Pose simultanée d’implants et régénération osseuse guidée avec gestion des tissus mous : étude d’un cas clinique

Dossier la Greffe Osseuse - AO News #77 octobre 2025


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Introduction

 

La réhabilitation des édentements postérieurs mandibulaires par implants dentaires représente un enjeu important en implantologie contemporaine. L’extraction des dents entraine une résorption osseuse tridimensionnelle dont la perte horizontale est plus marquée et rapide que la perte verticale, pouvant atteindre 50 % du volume initial dans la première année post-extraction (1). Cette perte osseuse compromet souvent la possibilité de poser des implants dans un axe idéal et nécessite des techniques d’augmentation osseuse pour recréer un volume suffisant (2).

 

La régénération osseuse guidée (ROG) s’est imposée comme une solution fiable pour l’augmentation osseuse horizontale et verticale, avec des résultats reproductibles et un taux de survie implantaire comparable à celui des implants posés dans l’os natif (3,4). La combinaison de la ROG et de la pose simultanée d’implants permet de réduire le nombre d’interventions et la durée globale du traitement, tout en maintenant une stabilité implantaire satisfaisante, sous réserve d’une planification rigoureuse et de la présence d’un volume osseux résiduel adéquat (5).

 

Par ailleurs, la stabilité des tissus mous péri-implantaires joue un rôle déterminant dans la pérennité des résultats. La présence d’une muqueuse kératinisée d’au moins 2 mm est associée à une réduction du risque de mucosite, de récession muqueuse et de perte osseuse marginale (6,7). La gestion des tissus mous par des techniques de greffes autogènes ou l’utilisation de matrices xénogéniques complète les stratégies de reconstruction osseuse (8).

 

Nous présentons ici un cas clinique illustrant la prise en charge d’un édentement mandibulaire postérieur par une pose simultanée d’implants et une ROG, associée à une greffe muqueuse secondaire. Les résultats sont discutés à la lumière des données actuelles de la littérature.

 

 

Matériel et méthode

 

Données cliniques

 

La patiente, âgée de 79 ans, non fumeuse, sans antécédents médicaux ou parodontaux notables, consulte pour la réhabilitation fixe des secteurs postérieurs mandibulaires. Elle porte une prothèse complète maxillaire bien tolérée, mais sa prothèse amovible mandibulaire est jugée inconfortable. L’examen clinique révèle un parodonte de type épais sur les dents résiduelles avec un bandeau de muqueuse kératinisée mesurant entre 1 et 2,5 mm au niveau des zones édentées. L’examen radiographique (CBCT) montre un édentement classé type IV selon la classification de Cawood et Howell, avec un défaut osseux vestibulaire classé type 2 selon Benic et Hämmerle (9,10). La largeur osseuse résiduelle est mesurée à 3 mm en moyenne, condition jugée suffisante pour permettre une pose simultanée d’implants avec ROG (11). (Fig. 1, 2, 3)

 

 

 

Planification et intervention chirurgicale

 

Une planification prothétique numérique et un guide chirurgical stéréolithographié sont réalisés. La pose de cinq implants (Global D Inkone®) est prévue, avec positionnement optimal selon l’axe prothétique. Le choix thérapeutique repose sur une ROG simultanée pour traiter les déhiscences osseuses vestibulaires, permettant de réduire la durée de traitement et le nombre d’interventions. L’intervention est réalisée sous anesthésie locale. Une incision crestale avec décharge mésiale est effectuée, suivie d’un décollement muco-périosté pour exposition complète de la crête (Fig. 4). La position des implants est guidée, avec un couple d’insertion supérieur à 35 Ncm dans la majorité des sites, garantissant une stabilité primaire, malgré l’exposition des spires implantaires en vestibulaire (Fig. 5, 6).

