L'interview de... Nicolas Boutin

Co-gérant de SAPO Implant

AO news #83 - juillet 2026


AONews. Qui est Nicolas Boutin et quel a été votre parcours ?

 

Nicolas Boutin. Je suis chirurgien-dentiste, installé à Paris 15e. J'ai une activité qui est spécifique à l’implantologie et à la chirurgie orale.Thésé en 2000 (Paris V), je me suis vite orienté vers l'implantologie. En effet, j'ai fait ma thèse avec le professeur Gaudy qui m'a très vite amené à SAPO Clinique et SAPO Implant, puisqu’il en est le fondateur ! J'ai vite eu une très grosse expérience de la 3D et du Conebeam, puisqu’on était le deuxième cabinet à s'équiper de Conebeam en France en 2006.

Bernard Canas et Luc Gillot, les deux co-gérants de SAPO à l'origine, m'ont demandé de venir moderniser le module d'imagerie. À partir de 2008, j'ai évolué avec eux, créant avec eux certains cours. Voilà en résumé mon parcours.

 

AON. Qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser en implantologie ? Avez-vous eu des mentors marquants et qu’ont-ils apporté à votre évolution ?

 

N.B. Ce qui m'a conduit à me spécialiser en implantologie, c'est l'aspect chirurgical du métier. Je n'ai jamais voulu faire dentaire ! Personne dans ma famille n'est dentiste, je voulais être vétérinaire, mais trop mauvais en math. Mon père, aujourd’hui retraité médecin généraliste, m'a dit : t'adore les matières scientifiques, les cellules, etc., donc inscris-toi en médecine et tu verras bien ce que tu fais. Ce que j’ai fait, sans aucune vision..

J'ai passé deux magnifiques années à Cochin, mes meilleures années de fac, avec une bande de copains, on a vraiment bien rigolé. Parallèlement, on a quand même beaucoup travaillé et j'ai eu dentaire ! Depuis l'âge de 15 ans mon père m'avait mis dans les bras d'une directrice de clinique à Boulogne et j’ai très vite brancardé le samedi, les vacances scolaires pour gagner un peu d'argent de poche. J'ai vécu dans le bloc opératoire en immersion totale, et adoré l’ambiance. J'ai vu des chirurgies de cerveau, des chirurgies cardiaques, des prothèses de hanches, puis tout un tas de chirurgie quand j'ai eu dentaire.

J’ai quatre mentors qui m’ont marqué. Le premier, c'est le professeur Gaudy, un professeur passionné grâce auquel j’ai adhéré à l'anatomie, aux dissections. A l'époque, on disséquait encore la face au laboratoire d'anatomie. Puis, à la clinique dans laquelle je travaillais, j’ai rencontré le docteur Périsselle. J’ai fait ma thèse avec eux deux, ils ont beaucoup compté pour moi.

Puis il y a Luc Gillo, que j'ai peu connu longtemps malheureusement, mais duquel j'étais proche. Enfin évidemment, Bernard Canas envers qui j'ai une énorme reconnaissance.

 

AON. Pour ceux qui ne connaissent pas encore la SAPO, pourriez-vous nous en dire plus, et quel est votre rôle ?

 

N.B. Je suis co-gérant, associé à 50/50 avec Bernard Canas dans SAPO Implant. Notre rôle majeur est l’enseignement. Depuis 25 ans, SAPO Implant a une grande spécificité : l’anatomie. On mène également de grosses études avec des jeunes qui nous entourent. On fait des conférences nationales, internationales. On réfléchit sur les évolutions de techniques pour fluidifier les traitements implantaires pour nos patients. 

Nous proposons un cursus de base qui permet aux praticiens de s'initier à l’implantologie. On forme 80 praticiens par an depuis 25 ans et c’est complet sur 2 ans en moyenne. Parallèlement, nous avons des cours avancés sur les greffes par exemple, le flux numérique, les implants zygomatiques.. Et on est en train de remettre en place un module spécifique de masterclass de l'anatomie chirurgicale en partenariat avec l'université de Lille pour fin 2026.

 

AON. Vous êtes formateur et conférencier. Qu’est-ce que ces activités vous apportent en complément de votre pratique clinique ?

 

N.B. Enormément de choses  ! 

Partager les connaissances enseignées ! Faire de la formation et des conférences, ça permet de donner, de partager tout ce qu'on a appris, et de diversifier nos activités. C’est important dans mon équilibre personnel. Evidemment, toutes ces activités c'est énormément de rencontres, donc des échanges et des rapports humains qui sont vraiment fantastiques.

