Le Wokisme quels défis pour la République ?

Colloque organisé par la Commission Nationale Valeurs de la République du B’nai B’rith France

AO News #62 - Novembre 2023


 Viviane Meyer, présidente de la Commission Valeurs de la République et organisatrice de la soirée, avec (de g. à dr.) Jean-François Braunstein, Pascal Brukner, Ruben Rabinovitch et Jean-Michel Blanquer

 

Le 16 mai dernier, nous avons eu l’occasion d’assister à une soirée passionnante en la présence de trois écrivains, essayistes, philosophes, professeurs : Bérénice Levet (Le courage de la dissidence), Jean-François Braunstein (La religion Woke) , et Pascal Bruckner (Un coupable presque parfait). Le colloque a été introduit par Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, et modéré par Ruben Rabinovitch, psychologue/psychanalyste avant d’être conclu par le président du B’nai B’rith France, Philippe Meyer. Nous avons choisi de vous faire découvrir, ou approfondir les thèmes de ce courant dont nous entendons parler de plus en plus.

 

Rappelons que le B’nai B’rith, institution vieille de 180 ans, s’attache à respecter les valeurs humanistes, de solidarité, de lutte contre l’antisémitisme, le racisme, et contre toutes les discriminations et donc rejette tous les propos haineux. Le choix de la commission Nationale Valeurs de la République dont les objectifs sont la mise en valeur du bien commun, le respect de l’esprit citoyen, et le rejet de toute déconstruction/exclusion, limitation de la pensée, c’est donc avec cette approche que ce débat s’est construit.

 

Dès l’introduction du débat, les questions fondamentales ont été posées : De quoi parle-t-on ? Est-ce important ? Comment le combattre et avec quels outils ? Les intervenants ont développé ces différents points en forme de trilogue, et les extraits de la synthèse d’Anne Corcos* vont permettre d’en savoir plus.

 

Définition du terme wokisme : à l’origine, dans les années 1965 aux États- Unis, ce terme signifiait être éveillé aux questions raciales, aux enjeux socio-économiques. Actuellement il intègre en sus, d’autres dimensions dont les droits des LGBT et s’érige en censure et en réévaluation du passé.

 

Origines du Wokisme

Issu des universités américaines, le phénomène woke a connu ces dernières années un succès croissant. Il s'est propagé au-delà des facultés de sciences humaines pour atteindre les domaines des mathématiques, de la physique et de la biologie. Cette diffusion s'est également étendue aux milieux politiques, éducatifs et professionnels, et même à l'enseignement primaire et secondaire. Au lieu de se battre au nom du prolétariat, du tiers-monde et des opprimés, le Wokisme – tiers-mondisme d'un genre nouveau – combat l'homme blanc hétérosexuel, présumé raciste, à qui il reproche les Lumières, l'industrie, la science et le productivisme.

 

Le Wokisme, religion du XXIème siècle ?

Comme les religions, le Wokisme remet en question le rationalisme et l'humanisme et critique la suprématie de la raison et des sciences. Ainsi, par la théorie du genre, le Wokisme nie l'importance du corps et promeut l'idée selon laquelle chaque individu devrait pouvoir choisir son sexe. Le prosélytisme et la pratique de rituels symboliques, (s'agenouiller lors de la mort de George Floyd ou brûler des livres au Canada) sont d’autres traits religieux du Wokisme, tout comme l’utilisation du terme woke, emprunté à la culture noire qui est perçu comme une révélation.

 

La dynamique du succès

On peut s’interroger sur les raisons pour laquelle des individus apparemment raisonnables adhèrent à des idées telles que des hommes sont enceints ou les mathématiques sont racistes.

 

Trois éléments majeurs expliquent le succès du Wokisme.

- Tout d’abord la nature de la relation qui unit ses protagonistes, une forme de démence mutuelle, un couple où s'affirme une dynamique auto-entretenue de dominant-dominé, empreinte de sado-masochisme. L'Occident s’éduque dans un sentiment de haine envers lui-même : l’homme est sommé de prendre conscience de son privilège blanc et de se repentir auprès de ceux qu'il a offensés. L'actrice Rosanna Arquette s'est elle-même exprimée en ces termes : Je suis désolée d’être blanche et privilégiée. Cela me dégoûte. Et j’ai tellement honte.

- En second lieu, l’idéologie de négation des corps entre en résonance avec le monde virtuel des GAFAM et le concept du Metavers, qui promet une réalité virtuelle illimitée permettant de changer de sexe ou de race par un simple clic. Cette mise à distance du corps alimente également l'idéologie transhumaniste qui conçoit la possibilité de télécharger sa conscience dans un corps parfait.

- Une ultime raison de ce succès tient à l'effondrement de l'école et à un manque de culture patent. La suppression des épreuves de culture générale en France a limité la connaissance de figures historiques importantes et permis des interprétations réductrices. Ainsi, réduire Colbert au Code noir ou associer Voltaire au racisme c’est ne pas avoir lu ni compris leurs œuvres.

 

La minorité juive et le Wokisme

À l'origine, les juifs partageaient avec les Afro-Américains le statut de minorités opprimées et marginalisées. Cependant, l’apport du judaïsme par les valeurs universalistes qu’il véhicule, son intégration dans la société ont été des éléments qui ont contribué à largement dissoudre leur alliance et à faire émerger un afrocentrisme. De plus, l’antisémitisme wokiste est aussi lié à un antisionisme militant, Israël étant perçu comme l’agresseur colonialiste par excellence.

 

Selon cette perspective, les contributions majeures de la civilisation subsaharienne auraient été délibérément négligées, voire dissimulées, par la communauté scientifique occidentale. La jalousie suscitée par l'Holocauste a également contribué à creuser un fossé entre ces deux minorités, générant ainsi une compétition victimaire intense. Certains soutiennent que le nombre de victimes de la traite des Noirs dépasse celui de l'Holocauste, reléguant ainsi le statut de "victimes" des Juifs à un rang inférieur. Aujourd’hui, les Juifs sont confrontés à une double impasse. D'un côté, ils sont accusés d'avoir usurpé la place des Noirs, certains groupes noirs de New York se considérant comme les véritables représentants des tribus d'Israël. De l'autre côté, ils sont assimilés aux hommes blancs, ce qui les place automatiquement en complicité avec les crimes commis par les Blancs et les rend coupables d'avoir participé à la traite des Noirs.

 

Le nécessaire retour aux fondamentaux

On ne peut qu’être pessimiste face à l’expansion de cette croyance idéologique qui semble échapper à la raison et s’inquiéter de l'impact sur les jeunes générations, qui sont confrontées à une morale oppressante imposée par le Wokisme.L’obsession actuelle pour l'identité se fait au détriment de la connaissance approfondie qui seule permet de remettre en question les certitudes et de favoriser la découverte. L’éducation et le retour aux fondamentaux à l’école et à l’université permettraient de valoriser, outre la science, l’histoire, l’art et la géographie.

 

* Anne Corcos, Commission Nationale Valeurs de la République