 


 Les défauts osseux sont comblés par un mélange d’os autogène prélevé localement par scrapping et de xénogreffe porcine (THE Graft™, Purgo Biologics)(Fig.7). Une membrane collagénique résorbable (Creos™ xenoprotect, Nobel Biocare) est fixée par des pins titane vestibulaires et linguaux (Master Pin™, Meisinger®) selon la technique de type « sausage » (12). Une sur-augmentation modérée est réalisée afin de compenser le remodelage osseux physiologique attendu (Fig. 8, 9, 10). La fermeture est assurée par des sutures en points matelassiers profonds et des points simples, garantissant une fermeture hermétique sans tension (Fig. 11, 12). Un CBCT de contrôle est réalisé en post-opératoire immédiat.

 


 

 

Gestion secondaire des tissus mous

 

Deux mois après l’intervention initiale, une greffe épithélio-conjonctive en maille expansée est réalisée afin d’augmenter la largeur de la muqueuse kératinisée péri-implantaire. Le greffon est prélevé au palais, incisé en maillage pour accroître sa surface, puis suturé au site receveur par des points simples et des sutures périostées (13).(Fig. 13 à 16)

 

Suivi

 

Des contrôles cliniques et radiologiques sont réalisés à 2 mois post-opératoires. Les critères évalués sont : le gain osseux horizontal, la stabilité implantaire, la largeur de muqueuse kératinisée et l’intégrité des tissus mous péri-implantaires.

 

 

 

Résultats

 

Le contrôle CBCT à 2 mois montre un gain osseux horizontal moyen de 3,8 mm, avec une restitution harmonieuse du profil osseux vestibulaire (Fig.17 et 18). Les implants présentent une stabilité primaire maintenue (>35 Ncm). Aucune exposition de membrane ni déhiscence muqueuse n’a été constatée. La greffe muqueuse a permis d’obtenir un bandeau kératinisé de 3 mm en moyenne, avec un tissu épais et immobile.

 

 

 

Discussion

 

La pose simultanée d’implants avec ROG constitue une approche validée dans la littérature pour les édentements postérieurs mandibulaires avec perte osseuse modérée. Les taux de survie implantaires rapportés sont supérieurs à 95 %, avec des résultats cliniques comparables à ceux obtenus dans l’os natif (4,14). Wessing et al. ont montré dans une méta-analyse que les gains osseux horizontaux obtenus par ROG avec membrane résorbable et greffon particulaire varient de 3 à 5 mm en moyenne (4).

 

Le choix d’un biomatériau mixte associant os autogène et xénogreffe porcine est fondé sur les propriétés ostéoinductrices de l’autogène et la stabilité volumique de la xénogreffe (15). La technique dite « sausage » contribue à maintenir l’espace de régénération pendant la phase critique de cicatrisation initiale (12). La membrane collagénique résorbable évite la nécessité d’une deuxième intervention pour son retrait, au prix d’une moindre rigidité par rapport aux membranes renforcées titane (16). Les comparaisons entre ROG et greffes en bloc montrent des taux de survie implantaires comparables, mais une résorption osseuse marginale légèrement supérieure dans les cas de ROG, notamment dans les augmentations supérieures à 5 mm (17). Selon Yu et Wang, un gain osseux horizontal de 3 à 6 mm justifie l’emploi d’une ROG renforcée ou d’une greffe en bloc selon les conditions locales (11).

 

La gestion des tissus mous est essentielle pour la stabilité à long terme des résultats. Plusieurs études confirment que la présence d’une muqueuse kératinisée d’au moins 2 mm réduit le risque d’inflammation, facilite l’hygiène et limite la récession (6,7,18). La greffe épithélio-conjonctive en maille expansée, utilisée dans ce cas, permet de maximiser la surface greffée tout en limitant la morbidité du site donneur (13). Cette technique s’inspire des greffes en maille utilisées en chirurgie plastique pour les brûlures (19). Jung et al. ont montré, dans un suivi à 5 ans, que la stabilité osseuse buccale après ROG simultanée est comparable à celle des implants posés dans l’os natif sous réserve d’une planification rigoureuse et d’une gestion appropriée des tissus mous (20). La planification guidée contribue par ailleurs à limiter les erreurs de positionnement implantaire, réduisant le risque de complications biologiques ou mécaniques (21).

