'euros d'économies par an, les réformes de structure dont se targue la ministre de la Santé n'existent pas. Soit parce que, comme le déploiement des groupements hospitaliers du territoire, elles n'ont pas encore eu le temps de produire leurs effets. Soit parce qu'elles se sont résumées à de simples augmentations tous azimuts de prélèvements: des hausses de cotisation (retraite), de taxe (sur les médicaments) ou de reste à charge (sur les dépenses de santé).

 

source : Marc Landré, Figaro.fr  publié  le 01/12/2016