La nutrition, facteur de risque modifiabledes maladies carieuse et parodontale :création d’une consultation dédiée enodontologie pédiatrique

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Introduction

 

Notre approche préventive du jeune patient se borne trop souvent à l’idée fixe du contrôle de plaque, assortie de traitements locaux fluorés et résineux. Or, si le marché mondial des produits d’hygiène bucco-dentaire ne cesse de croître, la prévalence des maladies bucco-dentaires, elle, stagne depuis les années 90 (1). L’heure n’est pas à la remise en cause de l’hygiène orale pour avoir des dents propres, mais celle-ci est loin de suffire à la bonne santé bucco-dentaire (2). Les études ne manquent pas sur l’impact crucial du sucre dans la maladie carieuse (3). Quant aux maladies parodontales, elles ne sont pas sans lien avec les apports en sucre (4), certains acides gras ou carences en micronutriments (5). L’objectif de ce travail a été dans un premier temps de faire des liens entre nutrition et maladies carieuse et parodontale, puis dans un second, de décrire la Consultation nutrition que nous avons créée dans le département d’odontologie pédiatrique de l’hôpital Henri-Mondor.

Nutrition et maladie carieuse

 

La maladie carieuse résulte d’une exposition fréquente aux carbohydrates fermentescibles, favorisant dysbiose polymicrobienne à l’origine de la déminéralisation de l’émail. La consommation de sucre est donc le facteur principal de la maladie carieuse, les autres facteurs décrits (flux et composition salivaire, qualité des tissus dentaires, usage de fluorure, plaque bactérienne…) pouvant être considérés comme modulateurs.

 

L’OMS recommande un apport en sucre inférieur à 10 % des apports énergétiques quotidiens (6) (et conseille même idéalement de ne pas dépasser les 5 %), soit environ 5 carrés de sucre par jour pour un jeune enfant. Pourtant, seuls 17 % des enfants français respectent cette recommandation (7). Il ne faut pas oublier que le sucre est présent non seulement dans les bonbons et sodas, mais aussi dans beaucoup de produits ultra-transformés. Certaines alternatives comme le sucre de canne complet, riche en minéraux, sont moins cariogènes (8). De plus, certains polyphénols issus des baies (raisin, canneberge) réduiraient la déminéralisation de l’émail.

 

A noter que la vitamine D renforce les tissus dentaires et est à l’origine de la production de peptides antimicrobiens. Sa carence chez la femme enceinte ou chez l’enfant entraîne plus de risque de caries précoces (9).

 

Nutrition et maladie parodontale

 

Les maladies parodontales sont des inflammations chroniques des gencives et la nutrition joue un rôle dans leur installation. D’abord, le sucre et les aliments ultra-transformés : une consommation excessive favorise un état inflammatoire et une dysbiose buccale, à l’origine d’une part de gingivite chez l’enfant (10), d’autre part, d’insulino-résistance à long terme, contribuant à l’inflammation systémique.

 

Par ailleurs, les acides gras : une insuffisance d’oméga-3 (poissons gras, noix, lin) par rapport aux oméga-6 (huile de tournesol, charcuterie…) crée un terrain inflammatoire (11). Enfin, certaines carences en vitamines et minéraux : la vitamine D, qui joue un rôle immunomodulateur, améliore la réponse aux traitements parodontaux (12). La vitamine C a un effet antioxydant, indispensable pour la santé gingivale, sa carence aggrave les saignements et la parodontite. Mais les vitamines A, du groupe B, le magnésium et le calcium interviennent également.

 

Création d’une consultation nutrition

 

La consultation nutrition en odontologie pédiatrique se déroule en plusieurs étapes et s’aide de support que nous avons créés. Au préalable, l’enfant aura réalisé un journal alimentaire (l’enfant ou son parent note son alimentation sur une semaine et nous fait parvenir les informations, en amont de la consultation).

  • Analyse du journal alimentaire (Fig. 1) : un diagramme alimentaire personnalisé est établi pour visualiser les excès et les carences.
  •  Notions sur le sucre (Fig. 2 et 3) : nous lui présentons les quantités de sucre cachées dans des aliments qu’il consomme au quotidien. Ensuite, nous faisons des propositions d’alternatives plus saines (fruits frais plutôt que jus de fruits, oléagineux plutôt que chips transformées souvent sucrées).

