Les 19 & 20 juin derniers, ZimVie Institute a proposé un programme riche et hautement qualitatif qui a réuni près de 500 participants. Coraline Dericbourg, notre envoyée spéciale, a choisi de revenir sur les présentations de la première matinée de cet événement, présidé par Marie- Joséphine Crenn et Philippe Campan. Nous reviendrons dans un prochain numéro sur la 2e journée de ce symposium qui a remporté un très vif succès grâce aux intervenants et à l’organisation d’Ann Verledens, directrice générale de ZimVie et de son équipe.
Les risques au quotidien
Dans notre pratique, plusieurs types de risques menacent la qualité des soins.
➧ Il est essentiel de se rappeler que le désaccord est sain : c’est l’un des principes phares de la
médecine et de la science.
La science humaine
C’est un domaine qui s’appuie sur des décennies de recherche médicale, de recherche comportementale et cognitive. Le cerveau que l’on utilise pour faire nos chirurgies est celui d’Homo Sapiens, un cerveau primitif qui n’a pas évolué depuis 350 000 ans. Il a même diminué de 10 %, soit la taille d’un citron, il y a 10 000 ans au moment de la sédentarisation. Une évolution biologique suffisamment importante pour modifier le cerveau durerait environ 20 000 ans. Nous recevons environ 11 millions de bits d’information par seconde mais notre cerveau ne peut en traiter que 50 bits/s. Pour prendre une décision, nous devons donc filtrer ces informations qui peuvent être :
Kahneman (prix Nobel 2002) avait montré que nous travaillons avec deux systèmes (Fig. 1).
Nous passons 95 % de notre temps en système 1, ce qui expose à des erreurs même avec l’expérience. Il est par exemple utilisé lors de la conduite en pensant à autre chose. En revanche nous n’avons pas envie d’activer le système 2 car il demande plus d’effort (ex : calculer 46x73).
Cas clinique (Fig. 2 à 6)
Une patiente a chuté et nécessite l’implantation de deux prémolaires. C’est un cas simple, la gencive
est belle, F. Renouard prévoit donc deux implants dont un court. Il fait finalement un sinus lift avec membrane alors qu’il n’y en a pas franchement besoin.
Sous pression, il agit mécaniquement, prend des raccourcis, ferme en tension et obtient un résultat insatisfaisant. Cette erreur résulte d’un biais d’ancrage : la première impression l’a enfermé
dans une logique erronée.
Le stress
La stressabilité est individuelle et varie en fonction des circonstances, de la fatigue ou de l’environnement. Ce sont les stresseurs qui vont altérer notre pratique, et pour y pallier les
facteurs organisationnels humains sont d’une redoutable efficacité :
En cas de stress intense : respirer calmement pour passer en système 2 et retrouver de la lucidité (Fig. 7).
Le diaphragme est un muscle : il faut apprendre à s’en servir tous les jours pour qu’il puisse être utilisé efficacement en cas de stress. Notre métier est exigeant et très demandeur en
ressources cognitives et en ressources physiques ; relativiser notre stress et parler aux confrères nous permet de réduire les risques de manière plus significative que lors des formations :
c’est la théorie du bar de l’escadrille !
➧ F. Renouard recommande Les techniques d’optimisation du potentiel (TOP)© d’Édith Perreaut-Pierre si vous êtes stressés et que vous recherchez une technique pour maîtriser vos émotions.
➧ Pour savoir comment réagir (et bien réagir) lors d’un aléa thérapeutique, il faut s’entraîner chaque jour via la routinisation des procédures. Je ne sais pas ce qui nous attend, mais nous
sommes
parfaitement prêts, Dr Matthieu Langlois, Médecin chef du RAID, Bataclan.
➧ La gestion de crise ne peut se faire que par le travail d’équipe en ayant des partenaires en qui on a confiance et réciproquement.
À lire Facteurs organisationnels et humains : gérer la situation de crise en cabinet dentaire, Franck
Renouard, Florence Roussarie, Clément Babin, Véronique Delmas, Céline Merleau, Eric Petiot.
