Rencontre avec Jean-Pierre CASU

Prothésistes Français en exercice, honoré du titre de Meilleur Ouvrier de France

Dans le cadre de nos rencontres avec des personnes d’exception exerçant un métier de bouche, nous avons voulu vous présenter un prothésiste marseillais installé à Nice. Il est l’un des treize prothésistes Français en exercice, honorés du titre de Meilleur Ouvrier de France. Comme l’est Jean-Paul Hévin que nous avons présenté dernièrement (cf. AOnews #6).

Diplômé dès l’âge de 20 ans, il est Lauréat du concours MOF en 1994 et dirige aujourd’hui un prestigieux laboratoire de prothèse (Fig.1) comprenant 14 collaborateurs. Il est devenu membre du jury du concours MOF et présente de nombreuses conférences pour plusieurs compagnies telles que Nobel, Ivoclar, Anthogyr ou GC.

 

Jean Pierre Casu est un réel passionné. Quand il ne monte pas la céramique avec laquelle il réalise des merveilles, il forme les prothésistes aux 4 coins du monde.

 

 


La formation professionnelle passe par un Bac Pro. 53% des salariés ont un CAP de prothèse dentaire. 34% sont qualifiés via un Brevet Technique des Métiers et 13 % sont agents de maîtrise ou hautement qualifiés (source UNPPD 2013). Le brevet technique des métiers supérieur est accessible en 3 ans après un bac général.

Il existe également des formations privées comme l’Académie d’Art Dentaire, fondée par Isabelle Dutel, prothésiste devenue MOF en 1997 et comportant des écoles à Paris, Lyon, Bordeaux et Aix en Provence.

 

Les lycéens connaissent peu ce métier où le chômage est rare. Malheureusement, le niveau délivré en 3 ans est très faible et pose de réels problèmes de recrutement aux laboratoires. J.P. Casu connaît bien ce problème, comme tous ses collègues MOF.

Plus de 10 % des 11,5 millions de prothèses dentaires réalisées chaque année en France sont fabriquées hors de France (Chine, Turquie et Maroc essentiellement). A cela s’ajoute les prothèses réalisées sur les Français partis se faire soigner à l’étranger (+ 8 % en 2015) représentant 25 000 demandes de remboursement pour un montant total de 11 millions d’euros dont 2,5 sont pris en charge par la collectivité. 2 000 Français ont fréquenté les seules cliniques dentaires hongroises pour un montant dépensé de 3,2 millions d’euros.


A cette conjoncture s’ajoute le poids du plateau technique, alourdi par les progrès de la CFAO qui exige de gros investissements souvent renouvelés, et que peu de petits labos peuvent assumer. Jusqu’à aujourd’hui, la sous-traitance n’existait pas dans les labos, sauf s’il fallait déléguer la réalisation d’un châssis de plaque métal. Aujourd’hui, la sous-traitance a flambé sous la pression des progrès de la CFAO. Il faut investir dans des scanners et déléguer la réalisation d’armatures en zircone (Fig. 2) à des sociétés spécialisées ce qui entraîne des coûts supplémentaires qui ne sont pas répercutables sur les tarifs. Ces suppléments sont réglés par le praticien en plus des honoraires du prothésiste, à la différence du monde du commerce où un coefficient multiplicateur est toujours appliqué, ce qui ne serait pas acceptable par les praticiens.

                                              Fig.1                                                                                                                                                  Fig.2                         

Comme on le voit, le monde de la prothèse est en pleine mutation.

 

La Zircone représente aujourd’hui 75 % de l’activité de Jean Pierre Casu. (Fig. 3 à 6)

 

Les fractures connues au début de cette technologie ont quasiment disparues. Elles étaient liées à des défauts de conception des armatures qui entraînait des inégalités d’épaisseur, sources de délamination de la céramique. Au début, on a commencé par employer des céramiques pressées sur zircone pour renforcer cette dernière, ce qui donnait de bons résultats. Aujourd’hui, les armatures sont beaucoup plus grosses que par le passé et beaucoup plus translucides. On emploie également de plus en plus de faces occlusales en zircone infiltré. La prothèse esthétique est devenue extrêmement technique avec des résultats esthétiques très aboutis et une pérennité aujourd’hui reconnue. L’Imax, lui, reste idéal pour les facettes.

 

Jean Pierre Casu dispose de 5 scanners dans son labo. (Fig. 7). Il a fallu s’adapter à la demande des praticiens dès les débuts avec Procera, en 2000.

 

Comme le Maître chocolatier J.P. Hevin, il considère que le plus dur n’est pas de devenir MOF mais de le rester. C’est un défi quotidien pour rester au top. Les progrès de la technologie ont demandé un gros effort d’adaptation pour en prendre la maîtrise, et la magie de ce métier c’est quand la main quitte la souris pour le pinceau et apporte la touche finale d’élégance indispensable aux travaux réalisés.

                       Fig.3                                       Fig.4                                        Fig.5                                               Fig.6

Tous les 3 ans, se tient le concours de MOF au cours duquel la CFAO prend une place de plus en plus grande, ce qui rend de plus en plus difficile l’évaluation du talent manuel des candidats. De plus en plus de paramètres relèvent de la machine et non du candidat, comme la passivité ou l’adaptation.

Le sujet proposé et imposé est extrêmement complexe et représente entre 800 et 900 heures de travail sur une année ! Il s’agit, par exemple d’une grande restauration polychromique avec dents télescope sur barre. L’ensemble doit être intégralement iconographié et complété par un sujet libre, artistique, proche du dentaire. Dernièrement, Sébastien Marchini a réalisé un jeu d’échec en Zircone, Chrome-Cobalt et d’autres matériaux du dentaire.

Chaque année, il y a 35-40 inscrits. La dernière épreuve préliminaire de qualification en a retenu 27 ; 8 sont allés au bout et 2 ont été nommés. Il y a 2 chirurgiens-dentistes dans le Jury de 8 membres, P. Mariani et C. Launois.

Une des chartes des MOF concerne la transmission des savoirs. J.P. Casu et de plus en plus impliqué dans la formation des prothésistes en France, au Liban et ailleurs. Il préside également le Collège d’Art Dentaire qui regroupe les MOF prothésistes de France qui est en train de mettre en place un label des meilleurs laboratoires, basé sur des critères qualitatifs bien définis.

 

L’Artisanat Dentaire est ici pleinement mis en valeur. J.P. Casu incarne donc à merveille l’excellence de la prothèse dentaire made in France associée à la chaleur méridionale de la Provence.

 

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