La santé dentaire et parodontale comme elle n’a jamais été abordée !
AON. Elisabeth Dursun, vous êtes à l’origine de la création de la société scientifique NuMiLO, alias Société de Nutrition, Micronutrition et Lifestyle en Odontologie, avec Jean-Pierre Attal et Philippe François. Quelle en est la genèse ?
Elisabeth Dursun. Cela fait pour ma part plus de dix ans que je m’intéresse à l’alimentation sur un plan personnel et je nourris cet intérêt en suivant de nombreuses formations en nutrition et en micronutrition. Jean-Pierre s’est également pris de passion pour le sujet et depuis maintenant un certain nombre d’années, nous avons pris conscience de son rôle crucial, et pourtant tellement peu pris en compte, dans la prévention et le traitement des maladies bucco-dentaires. Mais si la nutrition est déterminante, elle n’est que l’un des socles de la santé, le mode de vie (activité physique, gestion du stress, sommeil, exposition aux toxiques et relations sociales, mais aussi le lien avec la nature) joue un rôle tout aussi essentiel. A l’instar de la lifestyle medicine, qui aborde la prévention et la prise en charge des maladies chroniques par le mode de vie, nous avons souhaité développer une lifestyle dentistry, appliquée aux maladies chroniques bucco-dentaires. C’est ainsi que, lors d’un dîner en juillet dernier, avec Jean-Pierre Attal, Philippe François, Christine Muller et Hélène Gouze, nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure NuMiLO !
AON. En quoi s’imposait-elle davantage aujourd’hui ?
E.D. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un certain plateau en matière d’amélioration technique des soins bucco-dentaires. Bien sûr, ces progrès doivent se poursuivre, mais ils ne suffisent plus à eux seuls à répondre aux grands enjeux de santé bucco-dentaire.
Les maladies bucco-dentaires ne doivent plus être abordées uniquement sous l’angle local, restaurateur ou mécanique. Elles s’inscrivent dans un terrain biologique, métabolique, inflammatoire, immunitaire et comportemental.
Il nous semblait donc nécessaire de créer un espace scientifique permettant de penser autrement la santé orale : non pas seulement réparer, mais comprendre, prévenir et agir sur les causes profondes.
AON. Vous commencez fort puisque vous avez décidé d’organiser un grand congrès les 9 et 10 juillet ! Quels seront les points forts de cet événement ?
E.D. En créant la société, l’organisation de ce congrès a été d’emblée notre premier objectif ! Nous avions à la fois envie de partager notre vision intégrative de la dentisterie, mais aussi de renouer avec ce type de grand événement scientifique, comme nous avions déjà pu le faire par le passé dans le domaine des biomatériaux avec la SFBD, la Société francophone de biomatériaux dentaires.
L’objectif est de proposer aux praticiens des bases scientifiques solides, mais aussi des applications cliniques concrètes. Nous partirons des mécanismes physiopathologiques précis des maladies carieuse et parodontales, en abordant l’alimentation, la dysbiose, l’inflammation de bas grade, le stress oxydant, les carences micronutritionnelles pour arriver à une prise charge générale du patient dans le traitement de ces maladies bucco-dentaires. Par ailleurs, quand nous aborderons le stress et à l’activité physique, une partie sera dédiée à la gestion du stress et l’activité physique du praticien lui-même.
AON. Quel accueil avez-vous reçu des confrères et partenaires ?
E.D. L’accueil a été excellent. De nombreux collègues ont salué notre initiative, beaucoup étant littéralement emballés par cette approche ! Nous avons aujourd’hui plus de 280 inscrits, malgré une promotion finalement limitée à quelques publications sur les réseaux sociaux et au bouche-à-oreille. Nous comptons également de nombreux GRFistes parmi les participants. Du côté des partenaires, nos partenaires historiques issus des biomatériaux et de la santé dentaire nous font la fidélité de nous accompagner dans cette nouvelle aventure. Nous avons aussi été rejoints par de nouveaux partenaires, notamment issus du monde des compléments alimentaires, qui ont été ravis de voir les chirurgiens-dentistes entrer pleinement dans le champ de la micronutrition.
AON. Les praticiens sont sans cesse sollicité pour des events de plus en plus nombreux. Qu’est-ce qu’ils apprendront de particulier au congrès de NuMiLO ?
E.D. Ils commenceront déjà par apprendre que la santé dentaire ne repose pas uniquement sur le brossage des dents ! Le thème de notre congrès est d’ailleurs « La santé dentaire et parodontale, comme elle n'a jamais été abordée ! ». En effet, l’ensemble des notions que nous aborderons, ainsi que notre vision intégrative, n’ont jamais été proposés de cette manière dans un congrès dentaire. En outre, tous nos propos sont fondés sur une analyse rigoureuse et approfondie de la littérature scientifique.
Cette approche a aussi l’avantage de repositionner le chirurgien-dentiste au cœur de la santé générale. Non pas simplement en rappelant que la santé orale peut être impliquée dans de nombreuses maladies systémiques, mais en montrant que les maladies bucco-dentaires et les maladies chroniques non transmissibles partagent souvent des causes communes : alimentation défavorable, dysbiose, déséquilibres métaboliques, inflammation chronique, stress oxydant, troubles du mode de vie. C’est précisément ce changement de regard que nous voulons partager et donner aux praticiens des clés concrètes pour enrichir leur prévention et leur accompagnement des patients.
Renseignements et inscriptions : numilo.fr