 

Conclusion

 

La régénération osseuse guidée associée à la pose simultanée d’implants constitue une stratégie fiable et prédictible pour la réhabilitation des édentements mandibulaires postérieurs présentant une perte osseuse modérée. Le recours à des biomatériaux mixtes et à des membranes résorbables permet d’obtenir des gains osseux horizontaux satisfaisants avec une morbidité réduite. La gestion des tissus mous, intégrant les techniques de greffes autogènes adaptées, est indispensable pour garantir la stabilité des résultats et la santé péri-implantaire à long terme. La planification rigoureuse et le suivi clinique attentif sont des conditions essentielles à la réussite de ce type de prise en charge.

 

 

Bibliographie :

 

1. Buser D, Urban I, Monje A, Kunrath MF, Dahlin C. Guided bone regeneration in implant dentistry: Basic principle, progress over 35 years, and recent research activities. Periodontol 2000. 2023;93(1):9-25.

2. Cawood JI, Howell RA. A classification of the edentulous jaws. Int J Oral Maxillofac Surg. 1988;17(4):232-6.

3. Dahlin C, et al. Guided bone regeneration: current knowledge and future directions. Clin Oral Implants Res. 2019;30(10):972-86.

4. Wessing B, et al. GBR with collagen membranes and particulate grafts: A systematic review and meta-analysis. Int J Oral Maxillofac Implants. 2018;33(1):87-100.

5. Peev S, et al. Guided bone regeneration and simultaneous implant placement. 2016.

6. Sanz M, Schwarz F, Herrera D, et al. Importance of keratinized mucosa around dental implants: Consensus report. Clin Oral Implants Res. 2022;33(Suppl 23):47-55.

7. Derks J, Wennström J. Is there a need for keratinized mucosa around implants? Clin Oral Implants Res. 2012;23(Suppl 6):136-46.

8. Oh SL, et al. Keratinized mucosa augmentation for dental implants: Meta-analysis. J Prosthodont Res. 2024;68(1):67-77.

9. Benic GI, Hämmerle CHF. Horizontal bone augmentation by means of guided bone regeneration. Periodontol 2000. 2014;66(1):13-40.

10. Jung RE, et al. CBCT evaluation after GBR and implant placement. Clin Oral Implants Res. 2015;26(1):28-34.

11. Yu SH, Wang HL. Updated decision tree for horizontal ridge augmentation. Int J Periodontics Restorative Dent. 2022;42(3):341-9.

12. Pieroni S, et al. Sausage technique in crestal buccal bone thickness. Dent J. 2024;12(6):180.

13. De Greef A, et al. The expanded mesh free gingival graft. Clin Adv Periodontics. 2024;14(3):157-64.

14. Török B, et al. Immediate implants placed in mandibular bone reconstructed with screw-guided bone regeneration. Clin Implant Dent Relat Res. 2022;24(2):211-21.

15. Urban IA, et al. Horizontal ridge augmentation with a collagen membrane and bone mixture. Int J Periodontics Restorative Dent. 2013;33(3):298-307.

16. Arnal HM, et al. Horizontal GBR on knife-edge ridges. Clin Implant Dent Relat Res. 2022;24(2):211-21.

17. Sánchez-Sánchez J, et al. Horizontal ridge augmentation: Khoury vs Urban. Biology. 2021;10(8):749.

18. Roccuzzo M, et al. Keratinized mucosa around implants: 10-year study. Clin Oral Implants Res. 2016;27(4):491-6.

19. Thollot A, Chaleil R. Optimiser la gestion gingivale secondaire. Titane. 2021;18(2):129.

20. Jung RE, et al. Long-term outcomes of GBR and implant placement. Clin Oral Implants Res. 2015;26(1):28-34.

21. Poli PP, et al. Computer-guided implant placement with bone regeneration. J Dent Sci. 2021;16(1):333-41.