Il faisait chaud à Lyon, en ce début du mois de juin, lorsque se sont tenues les Printas 2025, le rendez-vous annuel des passionnés d’implantologie organisé par Global D. Trois jours durant praticiens, experts, enseignants et jeunes talents se sont retrouvés autour d’un thème d’actualité : Paro-implantologie et digital : vers une nouvelle ère.
Cette édition a brillamment réussi le pari de conjuguer exigence clinique et innovation numérique, orchestrée d’une main de maître par Benjamin Cortasse.
Une présidence orientée paro
Figure incontournable de la parodontologie et de l’implantologie en France, expert internationalement reconnu pour ses travaux sur les tissus péri-implantaires, cette édition s’est inscrite dans une dynamique d’excellence scientifique et clinique.
Benjamin Cortasse (Fig. 1) s’est imposé comme un chef d’orchestre rigoureux, confiant la scène à 27 conférenciers, choisis pour leur expérience clinique ou leur regard neuf sur la profession et leur excellence scientifique.
Une ligne directrice assumée : recentrer la réflexion sur les tissus péri-implantaires -garants de la pérennité, de la stabilité et de l’esthétique à long terme de nos restaurations implantaires -, permettre une réflexion pluridisciplinaire et moderne grâce à l’utilisation de nouvelles technologies, que ce soit pour la planification ou dans le choix des biomatériaux. Le ton est donné : il ne s’agit plus seulement de poser un implant, mais de créer un environnement biologique et fonctionnel optimal, capable de recevoir et de maintenir la réhabilitation implantaire dans les meilleures conditions pour assurer un résultat biologique, esthétique et fonctionnel optimal.
Mercredi : ouverture sous haute tension… clinique !
Dès le premier jour, les congressistes ont été plongés dans le vif du sujet, confrontés à un choix cornélien : suivre la chirurgie en direct de Mathieu Leclerc (Fig. 2) au siège de Global D, ou assister à la journée carte blanche offerte à CTC.
Ce dernier format a suscité un réel engouement. (Fig. 3) L’équipe de CTC, conduite magistralement par Romain Chaleil, Aurélien Thollot et Benoit Bonnifait, a proposé un regard audacieux sur l’extraction-implantation immédiate (EII) présentée non plus comme une option, mais comme le nouveau paradigme en implantologie.
L’Extraction Implantation Immédiate : quand immédiateté rime avec biologie
À travers une série d’interventions très structurées, les conférenciers ont rappelé les fondements biologiques de l’extraction implantation immédiate (EII), ses indications, mais aussi ses pièges.
En résumé :
Le message est clair : l’EII n’est pas un raccourci, mais une démarche rigoureuse, guidée par l’anatomie, la biologie et la future prothèse. Et pour l’équipe de CTC, dans leur pratique quotidienne, la question n’est pas tant de savoir si on peut poser l’implant en même temps que l’extraction de la dent mais plutôt comment créer une situation favorable à la réalisation d’une EII ?
Pour ça, dans les cas défavorables, avec absence de table vestibulaire, de tissu kératinisé de faible épaisseur par exemple, il faut améliorer l’environnement péri-implantaire.
La transition était toute trouvée pour le programme du reste de la journée : comment régénérer l’os, entre régénération osseuse guidée et greffe autogène, comment choisir ? comment épaissir la gencive ?
Zoom sur la technique IDR de Da Rosa : la maîtrise du « tout en un »
Parmi les temps forts : la présentation de la technique IDR (Immediate Dentoalveolar Restoration) du Dr Da Rosa, qui redéfinit les standards de la réhabilitation unitaire immédiate dans la zone antérieure.
La technique de Da Rosa est une technique chirugico-prothétique d’extraction implantation immédiate en flapless permettant d’élargir les indications de l’EII dans le cas unitaire antérieur en limitant la perte de tissus péri-implantaire et en reconstruisant les tissus durs et mous péri-implantaires prélevé au niveau tubérositaire, en même temps que la pose de l’implant et de la mise en place de la provisoire. Cela permet de réduire le nombre de chirurgie, donc diminuer la morbidité, et augmenter la prédictibilité du résultat esthétique. (Fig. 4, 5,6,7)
Ce protocole flapless et atraumatique permet, en une seule intervention :
Pour cela, Da Rosa propose, dans la continuité de celle proposée par Elian en 2007, une classification du défaut osseux permettant de déterminer quel type de tissu est nécessaire de greffer pour permettre la pose d’un implant et assurer la pérennité des tissus péri-implantaires, limiter la résorption osseuse et assurer un résultat esthétique optimal (Fig. 8).