Introduction
Le numérique s’est durablement installé dans notre quotidien, comme dans nos cabinets. Il ne s’agit plus d’un effet de mode, ni d’une affaire de « geeks », mais bien d’un changement de paradigme
en chirurgie.
Dans notre secteur, il permet notamment de planifier, de standardiser les processus, d’automatiser des étapes afin de faciliter notre pratique. B. Franklin, Ne pas planifier, c’est planifier son
échec.
Nous sommes dans l’ère de ce que l’on appelle l’implantologie prothétiquement guidée, où la prothèse guide l’implant. Nous allons disposer d’énormément d’outils pour faire du rattrapage d’axe,
mais dès lors que l’on passe en full guided, nous observons une nette amélioration de la précision au niveau de la déviation angulaire.
La planification
Le concept garbage in, garbage out est fondamental en implantologie : si nous fournissons de mauvaises données à notre logiciel, nous obtiendrons de mauvais résultats. Le logiciel utilisé doit
idéalement :
permettre l’interopérabilité, nous devons pouvoir exporter notre travail dans des fichiers qui soient libres, accessibles et lisibles par tous ;
Cas clinique
Il s’agit d’un patient édenté sur le site 26 et 27. Comme au début de chaque plan de traitement, il y a une segmentation ainsi qu’un matching automatique, entre le CBCT et l’empreinte numérique.
Il ne nous reste plus qu’à rajouter notre implant via la bibliothèque d’implants. Une fois la position de l’implant planifiée, un guide en résine stérilisable est imprimé.
Attention cependant aux déformations possibles. Le matériel ancillaire peut être source d’imprécision et d’échauffement par friction comme il n’est pas parfaitement adapté aux douilles du
guide.
Plus il y a d’interfaces, plus nous allons augmenter notre volume d’erreur (Fig. 1-2).
Les ancillaires : nouveautés (Fig. 3)
Aujourd’hui, les nouveaux ancillaires incluent des forets servant uniquement à préparer le site implantaire pour la première ostéotomie.
- Tissue Punch : utilisé surtout en chirurgie flapless.
- Bone Leveler : pour niveler l’os en le mettant à plat.
- Initial Drill : foret initial extrêmement guidé, pour pointer le début de notre ostéotomie.
- Start Drill : forets progressifs avec un double engagement via la douille ainsi que par le pointage
du forage précédent.
Le porte-implant et l’indexation (Fig. 4 à 7)
Il peut être nécessaire d’utiliser une indexation particulière de l’implant, par exemple en cas de rattrapage d’axe, car la position du pilier influencera l’émergence finale du projet
prothétique. Sur l’implant TSX®, un hexagone interne est présent sur le porte-implant. Lors de la pose, il est possible d’aligner ce porte-implant avec la douille pour indexer précisément
l’implant. En cas de pose multiple, cela permet de bloquer chaque implant dans le guide via son porte-implant avant de
passer au suivant.
Attention cependant aux frictions :
elles peuvent rendre difficile le retrait du guide en fin d’intervention. Après la planification, les implants sont posés. Le forage et la vérification de l’ostéotomie sont réalisés, puis
l’implant est enfoui à l’aide du porte-implant, préalablement indexé. Le pilier de cicatrisation encode est placé ; c’est une vis de cicatrisation qui fonctionne comme un scan body et qui
permettra la prise d’empreinte après ostéointégration.
Le Dual scan (Fig. 8)
Même lorsque nous sommes en situation d’édentement complet, nous allons nous baser sur le projet prothétique. Nous allons nous servir de la prothèse du patient en y
incluant des marqueurs radio-opaques afin qu’ils soient ensuite analysés par la machine.
Nous avons pour ce faire deux techniques :
Deux scans sont ensuite réalisés : un scan du patient portant la prothèse et le mordu d’occlusion et
enfin un scan de la prothèse seule. Les marqueurs servent de repères communs permettant au logiciel de fusionner les deux CBCT avec précision. Nous obtenons une superposition entre l’os du
patient et la prothèse, ce qui permettra de planifier les implants en tenant compte du projet prothétique (esthétique, occlusion, axe, ROG…). Des compromis peuvent être nécessaires selon
l’anatomie osseuse, mais on peut alors réfléchir à partir de la masse prototype du patient (Fig. 9 à 11).