  • Notions sur les acides gras (Fig. 4) : nous présentons les bons (oméga-3) et les mauvais acides gras (acides gras trans, saturés), ainsi que les huiles et les aliments dans lesquels ils sont présents.



  • Notions sur les vitamines (Fig. 5) : nous expliquons à l’enfant que chaque couleur d’aliments correspond à un groupe de vitamines, alors pour avoir de toutes les vitamines, il faut avoir une assiette colorée.
  • Conclusion de la consultation (Fig. 6) : elle se base sur une pyramide alimentaire et rappelle que la base de l’alimentation est l’eau, les légumes et les fruits, puis les féculents, la viandes/le poisson/produits laitiers et enfin, les sucres libres, qui ne sont pas indispensables. Il faut donc réduire la consommation de sucres libres, améliorer les apports en graisses et bien sûr encourager les parents d’avoir une démarche familiale d’amélioration de l’alimentation.

 

Conclusion

 

Les maladies bucco-dentaires sont le plus souvent le reflet d’une alimentation inadaptée, pouvant avoir sur le long terme, un impact sur la santé au sens plus large. Il est donc essentiel de s’intéresser de près à ce qu’il y a dans les assiettes de nos patients et ce dès le plus jeune âge, pour leur inculquer au plus tôt de bonnes habitudes.

Concernant notre consultation, après quelques efforts initiaux et progressifs, il n’est pas si compliqué de réduire sa consommation de sucres libres, d’augmenter celle en bons acides gras et d’intégrer plus de micronutriments. Il est important de rester réalistes pour obtenir des changements pérennes. Idéalement, des séances d’éducation thérapeutique familiale aideraient à ancrer ces changements

 

 

Bibliographie

1/ Kassebaum NJ, Smithag C, Bernabé E, Fleming TD, Reynolds AE, Vos Tet al. GBD 2015 Oral Health Collaborators. Global, regional, and national prevalence, incidence, and disability-adjusted life years for oral conditions for 195 countries, 1990-2015: A systematic analysis for the global burden of diseases, injuries, and risk factors. J Dent Res. 2017;96(4):380-7

2/ Kumar S, Tadakamadla J, Johnson NW. Effect of Toothbrushing Frequency on Incidence and Increment of Dental Caries:A Systematic Review and Meta-Analysis. J Dent Res. 2016;95(11):1230-6.

3/ Sheiham A, James WPT. Diet and dental caries: the pivotal role of free sugars reemphasized. J Dent Res. 2015;94(10):1341-7.

4/ Kusama T, Nakazawa N, Takeuchi K, Kiuchi S, Osaka K. Free sugar intake and periodontal diseases: a systematic review. Nutrients. 2022;14(21):4444.

5/ Martinon P, Fraticelli L, Giboreau A, Dussart C, Bourgeois D, Carrouel F. Nutrition as a key modifiable factor for periodontitis and main chronic diseases. J Clin Med. 2021;10(2):197.

6/ https://www.who.int/fr/news/item/04-03-2015-who-calls-on-countries-to-reduce-sugars-intake-among-adults-and-children

7/ Maillot M, Privet L, Vaudaine S, Lluch A, Darmon N. Enfants et adultes forts consommateurs de sucres libres en France : quels changements alimentaires pour respecter les recommandations nutritionnelles ? Cahiers de nutrition et de diététique 2017;52S: S66-S79.

8/ Béguin M. Aliments naturels dents saines. Édition de l’Étoile. 1979.

9/ Pu R, Fu M, Li N, Jiang Z. A certain protective effect of vitamin D against dental caries in US children and youth: A cross-sectional study. J Public Health Dent. 2023;83(3):231‑8.

10/ Woelber JP, Gebhardt D, Hujoel PP. Free sugars and gingival inflammation: A systematic review and meta-analysis. J Clin Periodontol. 2023;50(9):1188-1201

11/ DiNicolantonio JJ, O’Keefe JH. Importance of maintaining a low omega-6/omega-3 ratio for reducing inflammation. Open Heart. 2018;5(2):e000946.

12/ Hiremath VP, Rao CB, Naik V, Prasad KV. Anti-inflammatory effect of Vitamin D on gingivitis: a dose-response randomised control trial. Oral Health Prev Dent. 2013;11(1): 61-9.