En fonction de cette classification, il sera nécessaire d’apporter soit uniquement de l’os cortical et spongieux tubérositaire, soit l’os ainsi que du conjonctif issu de la tubérosité, c’est ce qu’on appelle la triple graft.
Pourquoi ça marche ?
Le grand point fort de cette technique est l’utilisation de l’os autogène tubérositaire qui se revascularise très facilement. De plus, le conjonctif issu de la tubérosité est très stable car sa lamina propria est très riche en collagène de Type I et II et présente peu de tissu adipeux et glandulaire.
En effet, cette technique respecte scrupuleusement les principes biologiques du PASS de Wang d’une part - fermeture primaire, angiogénèse, maintien de l’espace, stabilité du caillot – et d’autre part, elle s’appuie sur le modèle de régénération tissulaire proposé par Lynch - un bon échafaudage, des cellules actives (cellules souches) et des biomolécules (facteurs de croissance).
Le tissu tubérositaire extrêmement vascularisé, joue un rôle clé dans la reconstruction tissulaire rapide et prévisible. L’ajout de corticale permet un maintien spatial naturel, et l’os spongieux favorise la revascularisation du site.
Jeudi : de la théorie à la pratique clinique
Le deuxième jour a fait la part belle à une vision interdisciplinaire de l’implantologie. Le matin, César Natoly et Jean-Charles Gout ont brillamment articulé les liens entre fonction occlusale et réhabilitation implantaire. Amélie Mainjot, quant à elle, a proposé un focus très apprécié sur le choix des matériaux prothétiques, à l’heure de la planification numérique et de la personnalisation esthétique (Fig. 9).
L’après-midi s’est poursuivi autour des protocoles de greffes osseuses et tissulaires autour des implants. Un moment fort fut la présentation du Dr Santi Carreras, tout droit venu de Gérone (Catalogne), qui, dans un français impeccable, a partagé sa vision d’une reconstruction osseuse durable et reproductible, alliant rigueur chirurgicale et important recul clinique (Fig. 10).
Le Gala des Printas : un souffle de fraîcheur au Sucre
Jeudi soir, les participants se sont retrouvés dans une ambiance festive lors du Gala des Printas au Sucre. Thème de la soirée : Coachella. Une atmosphère décontractée et élégante, qui a permis de prolonger les échanges dans un cadre moins formel, mais tout aussi enrichissant.
Vendredi : le futur de la paro-implantologie - Podium des Young Talents
Le dernier jour a mis à l’honneur la relève : le podium des Young Talents a mis en lumière plusieurs jeunes praticiens prometteurs (Fig. 11).
Parmi eux, Elsa Eskenazi Solal, figure d’Alpha Omega Marseille, et membre de notre rédaction, a captivé l’audience avec sa conférence intitulée : Harmonie et santé péri-implantaire : l’apport des tissus mous. Elle y a démontré, avec clarté, humour et sens clinique, comment l’augmentation des tissus mous, associée à une planification numérique, permet d’améliorer l’esthétique, de prévenir les récessions et de stabiliser les collets.
Autres interventions notables : Marc Gaudin et Benoît Bernaud, jeunes lyonnais talentueux (Fig. 12), ont présenté leur retour d’expérience sur l’EII, soulignant l’importance d’une approche globale, mêlant chirurgie, prothèse, digital et réflexion esthétique. Leur présentation a su conjuguer humilité, technicité et passion.
Clôture en beauté : la vision intégrée de Stefan Koubi
Le mot de la fin est revenu à Stefan Koubi, qui a livré une conférence inspirante sur le traitement esthétique. Avec son sens pédagogique caractéristique, il a insisté sur l’importance d’une planification interdisciplinaire, d’une exécution rigoureuse, et surtout, d’un travail d’équipe.
Conclusion : une édition inspirante et fédératrice
Avec cette édition 2025, les Printanières de Global D confirment leur statut de rendez-vous majeur de l’implantologie en France. Un congrès de haute volée scientifique, jonglant entre partage d’expérience clinique, nouvelles visions pour le future de la discipline et franche camaraderie.
À Lyon, en cette fin de printemps 2025, c’est bien une nouvelle ère de l’implantologie qui s’est dessinée — avec des jeunes talents très prometteurs mis en avant par la crème de la crème de l’implantologie francophone.