L’un des inconvénients de la chirurgie guidée, dans les guides à appui muqueux, va être l’irrigation. Pour
pallier à cela les guides à appui osseux seront d’une grande aide. Ce sont des guides basés sur un guide vestibulaire métallique, beaucoup plus petit et
rigide. Ils permettent de clipser dessus d’autres éléments comme un guide de forage, une prothèse transitoire ou même des corps de
scannage (Fig. 12). Comme nous enlevons ce côté « sarcophage », notre foret est beaucoup plus libre et donc beaucoup plus irrigué. Il y a également un
côté rassurant comme l’on voit beaucoup mieux ce qu’il se passe lors de l’intervention, l’enfouissement est facilement contrôlable.
Le futur de la chirurgie guidée
Pourquoi l’extraction implantation immédiate (EII) ?
➧ La sélection du patient : nous devons adapter nos techniques en fonction de son mode de vie.
S’il est contraint de manger un sandwich tous les midis, l’EII ne sera pas indiquée pour lui.
➧ La compliance du patient : il doit respecter notre travail et nos consignes.
Les grandes règles en EII
Voici comment fonctionne l’EII chronologiquement :
L’extraction minimalement invasive.
Elle doit être atraumatique : c’est le moment le plus important car il faut préserver la corticale externe afin de ne pas compliquer la chirurgie qui était simple au départ. La table vestibulaire
est la plus fragile car très fine dans la grande majorité des cas. fine dans la grande majorité des cas. Nous pouvons pour cela utiliser des systèmes d’extraction verticale atraumatique
comme le Benex. Il fonctionne via un ancrage radiculaire et un câble qui va se tendre grâce à une poulie et extraire par traction verticale la racine de la dent ; c’est également possible avec
les dents polyradiculées (Fig. 1).
➧ P.O. Sage a également l’habitude de sectionner la racine de la dent monoradiculée afin d’en faciliter l’extraction et la préservation des tissus
environnants.
Positionnement de l’implant : the magic square
Le positionnement parfait de l’implant est situé 3 mm en apical et 3 mm en palatin par rapport au collet idéal de la dent pour laisser un espace d’épanouissement des tissus mous. L’idéal est que
les porte-implants, comme chez ZimVie, soient gradués afin de visualiser l’enfouissement (Fig. 2).
La stabilité primaire
Pour avoir une stabilité primaire d’au moins 30N/cm, le matériel utilisé est primordial. Il utilise l’implant TSX®, qui a des spires agressives sans être trop compressives et respectent la biologie. Il utilise également les forets Versah pour condenser l’os avant de poser l’implant.
Extraction avec alvéole intacte
Le tissu conjonctif est un élément extrêmement important pour la stabilité esthétique de notre intervention. Dans l’étude de 2022 signée Dr Guglielmi et Dr Aroca (Soft and hard tissue changes after immediate implant placement with or without a sub-epithelial connective tissue graft : Results from a 6-month pilot randomized controlled clinical trial) nous comparons le résultat, sans ajouter d’os, entre une EII avec tissu conjonctif et une EII sans apport de tissu conjonctif. Les résultats montrent que le patient ayant reçu la greffe a un volume vestibulaire beaucoup plus important que chez le patient n’ayant pas eu de greffon (Fig. 3).
Cas clinique 1
Patiente adressée au cabinet pour une réhabilitation esthétique du secteur esthétique maxillaire.
