Apport du numérique en dentisterie et en esthétique : point de vue du prothésiste

AO News # 25 - Dossier Spécial : La CFAO à l'Université de Montpellier

Il n y a plus de question à se poser ; le numérique est bien là. Il fait partie de notre pratique de tous les jours. Aujourd’hui, les outils sont totalement aboutis ; ils apportent des possibilités infinies dans notre pratique et dans notre coopération quotidienne dentistes- prothésistes grâce à la technologie numérique mais aussi grâce l’apparition et à l’évolution de nouveaux matériaux usinables comme la zircone.

La liste des avantages pour le laboratoire est importante : plus d’empreinte à décontaminer, plus de risque de distorsion des matériaux en fonction de l’hydrométrie , de la température du temps passé, plus de bulles de sang qui peuvent nous engendrer des pertes d’informations des limites, plus d’expansion du plâtre à gérer … la liste est longue. Mais pour le cabinet aussi, car grâce à l’empreinte optique, outre le confort pour le patient, c’est le résultat d’adaptation des prothèses qui nous frappe en premier. Finis les aléas d’un matériau capricieux qui se déforme suite aux aléas climatiques, hydrométriques ou tout simplement de manipulation.

Le numérique c’est aussi aujourd’hui la chirurgie guidée qui est un avantage pour le laboratoire de préparer ainsi un vrai projet prothétique et pour le praticien de mieux prévoir ses axes et de fait utiliser moins de piliers angulés, ce qui génère une économie non négligeable.


Il faut savoir que depuis de nombreuses années, les laboratoires utilisent déjà cette technologie et scannent les modèles en plâtre issu des empreintes classiques pour réaliser les armatures ou tout type de travaux. En France, déjà 60 % des laboratoires de prothèse dentaire sont équipés de système de conception et de fabrication numérique. Ils savent déjà que ces outils apportent une sécurité accrue et surtout leurs permettent d’être reproductibles en termes d’ajustage. Cependant, cet ajustage ne sera optimal que s’il reçoit pour travailler un fichier numérique de bonne qualité qui, de fait, va supprimer de sa chaine de fabrication les aléas de l’empreinte physique. L’intérêt pour le laboratoire est donc multiple. Les limites des préparations peuvent être très facilement dessinées par le praticien avant envoi du fichier. D’un simple clic, le travail à l’instant T se retrouve dans le flux de production du laboratoire et réduit considérablement les pertes de temps et de distance entre le laboratoire et le cabinet. La conception même d’un bridge permet de réduire les facteurs de casse car ici les bridges sont calculés en fonction du choix des matériaux et les connexions des travaux sont mathématiques et non empiriques.

Bien sur l’outil numérique et ses matériaux peuvent nous imposer la réalisation d’un modèle, indispensable pour réaliser par exemple une stratification sur un bridge zircone. Rien de plus facile à cela ; le laboratoire, via un logiciel bulder, peut en même temps qu’il usine son armature dans un disque de zircorne, réaliser via une imprimante 3D son modèle pour la stratification. Sans celui-ci, il ne peut que réaliser des céramiques mono teinte maquillées type cerec ou bien utiliser la « full zircone » qui n’apporteront jamais le mimétisme et l’intégration inégalée d’une céramique stratifiée, composée en moyenne pour 8 ou 9 dégradés et chevauchement de matière et de couleur.

Lors d’un récent voyage professionnel, un exemple m’a interpelé et marqué aux USA. Celui du laboratoire Glidewell qui a investi en CFAO et FAO. Le développement lui a permis de passer aujourd'hui à 4600 salariés dont 3600 sur le site de News Port Beach.

 


Bien sur Glidewell est un des plus importants laboratoires au monde ; ils fabriquent même une gamme d’implant distribuée aux 75 000 dentistes clients du laboratoire. Ceci n’est pas concevable en France, pour des raisons démographiques de la profession. Mais Jim Glidewell a toujours voulu démocratiser la prothèse dentaire et pour ce fait a toujours cherché des systèmes de production pour réduire ses coûts et offrir ainsi un produit made in USA de qualité à prix réduit dans un seul objectif, offrir la qualité et le prix au patient au final. Le laboratoire réalise via le numérique plus de 100 000 full zircone par mois avec peu erreurs.

Ici on ne combat pas le chairside, on l’utilise. Le laboratoire propose à ses clients des systèmes clefs en main avec la fourniture. Il propose aussi la modélisation à distance des prothèses ou bien via un Connect, capable de lire tout type d’empreinte numérique, la réalisation des prothèses avec ou sans le modèle. Il utilise toutes les cordes du chairside pour en faire un allié. Ainsi un prix pour la modélisation, un prix pour la réalisation sans modèle et un prix avec le modèle. Tout sera fait en fonction des attentes du dentiste et de son cas prothétique.

Mais n’oublions pas, même avec le numérique « la valeur » c’est l'homme. Un entrepreneur qui ne pense pas à l’avenir ou qui ne se projette pas dans l’avenir, je crois qu'il n’est plus entrepreneur. Des mots plein de bon sens. Il faut se forcer à ouvrir les yeux, ne pas sombrer dans le défaitisme ou l’alarmisme de certains formateurs aux idées préconçues ; il faut prendre le temps de chercher et de trouver son chemin. Il est évident que la peur de l’inconnu, de ces innovations, peut paralyser nos imitatives. Il ne faut pas non plus être aveuglé par le chant des sirènes des fabricants prêts à vendre leur veste pour quelques euros, ne pas être dupe mais vigilant. Voilà pourquoi échanger est important afin de comprendre et se faire une idée des évolutions et des orientations à entreprendre. Sortir de son cabinet et se rendre chez son prothésiste est surement la première étape pour comprendre les dernières évolutions, trouver sa solution et répondre à l’attente des patients.

 

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