La Cour des Comptes pointe une amélioration de façade du trou de la Sécu

À 7,8 milliards d'euros, le déficit de la Sécurité Sociale a continué de se réduire en 2016, pour revenir à son niveau de 2008. Mais cet objectif n'a été atteint qu'au prix de nombreux biais, affirme la Cour des Comptes.

Source : figaro.fr - sept 2017

À première vue, ce serait plutôt un satisfecit que dresse la Cour des Comptes sur la situation de la Sécurité Sociale. En 2016, le déficit du régime général et du FSV (Fonds de Solidarité Vieillesse, qui prend en charge les cotisations des chômeurs) a continué de se réduire, pour s'établir à 7,8 milliards d'euros, contre 10,8 milliards un an plus tôt. Soit une amélioration de 3 milliards. Le déficit retrouve ainsi son niveau d'avant la crise de 2008, loin du gouffre des 30 milliards d'euros atteint en 2010. Autre élément encourageant: pour une fois, les quatre branches de la Sécu - maladie, vieillesse, famille, accidents du travail - ont vu leur solde s'améliorer.

 

Mais ne nous y trompons pas: la Cour est loin de se satisfaire de cette amélioration! «Citius, Altius, Fortius»... Les Sages de la Rue Cambon exhortent le gouvernement à ne surtout pas relâcher l'effort et à aller «plus vite, plus haut, plus fort», pour reprendre la devise olympique. Car la situation est moins reluisante qu'il n'y paraît à première vue. De fait, si le déficit se réduit facialement, il a bénéficié d'un produit exceptionnel de 740 millions d'euros de CSG qui n'aurait pas dû être inscrit en recettes. Bref, la mariée a été embellie: corrigé de cette écriture, le déficit atteint en réalité 8,5 milliards d'euros, et n'enregistre qu'une baisse de 2,3 milliards... du même ordre en définitive qu'en 2015! Enfin, comme c'est le cas depuis 2014, des recettes exceptionnelles, non reconductibles, tiennent une place importante dans la réduction du déficit.

 

La hausse des dépenses a été minorée

 

Par ailleurs, si toutes les branches de la protection sociale sont en progrès, l'assurance maladie reste toujours «l'homme malade de la Sécu», comme l'avaient qualifiée les Sages l'an dernier. Son déficit (5,5 milliards d'euros hors produit exceptionnel de CSG) n'a quasiment pas diminué par rapport à 2015 (5,8 milliards) et représente désormais à lui seul près des deux tiers du déficit total (régime général +FSV). Surtout, des biais de présentation ont minoré la hausse des dépenses, en réalité bien plus forte qu'annoncée, affirment les Sages. Alors que l'ex-ministre de la Santé Marisol Touraine s'était enorgueilli d'avoir tenu le taux de progression de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) à 1,75% en 2016, celui-ci n'a été respecté qu'au prix d'un tour de passe-passe, estime la Cour. En réalité, il a atteint 2,2%. Avec une conséquence sur les comptes 2017: fixée à 2,1% pour cette année, la progression de l'Ondam devrait être en réalité de 2,4%. Quant à la branche vieillesse, si elle apparaît en excédent (de 900 millions), il faut lui ajouter le lourd déficit du FSV (3,6 milliards). Résultat, l'assurance vieillesse dans son ensemble reste en déséquilibre prononcé, bien qu'en amélioration (-2,8 milliards contre -4,2 milliards en 2015).

 

En 2017, la baisse du déficit de la Sécu devrait se poursuivre mais pourrait être plus lente qu'initialement prévu, conclut la Cour. La dynamique qui reste vive des dépenses d'assurance maladie, ajoutée à la reprise de la progression des dépenses de retraite - comme l'a révélé le rapport du Comité d'orientation des retraites (COR) en juillet- font peser des risques supplémentaires importants sur le retour à l'équilibre des comptes. Un retour repoussé désormais de 2019 à 2020 par le gouvernement.