Il choisit d’extraire 12, 11, 21 et 22 afin d’élaborer un bridge sur les implants TSX qu’il va poser. Les
dents provisoires vont ensuite servir de guide à tissu mou ; il va faire un prélèvement épithélio conjonctif au niveau du palais pour pallier le gap entre le collet des dents provisoires et la
gencive. Il va désépithélialiser le greffon et récupérer la lamina propria avant de la déposer en vestibulaire. C’est un tissu stable qui évolue bien dans le temps mais qui n’aime pas être
exposé. Pour refermer les alvéoles, il va déposer au niveau crestal un tissu conjonctif plus profond très vascularisé et graisseux qui peut rester exposé. Les dents provisoires sont mises en
place jusqu’à cicatrisation et maturation des tissus mous (environ 5 mois) (Fig. 4 à 9).
La socket shield
Très rare dans l’exercice de P.O Sage aujourd’hui qu’il juge plus risquée que l’extraction atraumatique proposée par le Benex.
Cette technique consiste en la section de la racine dans le sens mésio-distal afin d’en retirer le fragment palatin et l’apex. Une couche de néo cément va ensuite se former sur la partie interne du fragment vestibulaire resté dans l’alvéole (Fig. 10).
Extraction avec alvéole défectueuse
Pour pallier les traitements longs et coûteux dus à l’état clinique du patient, le conférencier va suivre la méthode de Dr Da Rossa appelée IDR : Immediate Dentoalveolar Restoration.
C’est une technique de chirurgie EII sans lambeau avec un apport d’os tubérositaire pour rétablir les parois manquantes.
Elle présente les caractéristiques suivantes :
Cette technique a permis au Dr Sage de diminuer de moitié le nombre de greffes osseuses au cabinet. La dent provisoire joue également un rôle important, elle devra avoir trois profils différents : légèrement concave en zone crestale (vert), plus fortement concave (rouge), et légèrement convexe sous le collet gingival pour maintenir les issues. Ce profil est important car il permettra le maintien du caillot sanguin, utile à la cicatrisation muqueuse, dans le magic square (Fig. 11).
La dent provisoire est une dent à ailettes préparée par le laboratoire qui va être stabilisée sur les dents adjacentes. Il rajoute du composite au collet pour avoir
le marquage de l’implant. Il sort ensuite la couronne provisoire et la fixe à l’analogue de l’implant avant d’arranger et de polir le profil d’émergence.
Il peut ensuite couper les ailettes et la visser sur l’implant en bouche. Contrairement au SSA cette technique permet de créer des micromouvements musculaires qui vont améliorer
l’ostéointégration de notre implant. Attention la dent est esthétique
mais non fonctionnelle.
Cas clinique 2
La patiente présente une incisive 21 à extraire avec une grosse perte osseuse vestibulaire avec des tissus mous environnants inflammatoires. Elle ne souhaite pas de
prélèvement palatin. Une EII est
prévue avec gestion des tissus mous. Le même protocole est utilisé avec la dent provisoire qui nous servira de guide à tissus mous. Comme elle ne souhaite pas de prélèvement palatin nous allons
devoir gérer le gap avec de l’os tubérositaire seulement. La dent provisoire a été adaptée pour pallier l’absence de tissus mous ajoutés. À 5 mois postopératoires, le volume est reconstitué et
les papilles sont présentes. (Fig 12 à 17)
➧ Nous pouvons également faire des prélèvements
tubérositaires hybrides : ce sont des prélèvements
tubérositaires avec encore un peu de
gencive dessus que nous mettons ensuite dans
l’alvéole (Fig. 18).
Les complications
Une grande partie des complications vient de notre
travail :
De son côté le patient peut aussi créer des échecs : brossage mal adapté ou trop précoce pour les
greffes de gencive ; mastication avant la fin de l’ostéointégration.
Conclusion
La chirurgie est une leçon d’humilité permanente. René Leriche.
Il ne faut pas hésiter à replacer l’implant dans la même séance si le résultat du CBCT postopératoire n’est pas idéal.
La régénération osseuse guidée (ROG) a connu un tournant majeur avec les travaux du Dr Urban
sur les membranes fixées pour la correction des défauts horizontaux. L’arrivée des membranes en
PTFE a ensuite ouvert la voie à la correction verticale mais aujourd’hui ce sont les grilles en titane qui
représentent une nouvelle avancée. lire le CR