 

AON. Comment votre pratique clinique a-t-elle évolué au fil des années ? Le numérique y a-t-il joué un rôle déterminant ?

 

N.B . Je suis tombé dans le numérique assez tôt. L’équipe de la SAPO, notamment Bernard et Luc étaient déjà dès le début des férus de numérique, ils ont été les premiers à utiliser le logiciel de planification. 

Il y a une immense révolution ces 10 dernières années avec toute l'arrivée de la chaîne numérique qui révolutionne et bouleverse complètement notre travail au cabinet, même s’il faut rester raisonnable sans s'équiper de A à Z !!

Mais c’est quand même royal pou

 la gestion des urgences, au niveau du temps de gagné. 

 

AON. Selon vous, la chirurgie guidée est-elle devenue aujourd’hui incontournable, que ce soit pour la pose d’un implant isolé ou d’une arcade complète ?

 

N.B. Alors, je vais répondre à cette question de manière très terre à terre : pour moi, ni la chirurgie guidée ni la navigation ne sont incontournables !

Avec une très bonne connaissance de l'anatomie on peut poser une majorité de ces implants à un an, et dans les full arch avec extraction et implantation immédiate. Encore plus, parce qu'on a un outil de chirurgie guidée ou de navigation. C'est la navigation mentale, et notre œil est capable, grâce à notre cerveau, d'emmener notre main d’un point A à un point B. 

Je pense que la chirurgie guidée est vraiment nécessaire pour rassurer les jeunes praticiens dans leurs premiers implants et que la chirurgie full guided est vraiment réservée à des cas très particuliers. 

Pour le reste, méfiance ! Il y a énormément de choses à regarder en chirurgie guidée, notamment en flapless, l’os, la gencive attachée, la nécessité de clavettes..

La navigation, on en parle beaucoup. Je pense qu’ encore aujourd'hui, c’est un peu une usine à gaz à mettre en place dans les cabinets ! Si on a quelques racines et une bonne notion d'anatomie, on sait ouvrir un lambeau, on sait identifier des obstacles anatomiques et poser à main levée ces implants. Je peux vous garantir que, très rarement, on a des axes complètement aberrants sur nos poses d’implants. 

Je suis toujours très chirurgie à main levée, très full guided sur des indications particulières, je fais du piloté sur certaines indications. La navigation, j'ai arrêté. J'attends l'évolution des nouvelles machines pour voir un peu ce qu'on peut en faire. 

 

AON. Vous avez récemment publié un ouvrage intitulé Les 100 recettes fondantes sous la dent. Comment est né ce projet et quelle en est la philosophie ?

 

N.B. C'est une idée qui est partie de plusieurs choses. Tout d’abord mon goût pour la gastronomie française … et des questions de patients qui revenaient systématiquement quand je leur disais pendant les trois mois avec votre provisoire, après une mise en charge immédiate, il va falloir manger. Un jour, mon assistante de l'époque m'a dit :  vous adorez manger, vous adorez la bonne nourriture, et vos patients vous posent pleins de questions, alors écrivez un livre ! C’était parti. Je me suis donc rapproché d'un copain et surtout grand chef David Goulaz et lui ai demandé si ça le branchait d'écrire avec moi un livre de recettes pour les patients pour lesquels je faisais de la mise en charge. 

Et je me suis vite aperçu que ça ne concernait pas uniquement ces patients-là mais tous ceux en difficulté masticatoire : du jeune, à qui on resserre les bagues en orthodontie, des chirurgies maxillo- faciales orthognatiques, aux traumas en passant évidemment par les dents de sagesse, avulsions multiples, implantologie, mise en charge immédiate, sans compter les personnes âgées qui ont des difficultés à manger. Ce sont vraiment des recettes simples, mais revisitées par le chef ! Tout le monde peut s'y retrouver dans ce livre, et au moins un patient qui a trois mois de mise en charge immédiate peut se régaler.

On voulait aussi mettre en avant l'aspect plaisir, important pendant ces périodes de difficultés masticatoires ou post-chirurgicales, où les patients sont un peu down. Et comme on le sait la santé mentale est importante dans ces moments. Ce sont des recettes quand même relativement généreuses et pas du tout des recettes diététiques même si j’ai demandé à une nutritionniste exceptionnelle, Audrey Avot, de nous accompagner dans l’aventure. 

Pour ma part,  j'ai écrit plusieurs pages de préface sur la fonction dentaire, en insistant évidemment sur la fonction masticatoire, mais aussi sur toute autre afin que la nourriture devienne un vrai plaisir pour le bien-être et pour le cerveau.