 

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Prix Nobel de médecine: 30 ans après avoir compris l'horloge biologique, comment la science cherche à la modifier

Source : Huff post - Oct 2017

Le prix Nobel de médecine a été décerné aux chercheurs ayant identifié le rôle de certains gènes dans les rythmes circadiens. Depuis, les choses ont évolué.

Ce lundi 2 octobre, le prix Nobel de médecine 2017 a été attribué à trois chercheurs américains pour une découverte fondamentale datant de plus de 30 ans. En 1984, Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young isolaient un gène bien particulier, lié au contrôle du rythme biologique de la mouche de vinaigre.

Pour la première fois, on comprenait l'origine génétique des rythmes circadiens, qui règlent les besoins en sommeil et nourriture de nombreux animaux, dont l'homme. Depuis, les scientifiques ont cherché à parfaire notre compréhension de ce mécanisme. Et à le modifier.

 

« Une fois que l'on a décrypté un mécanisme, il faut voir si la corrélation est causale », précise Joëlle Adrien, neurobiologiste du sommeil, chercheuse à l'Inserm. En gros, savoir si la modification des fameux gènes et protéines mis en exergue par les lauréats du Nobel de médecine ont un impact direct sur ce que l'on appelle plus communément "l'horloge biologique".

 

Une question de lumière

 

En 2015, par exemple, des chercheurs expliquaient, dans une étude publiée par Nature, avoir réussi à réinitialiser les rythmes circadiens de souris. Pour ce faire, les scientifiques ont utilisé une technique récente, mise au point dans les années 2000: l'optogénétique, mélange d'optique et de génétique. Ils ont réalisé une subtile modification génétique sur les rongeurs en y insérant des gènes sensibles à la lumière dans un coin bien particulier du cerveau, les noyaux suprachiasmatiques.

« C'est une petite partie du cerveau, 10.000 neuronnes environ, qui est considérée comme l'horloge centrale du corps » explique André Klarsfeld, professeur à l'ESPCI Paris, spécialiste de ces questions. Dans l'étude, les auteurs expliquent avoir alors réussi à modifier le fonctionnement de l'horloge des souris en activant les neurones, grâce à une stimulation au laser. Sans avoir besoin de changer la lumière, les souris pouvaient donc se réveiller ou dormir en fonction de la manière dont leurs neurones étaient stimulés.

 

Un orchestre encore méconnu

 

L'optogénétique n'est pas la seule technique de pointe utilisée pour tenter de modifier notre horloge biologique. En 2015 toujours, une autre équipe a utilisé Crispr-Cas 9, les ciseaux à ADN révolutionnaires, pour tenter de modifier un gène lié aux rythmes circadiens dans des cellules humaines. Ces recherches restent évidemment fondamentales (c'est à dire théoriques) et il faudra encore des années avant d'imaginer une application concrète. Surtout que depuis la découverte des trois prix Nobel, notre compréhension de l'horloge biologique a bien évolué.

 

Par exemple, on s'est rendu compte que les noyaux suprachiasmatiques, considérés comme l'horloge centrale du corps, ne sont pas les seuls à avoir un impact sur le rythme de vie des êtres vivants.

 

« Il existe d'autres horloges, un peu partout dans l'organisme, à tel point que l'on parle parfois d'orchestre circadien », précise André Klarsfeld. « On se rend également compte que le métabolisme de base interagit également avec l'horloge biologique. On en est aux balbutiements ».

 

Médicaments de demain

 

Mais déjà, ces dernières années, on peut entrevoir à quoi le futur pourrait ressembler. En 2016, une équipe japonaise a ainsi créé des molécules capables de court-circuiter l'horloge biologique en perturbant les protéines qui la dirigent. Des recherches prometteuses, qui laissent entrevoir la possibilité, par la simple prise de médicaments, de contrecarrer un dérèglement des rythmes circadiens. On pourrait ainsi annihiler la sensation de décalage horaire, par exemple.

 

Si l'on est encore loin de cet objectif, il y a fort à parier que les chercheurs réussissant cette prouesse seront de sérieux candidats au prix Nobel de médecine.

 

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