Quand l'intelligence artificielle permet de... mieux se laver les dents

 Le Point.fr, publié le 23/03/2017

Qui pensait en 1956 que l'intelligence artificielle nous permettrait de mieux nous laver les dents ? C'est en effet cette année-là, lors la conférence de Dartmouth, dans le New Hampshire, que le docteur en informatique John McCarthy a mis des mots sur le concept, culotté pour l'époque, de l'intelligence artificielle : « Chaque aspect de l'apprentissage, ou toute autre caractéristique de l'intelligence, peut être si précisément décrit qu'une machine peut être conçue pour le simuler. » McCarthy, qui enseigne au MIT, va trouver un précieux relais en la personne de Marvin Minsky, un prof de Carnegie Mellon. Avec ses étudiants, ce dernier – sur sa plaque d'immatriculation, il avait inscrit « Fais de l'arithmétique ou bien tu seras condamné à dire n'importe quoi ! » – met au point un ordinateur pour contrer ceux de l'Union soviétique.

 

Plus tard, la science-fiction n'a cessé de mettre en scène ces intelligences différentes, parfois bien supérieures à ce dont sont capables les humains, comme dans La Cité des permutants de l'Australien Greg Egan ou encore 2001, l'odyssée de l'espace dans lequel Stanley Kubrick donne la parole à Hal 9000, une machine qui réfléchit par elle-même. Très vite, on comprend alors que le sens du mot « robota » (« travail forcé »), énoncé par le Tchèque Karel Capek en 1922 pour désigner des automates, considérés alors comme des esclaves, allait vite être dépassé.

 

Une course mondiale sans précédent

 

Mais voilà, l'intelligence artificielle est aujourd'hui partout, permettant aussi bien de rêver que de réussir un bon brossage de dents. Au programme, le deep learning qui, en s'appuyant sur une base de données, permet à la machine de nous délivrer des conseils de bon sens. L'intelligence artificielle suscite aussi beaucoup de craintes qu'il faut savoir surmonter, comme l'explique ici Laurence Devillers, professeur à la Sorbonne, chercheur au CNRS et auteur chez Plon de Des robots et des hommes. Mythes, fantasmes et réalité. Sur ce sujet, notre guide de survie écrit par Beatrice Parrino et Guerric Poncet à l'occasion de notre numéro spécial peut être très précieux. En effet, comme l'explique Thomas Friedman, l'auteur américain de Merci d'être en retard (éditions Saint-Simon), « maintenant, pour réussir, il faut remettre à jour ses compétences tous les six mois ».

 

Car l'intelligence artificielle est au cœur d'une course mondiale sans précédent. Les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud l'ont bien compris, eux qui ont mis au point des plans de développement gouvernementaux. La France vient de s'y mettre avec son plan France IA. Cette initiative fait suite à la consultation de quelque 500 experts, répartis en 17 groupes de travail, qui ont planché sur la manière de développer la filière de l'intelligence artificielle en France. Parmi les recommandations figurent de la pédagogie auprès du grand public mais aussi un meilleur transfert de nos compétences vers l'industrie. Or, des compétences, nous en avons ! Le fait que le mathématicien Yves Meyer ait décroché le prix Abel, le quatrième Français à se voir décerner depuis 2003 cette récompense mathématique, est une bonne nouvelle. La France forme des têtes bien faites. Mais il faut faire vite : d'après un classement que publie Le Point cette semaine, en termes de financements reçus par les entreprises d'intelligence artificielle entre 2012 et 2016, la France arrive huitième, derrière les États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, le Canada, l'Allemagne, Israël et le Japon.

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