AON. Comment avez-vous appris que vous seriez le prochain directeur scientifique de l’ADF et qu’avez-vous ressenti ?
Charles Toledano. Tout d’abord je dois avouerque je n’aurais jamais imaginé être un jour nommé directeur scientifique de l’ADF. J’y assiste depuis
que je suis étudiant et l’ADF est une institution pour la plupart des dentistes français. Même si mon parcours professionnel m’a amené à faire, un peu par hasard & un peu par amitié, de
l’enseignement depuis plusieurs années aux côtés de René Serfaty, mon mentor, et aux côtés d’Olivier Étienne, mon acolyte
de toujours, je suis d’abord un omnipraticien depuis 30 ans dans mon cabinet dentaire à Strasbourg. Ma première conférence à l’ADF était certainement une de mes plus
grandes sources de stress mais
aussi une de mes plus grandes fiertés et je n’ai cessé depuis environ 20 ans d’être présent. Aussi, lorsque Julien Laupie et Doniphan Hammer, les secrétaires
généraux de l’ADF, m’ont téléphoné en juin 2024 pour me proposer de diriger le programme scientifique du congrès 2025, ça a été non seulement une grande surprise pour le praticien libéral que je
suis mais surtout une immense fierté… et une grosse pression !
Je n’ai donc pas hésité une seule seconde à accepter cette charge de travail, qui ne se refuse pas, que j’ai pris comme une reconnaissance de mon éternel désir de rapprocher au maximum l’enseignement scientifique de la clinique de terrain.
AON. En quoi consiste réellement le rôle de directeur scientifique ?
C.T. Le programme est aujourd’hui finalisé et a été diffusé. Avec le recul, j’ai le sentiment d’avoir principalement eu 3 taches lors de sa conception.
1. Définir une direction : l’ADF est le plus grand congrès d’omnipratique français. C’est une machine bien rodée sous la houlette de ses 2 secrétaires généraux, mais aussi du comité de pilotage constitué de Laurent Gineste, Christian Verner et Marwan Daas. Ils connaissent tous les rouages de l’organisation et n’oublient pas l’humain dans leurs conseils judicieux. Ils n’avaient donc pas vraiment besoin de moi pour créer un programme scientifique mais ils sont très attachés à ce que chaque directeur scientifique amène sa propre vision, sa patte en quelque sorte. Mon souhait est que chaque confrère puisse assister à des conférences sur les thèmes qui l’intéresse, qu’il découvre des nouveautés qu’il ne suspectait peut-être pas, et surtout qu’il y trouve une possibilité d’application clinique immédiate le lundi qui suit. Pour ma part, j’attends d’un conférencier qu’il m’explique des protocoles cliniques validés scientifiquement, pérennes et réalisables au cabinet. Je ne suis pas un artiste et j’ai besoin de comprendre et d’être mis en confiance pour appliquer. Je considère donc que mon rôle est de rapprocher le clinicien du scientifique pour n’en faire qu’une seule et même personne. J’espère que nous réussirons, avec mon comité scientifique, à être au plus près des attentes de chacun.
2. Bien m’entourer : j’ai constitué un comité scientifique pour chaque discipline. J’ai bien sûr choisi des experts à la pointe des connaissances de leurs spécialités, mais aussi et surtout des personnes passionnées et habituées à l’enseignement post universitaire pour être capable d’apporter des réponses aux questions que se posent nos confrères. Ma cogestion du D.U. d’esthétique du sourire de Strasbourg depuis 20 ans m’a permis de créer un large réseau d’enseignants amis, et m’a appris à être attentifs aux questions, même les plus pragmatiques, que se posent les praticiens au quotidien. C’est cette philosophie qui a guidé nos réunions. Permettez-moi donc de citer les experts de mon comité car nous avons créé une ambiance amicale et quasi familiale avec le souhait constant de proposer des séances intéressantes :
3. Faire des choix : il a fallu choisir entre les nombreuses séances que chaque membre du comité a proposé pour créer un programme cohérent, complet et attractif selon notre vision des attentes de la profession. Ce choix a généralement été fait en concertation avec toute l’équipe. Mais il faut savoir que pour une centaine de conférences validées, 2 à 3 fois plus avaient été proposées et de fait, chaque conférence écartée un crève-cœur pour mon comité.
AON. Quelles seront les moments phares de l’édition 2025 ?
C.T. Le recul clinique me semble un élément fondamental dans le choix de nos thérapeutiques, en particulier à l’heure des nombreux cas cliniques publiés sur les réseaux sociaux sans suivi à long terme, sans validation scientifique et qui ne peuvent être à eux seuls une source de formation fiable. Nous avons donc tenu à organiser une séance gratuite et ouverte à tous le jeudi matin avec plusieurs conférenciers de grand renom et surtout de grande expérience, appelée Recul clinique : l’heure de vérité !
J’ai aussi souhaité mettre l’accent sur des formats courts et immersifs comme des Battles sur les vertiprep vs préparations à congés ou sur les facettes vs composites injectés ou encore Les rencontres avec Marwan Daas, Eric Van Dooren ou Stephan Kouby par exemple.
Il m’a enfin semblé important de proposer des séances et des TP ouverts aux binômes praticiens/ assistantes car le patient est soigné par une équipe où chacun a un rôle important à jouer.
AON. Comment voyez-vous l’avenir de notre profession ?
C.T. L’université joue parfaitement son rôle dans la formation initiale mais nos jeunes confrères manquent parfois de pratique en démarrant leur activité et apprennent une masse de connaissance très tôt dans leur cursus. L’avènement des centres dentaires, la politique de santé, le covid, la diminution du temps de travail, l’intelligence artificielle etc… sont autant de facteurs susceptibles d’influer sur leur mode d’exercice et leurs rapports aux soins et à l’accueil des patients.
A contrario, les praticiens plus expérimentés sont très demandeurs de solutions thérapeutiques pérennes et pratiques mais aussi de solutions à la gestion des échecs.
Pour ces raisons, la formation post universitaire est nécessaire et la formation présentielle l’est encore plus car elle permet de partager, d’échanger, de découvrir et de toucher. Nous avons un métier merveilleux, intéressant, valorisant et la formation est le secret pour en tirer plaisir et sérénité, pour donner ou redonner du sens à son travail. Notre profession n’a pas d’avenir sans une formation de qualité, à tout âge et quelquefois notre statut.
Acceptons la remise en question, ouvrons-nous à de nouveaux horizons, changeons nos habitudes pour retrouver la passion de la dentisterie.
AON. Pour finir cette entretien, l’ADF 2025 en un mot ?
C.T. La famille!!!
Parce que l’ADF, c’est la confraternité, la convivialité, l’échange, le partage, la solidarité, les dernières nouvelles, les derniers potins, Paris, ses soirées…
Avez-vous compris que j’adore l’ADF??? 😊