 

AON. Saviez-vous que vous avez un homonyme étoilé Michelin ?! La gastronomie est-elle une deuxième passion après la dentisterie ?

 

N.B Je ne savais pas du tout, je le découvre ! Une deuxième passion après la dentisterie ? Non, et comme je vous l’ai dit la dentisterie n’est absolument pas une passion. 

J'adore la gastronomie, mais pas que... je préfère les vraies brasseries parisiennes sans étoile avec un savoir-faire des grands-mères!  J’ai eu la chance d'avoir des grands-mères à la campagne qui m'ont fait connaitre les festins campagnards. On commençait à midi, et on finissait à 17h, avec des poissons, des viandes, que d'autres amis de la ferme d'à côté allaient chasser. Bref, j'ai vécu avec cette idée-là de la gastronomie. Je suis très proche et fan de tout ce qui est directement du producteur au consommateur. Je cherche tout au marché et j'essaye évidemment d'acheter bio. 

J'adore cuisiner, puisque c'est un moment de partage, de plaisir et de convivialité. C'est toujours important d'avoir au moins un repas de famille, On est attachés à ça avec les enfants : un repas le week-end où on partage un bon plat tous les 4.

Mais ma vraie passion, c'est la musique. Je fais beaucoup, beaucoup… beaucoup de musique, et pour le coup, ça, c'est vraiment ce que j'appelle une passion !!!

 

AON. Quels projets personnels ou professionnels vous inspirent actuellement : nouvelles recherches, nouvelles formes de formation, ou développement de vos activités cliniques et pédagogiques :

 

N.B. Au niveau professionnel, voilà 25 ans que je travaille et je lève un peu le pied au cabinet pour justement me consacrer un peu plus à ma passion.

En revanche concernant les Sapos : 

  • on a l'équipe qui se renforce avec des jeunes qui arrivent vraiment très motivés ;
  • on a créée des nouveaux cours ;
  • on a le master class dans l'anatomie chirurgicale ; 
  • on a un SAPO Nouvelle-Calédonie à craquer (les praticiens de Nouvelle-Calédonie viennent à 30 en France pour qu'on leur fasse un cursus complet sur 13 jours) ;
  • on a trois grosses études qui sont en cours, validées par les statisticiens et qui vont, j'espère, sortir prochainement à l'international.

Au niveau personnel, mes projets, c'est de développer la musique, puisque je compose beaucoup, j'écris, je fais des clips, je m’éclate !

 

AON. Si vous pouviez chuchoter un conseil à l’oreille du jeune Nicolas au moment de sa rentrée en dentaire, que lui diriez-vous ?

 

N.B. Des choses assez banales, surtout de ne jamais lâcher. Quand on commence à avoir un peu de bouteille comme moi, c'est quand on a vécu un peu. On n’est pas parmi les plus jeunes, et pas non plus parmi les plus anciens. La vie n’est jamais un fleuve tranquille, que ce soit au niveau professionnel ou personnel. Les expériences, les soucis personnels, les soucis de santé familiale, les obstacles professionnels, nous apprennent qu'il faut bien agir, qu'il faut avancer, et surtout qu'il faut aller au bout de ses rêves.

Vraiment, ça, c'est une chose qui est ancrée en moi. Comme je l’ai dit sur ma chaine musicale YouTube, et sur quelques posts : quand on a envie de faire quelque chose, il faut le faire à fond, quel que soit le domaine. Je n'ai pas envie de me dire un jour m… ça, j'ai pas fait, je regrette. Je veux tout faire !!!

J'ai toujours voulu faire de la musique et je sais que je ne ferai jamais un Zénith ! En revanche, j'ai toujours envie de créer, de composer et peut-être que je vais me donner les moyens de le faire. Je prends des cours de guitare. Je fais de la batterie depuis très petit. Je prends aussi des cours de mixage, et puis, quand j'ai des compos qui me plaisent, je fais des clips que je sors sur les réseaux ou sur YouTube. Ils sont regardés ou pas, je m'en fous, je les fais !

J'avais toujours voulu faire le livre de cuisine, je suis arrivé au bout, je me suis battu.

Il n'y a donc pas que la dentisterie, mais énormément de choses et aussi du sport, beaucoup de sport. Il faut se donner du temps. La vie, on en a qu'une.

Donc, je dirais au jeune Nicolas investis-toi dans ton boulot à fond. Fais ce que tu veux faire, mais surtout laisse la place à tes autres passions et amène tes projets au bout. Et ne lâche rien.

 

Propos recueillis par Julien Biton